‹ Colonisation et agriculture de l'Algérie (volume 2)Chapitre 39 sur 138 · PARTIE 11, — CULTURE ARABE · texte numérisé non relu

PARTIE 11, — CULTURE ARABE

\ 1. Formations géologiques.

Presque toute la partie connue de l'Algérie appartient aux terrains de transition, secondaire et tertiaire; en d’autres termes, toutes les roches y sont de formalion assez récente, et la plupart sont des roches de sédiment. Or, on sait que le sol, résultant de la décomposition de ces roches, est en général plus riche que le sol produit par la décomposition des roches cristallines.

Celles d’entre les premières qui donnent lieu aux terrains les plus féconds semblent précisément être les plus répandues dans la partie de l'Algérie que nous occupons ; ce sont des calcaires d'espèces très variées, depuis les calcaires grossiers tertiaires jusqu'aux marbres fins ; des marnes argileuses, des dolomies, des schistes argileux, calcaires, talqueux ; des roches gypseuses, du gneiss, ele.

Il est un autre fait que j'ai déjà signalé et qui prouve encore mieux la richesse du sol algérien, c’est que la plupart des montagnes ont conservé, sur leurs flancs et même sur leurs sommets, une épaisseur assez notable de terre. Nulle part je n'ai vu de ces immenses chaines de montagnes pelées, comme, malheureusement, nous en avons dans tout le midi de la France.

Cette circonstance tient non-seulement à la nature des roches dont la décomposition a donné lieu à des

croupes arrondies et à des pentes peu inclinées, mais elle est due encore à cette absence ou plutôt à cette rareté des cultures, en un mot, à cet abandon que les adversaires de l'Algérie ont cru pouvoir signaler comme une circonstance qui a dù enlever au sol son antique fertilité. L’abandon, ou, en d’autres termes, l'absence de cultures, est, en effet, une cause presque constante de fertilisation pour la terre. Le sol, abandonné à lui-même, se couvre de plantes dont les restes, en se décomposant sur place, augmentent annuellement l'épaisseur et la richesse de la couche végétale. La terre reste fermée. Un épais tissu de racines et de tiges la défend, sur les pentes, contre l'érosion des eaux.

La culture, au contraire, en ouvrant le sol plusieurs fois l'an et en l’ameublissant, en rend plus facile le lavage par les pluies. C’est par la culture que les montagnes jadis boisées de la Provence et du Languedoc se sont vues peu à peu dépouillées de toute leur terre, et, par suite, de leur végétation, au profit des plaines inférieures et du rivage de la mer, où les dépôts successifs, amenés par les rivières et les torrents, ont formé ces immenses lagunes qui bordent et infectent nos côtes de la Méditerranée.

Ilest vrai que les Arabes brülent annuellement une partie des broussailles et des hautes herbes qui croissent dans les terrains vagues. Cette opération a dù nécessairement ralentir accroissement de la couche végélale ; mais elle n'a pas, comme les labours, mis le

PARTIE IN, — CULTURE ARABE. 135 sol à nu, et la terre, sur les pentes brülées, a pu encore résister aux ravages des eaux.

Les Arabes cultivent aussi ; mais, n'étant pas limités par l'espace, ils reviennent rarement deux ou trois fois de suite sur le mème terrain, où, d’ailleurs, les façons incomplètes et superficielles qu'ils donnent n'ameublissent qu'une faible quantité de terre.

Cependantil est certain que l'Algérie serait beaucoup plus fertile et présenterait notamment une tout autre végétation forestière, si elle était restée quelques siècles déserte ou habitée seulement par un peuple tout à fait sauvage.

Enfin, un dernier fait qui prouve de la manière la plus incontestable autant en faveur du sol qu’en faveur du climat, c’est le luxe de la végétation spontanée, même dans les parties où l'aspect de la terre ferait mal augurer de sa richesse.

Je n’ai pas été aussi satisfait des cultures des Arabes. Il m'a semblé que les grains étaient en général chétifs, racornis, et avaient dù éprouver une dessiccation trop prompte avant l’époque de la maturation. J'avais peine à comprendre les chiffres de douze ou quinze fois la semence qu’on m'avait donnés comme les multiplicateurs ordinaires des récoltes de froment et d'orge; mais ces chiffres s'expliquent par le peu de semence qu'emploient généralement les indigènes sur un espace donné ; et les défauts que je viens de signaler pour le grain s'expliquent également par les vices de la culture arabe : absence de fumure et absence de labours ; car

il est impossible de donner le nom de labour à l'opération par laquelle ils grattent légèrement une portion de la superficie, en y traçant de petits sillons parallèles et en jetant la petite portion de terre, qui est ainsi détachée, sur la terre non remuée.

Les escarpements que l’on voit fréquemment dans les montagnes, autour de Constantine, sont dus à la nature des roches calcaires qui constituent ces montaones; et là, néanmoins, on voit encore des talus adoucis et de vastes plateaux dont la végétation luxuriante révèle assez la richesse du sol.

La plupart des voyageurs modernes, ayant visité l'Algérie dans un but scientifique, sont d’accord sur la fertilité de l'Algérie. Shaw, Poiret et Shaller en parlent avec enthousiasme. Desfontaines dit, dans la préface de son ouvrage : « Le sol d'Alger, qui est composé presque partout d’une terre argileuse mêlée de sables et de débris de végétaux, est, en général, plus fécond que celui de Tunis. »

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