CHAPITRE IL
Gouvernement et organisation des indigènes.
Il est peu de sujets sur lesquels les auteurs qui ont parlé de l'Algérie se soient aussi longuement étendus que sur les indigènes, et néanmoins il en est peu qui aient provoqué moins de controverse. Cela veut-il dire que l'opinion est ou était dans le vrai? Jen doute. Je crois que cela veut dire tout simplement que la mode était de traiter la matière sous un certain point de vue, de la juger d’une certaine façon : le vent était à la philanthropie.
Sans m’inquiéter du vent, je dirai mes impressions, ce que je considère comme vrai, comme utile.
J'aurai à revenir en partie sur des sujets déjà longuement et savamment traités, à relater des faits dont plusieurs sont connus, dont d’autres sembleront insignifiants ; à rappeler des principes généralement admis et qu'on parait néanmoins avoir oubliés dans certaines circonstances. Mais tout cela est nécessaire à l'intelligence de ce qui va suivre sur la colonisation.
D'ailleurs, il faut bien qu’on se l'avoue, c’est là la question vitale pour l'Algérie, et, sur un sujet d’une telle gravité, l'opinion consciencieuse d’un homme désintéressé, qui a vu et observé avec soin, ne saurait ètre dénuée de toute importance.
Il faut, au reste, que je sois bien profondément convaineu qu'elle est juste, cette opinion, et qu'il est
utile de la faire connaitre, pour me risquer à l’émettre, car je ne me dissimule pas qu'elle heurte de front, non-seulement les idées philanthropiques des hommes éclairés, mais même les instincts de la nation.
C'est cette circonstance qui me force précisément à entrer dans certains détails; car ce n’est pas avec des phrases et de simples affirmations qu’on discute et réfute une opinion partagée par le grand nombre et qui s'appuie, d’ailleurs, sur les sentiments les plus nobles et les plus généreux d’un peuple.
Que les Kabaïles et plusieurs tribus du désert soient les restes des anciens Berbères, Numides et Gétules, et les Arabes et les Maures les descendants plus ou moins croisés de ces hordes de l'Yémen et de la Syrie qui envahirent l'Afrique peu après la mort de Mahomet, c'est là une question qui peut être fort intéressante sous le rapport scientifique, mais qui n’est d’aucune utilité pratique, à moins qu'on ne croie pouvoir en rer des inductions sur l'aptitude respective plus ou moins grande que présentent ces diverses races à se civiliser.
Ce qui importe, c’est de connaitre le caractère, les mœurs, les dispositions et l’organisation actuelle de ces peuples, afin de pouvoir juger s'il est permis de compter, dans un avenir peu éloigné et sans trop d'efforts et de dépenses, sur une soumission à peu près complète et durable de leur part; si nous pouvons espérer une iranstormation graduelle de leurs mœurs, de leurs coutumes et de leurs idées, et une