PARTIE III, — COLONISATION
On pourrait, parexemple, établir un droit de mutation fixe, au lieu d'un droit proportionnel, pour toutes les terres concédées par le gouvernement. Ou bien il y aurait deux droits : l’un fixe et assez considérable. l’autre proportionnel et très faible, comme, par exemple, un demi ou un quart pour cent. J'ai à peine besoin de dire que le droit fixe serait le même pour un hectare et pour le lot tout entier. Il se baserait sur la valeur de celui-ci et s'appliquerait aux héritages comme aux ventes.
Je prévois les objections qu'on pourrait faire à cette proposilion ; mais qu'on veuille bien considérer que, pendant longtemps encore, la terre ne manquera pas en Afrique, et qu'il sera désirable de voir, comme aux États-Unis, les enfants des colons laisser à l'aîné le patrimoine de la famille, recevoir leur part en argent et aller se fixer plus loin, dans les nouveaux établissements que le gouvernement créera sans doute à mesure que la population s’accroitra.
SECTION VE. — Inspecteurs d'agriculture.
J'ai plusieurs fois mentionné les inspecteurs d'agriculture, et tout en reconnaissant l'insuffisance de leur aclion dans certains cas, je crois devoir en recommander la création.
Ces fonctionnaires, qui pourraient étre choisis parmi les élèves distingués des instituts agricoles, seraient placés dans tous les centres autour desquels on établi -
rait des villages. Ils composeraient, avec l'officier du génie, l'ingénieur des ponts et chaussées, l'architecte et l'employé du cadastre, la commission chargée du choix de l'emplacement des villages, de leur construction , du lotissement des terres et de tous les autres travaux que le gouvernement ferait exécuter. En outre, ils indiqueraient et dirigeraient les travaux d'irrigation et les défrichements à faire par l'administration. Ils détermineraient les terrains des lots de la commune et du gouvernement qui devraient être laissés en bois, en herbages, ou plantés en arbres fruitiers. Ils délivreraient des autorisations aux colons pour obtenir des plants d’arbres des pépinières roya les, surveilleraient l'exécution des conditions imposées pour l'obtention de la concession définitive, et les autres travaux qu'auraient à exécuter les colons sous peine d'impôt. Ils auraient aussi pour mission de donner des conseils à ces derniers relativement à la eulture, et pourraient enfin diriger, dans le lieu de leur résidence habituelle, une petite ferme expérimentale à laquelle seraient annexés une pépinière et un jardin de paluralisation.
A diverses époques de l’année, ils devraient parcourir tous les villages de leur circonscription, séjourner dans chacun d’eux, y faire le relevé des travaux agricoles exécutés, donner à connaitre le résultat des essais de la ferme expérimentale, répondre aux quesüons des colons, recueillir les renseignements inté -
ressants qui leur seraient communiqués par ceux-ci,
PARTIE IL. — COLONISATION. 391 et donner des instructions orales sur les sujets agricoles intéressant la localité.
Chaque année, dans un rapport adressé au directeur de l’intérieur, ils feraient connaitre l'état agricole des divers villages de leur circonscription, et signaleraient les colons les plus habiles et les plus laborieux.
On pourrait commencer par créer trois inspecteurs, dont deux pour la province d'Alger et un pour celle de Constantine. Si cette institution réussissait, ce qui n'est pas douteux si les choix sont bons, on en augmenterait le nombre au fur et à mesure des besoins.
J'ai dit qu'on pourrait les prendre parmi les élèves des instituts agricoles. J’ajouterai, néanmoins, qu’ils devraient être du Midi, ou, ce qui vaudrait mieux encore, avoir déjà séjourné et cultivé en Algérie. On trouverait certainement, parmi les anciens colons de la Mitidja, des hommes qui conviendraient parfaitement à ces fonctions.
Au moment de quitter ce sujet, je lis, dans un ouvrage remarquable sur l'Algérie, une page que je demande la permission de reproduire 1er.
Après avoir blâämé la direction suivie jusqu à présent dans la colonisation, direction qui n'a produit jusqu’à ce jour que des fermes isolées, bientôt détruites par les Arabes, et une capitale, une espèce de petit Paris, qui a absorbé à elle seule les efforts colonisateurs du gouvernement, l'auteur ajoute :
« Or, tout cela tient à ce que, si nous avons, dans
(1) Colonisation de l'Algérie, par M. Enfantin
notre organisation administrative, civile et militaire, des corps et des individus qui savent faire et ont l'habitude de faire des ports, des forts, des batteries, des murailles, nous n'en avons pas qui aient eu encore mission spéciale et habituelle de faire de l'agriculture, d'étudier ses besoins, de la favoriser ; 1l'en résulte que lorsqu'on demande au génie civilet au génie militaire quel est Femploi le plus utile à faire du budget que la France consacre à PAlgérie, ils répondent naturellement par ces mots: un très grand port militaire et une {rès grande place de guerre, parce que c’est là, en effet, que ces deux corps sont habitués à déployer le mieux leur très incontestable mérite. Or, tant que notre gouvernement colonial n'aura pas créé, pour l'administration de PAlgérie, un corps nombreux et puissant, capable de contrebalancer l'influence des constructeurs de cités, de forteresses et de routes rovales, ou bien tant que le gouvernement n'aura pas fait sentir aux deux corps du génie civil et militaire que ce sont surtout des villages qu'il faut en Algérie ; que c’est presque uniquement cela qu'il veut; que, sans l'agriculture, V'Algérie n'est rien, est moins que rien pour nous; qu'il faut, avant fout, qu'elle produise ; en un mot, tant que le gouvernement ne fera pas de la colonisation, mais seulement de la guerre et de ladministration bourgeoise, urbaine et fiscale, l'Algérie nous coùlera bien des hommes et bien de l'argent,
inais ne produira rien, »