PARTIE 1, — OCCUPATION ET GOUVERNEMENT
fusion plus ou moins entière avec la race européenne ; et enfin, dans le cas où ce triple but serait de nature à ètre atteint, quels seraient les moyens à employer pour y arriver.
SECTION I. — État actuel des indigènes.
$ 1. Possibilité de les soumettre et de modifier leurs mœurs.
Il n’est pas douteux, à mes yeux, qu'avec un bon système on ne parvienne à soumettre l'Algérie d’une manière plus complète que n'avaient pu le faire les Tures. Il y aura, sans doute, pendant longtemps encore, non-seulement des actes isolés de brigandages, mais même des révoltes partielles, surtout parmi les Kabaïles et à l’occasion du prélèvement de l'impôt; mais il est à croire que ces faits deviendront de plus en plus rares, et peut-être finiront-ils, les révoltes du moins, par disparaitre un jour complétement.
Je crois également que Maures, Arabes et même Kabaïles finiront par subir l'effet du contact permanent qu'ils auront avec nous, et se modilieront insensiblement sur un grand nombre de points. Toutefois, cet effet sera nécessairement très lent et toujours incomplet, d’abord à cause de la religion et à cause du caractère particulier de la race arabe, qui est la race stationnaire et réfractaire par excellence; ensuite, parce que, à part l'irréligion et l'ivrognerie, nous ne pouvons, à vrai dire, plus leur apprendre aucun vice.
Or, cest un fait déplorable sans doute, mais malheu reusement trop constant, que la civilisation pénètre loujours par le mauvais côté.
{ 2. Impossibilité de la fusion.
Quant à la fusion, je la considère comme à peu près impossible. n'y à de fusion réelle que par les unions entre individus des deux sexes et de deux peuples différents : la religion s'opposera toujours à ce qu'elles aient lieu entre nous et les Arabes. Nous pouvons en juger, du reste, par ce qui se passe sous nos yeux. Depuis dix-huit siècles que les juifs, disséminés par toute la terre, se sont trouvés mélés aux nations les plus civilisées de l'Europe, 1l n'y a pas encore eu de fusion proprement dite. I est vrai que les juifs ont presque partout suivi les progrès de la civilisation, et quoiqu'en général ils n’en aient accepté que certains côtés, on pourrait être satisfait en admettant que les Arabes pussent arriver au même point. Mais on remarquera que les circonstances sont ici moins favorables que pour les juifs, les Arabes formant la maJorité auprès de l'élément européen et civilisateur. En général, les races orientales, quoique remarquables sous plusieurs rapports, semblent peu aptes à recevoir notre civilisation d’une manière complète. On en a la preuve par l'état où se trouvent encore aujourd hui ces restes d'une nationalité mystérieuse, ces misérables
æitanos qui vivent depuis quatre cents ans au milieu
PARTIE 1, — OCCUPATION ET GOUVERNEMENT. 37 de la civilisation sans en avoir reçu la moindre attete, n'en adoptant que ce qu’on les force à en prendre, les pratiques religieuses en Espagne, les vêtements partout, mais, pour le reste, persévérant dans leurs mœurs, leurs habitudes, leurs notions, malgré l'action puissante des circonstances au milieu desquelles ils vépètent. Le gitano d'Espagne, comme le bohémien de France et le zigeuner de l'Allemagne et de la Hongrie, est encore, à l'heure qu'il est, le Bédouin du désert.
Avant d'indiquer les moyens d’action que nous pouvons employer sur ce peuple si réfractaire, quelques données sur son caractère, ses mœurs et son organisation, expliqueront et justifieront mon système.
{ 3. Caractère et mœurs des indigènes.
Les hommes à imagination vive, à inslincts généreux, mais à caractère faible, sont sujets à s enthousiasmer pour tout ce qui est nouveau, étrange, et qui contraste fortement avec l'état des choses autour d’eux. Les grands criminels sont ordinairement l’objet de cet enthousiasme. Il était bien naturel que les féroces habitants de l'Algérie le devinssent également. À ces hommes se joignirent les avocats du droit abstrait, les philanthropes de profession ; puis desesprits honnêtes, sérieux, positifs, mais qui eurent le tort de juger les choses du point de vue européen; enfin, sur les lieux mêmes, quelques individus qui crurent de leur inté-
rêt de se poser en amis et protecteurs des indigènes. En voilà plus qu’il ne faut pour expliquer le grand nombre de défenseurs officieux que trouvèrent ces derniers partout et jusque dans les rangs de l’armée.
Tous exaltèrent à l’envi les vertus des Arabes, bien entendu aux dépens de la population européenne, et surtout de l'autorité française, dont ils stigmatisèrent les actes toutes les fois qu’elle crut devoir agir avec quelque énergie vis-à-vis des indigènes.
Tâchons de réduire ces éloges et ces reproches à leur juste valeur.
L'habitant de l'Algérie a , je l'ai déjà dit, tous les vices de la civilisation, sauf l’ivrognerie et l'irréligion. Encore, beaucoup de Maures éludent-ils fort adroitement les préceptes de Mahomet sous ce rapport, et cela non pas seulement depuis, mais aussi avant notre arrivée ; d’autres, en plus grand nombre, comme on sait, remplacent le vin par l’opium. Il en est enfin qui cumulent.
Quant à la religion, le peu de morale qu'elle renferme n’est ni compris ni pratiqué. Un grand nombre de tribus arabes et kabaïles observent d'ailleurs à peine les pratiques les plus usuelles du culte musulman et n’ont conservé de cette religion que la haine du nom chrétien, ou plutôt ne se servent de leur croyance que comme d’un prétexte de pillage.
La cupidité des Arabes est connue et passée en proverbe. Heureusement nous n'avons rien, nous autres peuples corrompus par la civilisation, qui puisse se