‹ Colonisation et agriculture de l'Algérie (volume 2)Chapitre 51 sur 138 · PARTIE 11, — CULTURE ARABE · texte numérisé non relu

PARTIE 11, — CULTURE ARABE

nale et même de l'Europe centrale, ces derniers pouvant devenir le partage des localités montagneuses et élevées.

Ce sera là pour le pouvoir, il ne faut pas se le dissimuler, une cause d’embarras et de difficultés dans l'avenir. Mais peut-être y aura-t-il moyen de tourner ces difficultés sans avoir recours à une de ces mesures arbitraires et antipathiques aux idées actuelles. J'en parlerai en traitant des cultures coloniales.

( 6. Oranger.

Le bigaradier franc, de même que le limonier sauvage (citronnier sauvage), croissent spontanément en Algérie. On les y trouve mêlés aux myrtes, aux arbousiers, aux lentisques, aux oléastres (oliviers sauvages) sur tous les points à terrains frais, bien exposés et qui ont été pendant quelque temps épargnés par le feu et la culture.

Les orangers proprement dits, les bergamotiers, cédratiers, lumiers et limetiers ne se rencontrent que dans les jardins. Les premiers sont les plus répandus ; puis viennent les limoniers. Ajoutons que les oranges algériennes sont à écorce fine et d’une qualité égale, sinon supérieure, à celles de Portugal.

Les principales plantations d’orangers sont situées auprès de quelques villes où le sol, l'exposition et l'abondance des eaux courantes se sont réunis pour favoriser cette culture. J'ai à peine besoin de citer

comme exemples Blidah, Coléah, les jardins des environs d'Alger, de Mostaganem, de Constantine, de mème que plusieurs grandes fermes de la Mitidja. On en voit également chez quelques tribus kabaïles occupant des vallées. Mais, en général, ces arbres appartiennent plutôt à la culture mauresque qu'à la culture berbère. |

J'ai mentionné l'exposition. Je me hâte d'ajouter que sur tous les points qui ne dépassent pas 400 à 500 gnètres d'élévation au-dessus du niveau de la mer, l'exposition au midi et l'abri contre le nord ne sont point des conditions nécessaires à la bonne venue de ces arbres en Algérie. Ce n’est qu’à des hauteurs plus considérables, comme à Constantine, par exemple, que des abris contre le nord leur sont nécessaires.

L'arrosage est plus important, non pas que l'arbre ne puisse s’en passer, Mais parce que, Sans arrosage, le produit est faible et de qualité inférieure. Aussi, tous les vergers d’orangers sont-ils ou du moins étaient-ils irrigués avec soin.

Dans ceux de ces vergers qui n'ont pas encore été dévastés par nos troupes, on trouve des plantations assez régulières, disposées par allées, avee une rigole d'irrigation au milieu, et, au pied de chaque arbre, un petit bassin, communiquant par un conduit avec la rigole centrale, pour l'introduction de l'eau dans le bassin. Partout le relief du terrain est disposé de manière à ce que l’eau parvienne facilement à chaque pied. En un mot, les plantations d’orangers et de ci-

PARTIE H. — CULTURE ARABE: 159 tronniers semblent ètre les prodiges de l'industrie rurale des indigènes; pauvres prodiges, sans doute, si on les met en parallèle avec les travaux de nos cultivateurs ; merveilles, néanmoins, si on les compare avec les autres opérations culturales du pays.

Cela s'explique, du reste, par le produit considérable que donnent ces arbres. On sait, ‘en effet, que, même dans des localités beaucoup moins favorisées que l'Algérie, on obtient jusqu'à douze cents oranges ou citrons sur un seul pied.

Les arbres fleurissent en mai et juin. Les oranges sont müres dès le mois de novembre, Les limoniers et bigaradiers ont des fruits et des fleurs pendant toute l'année.

Ces arbres prennent ici un développement tout à fait inconnu en France, mais qui s'explique par ee fait, que jamais ils ne souffrent de la gelée et n’ont jamais besoin d’être ébranchés ou recepés, comme cela a lieu si souvent, mème dans les localités les plus favorisées des départements du Var et des Pyrénées-Orientales.

Outre les fruits que les Maures vendent dans les villes et dont ils obtiennent, aujourd’hui surtout, un très bon prix, ils utilisent encore la fleur dont ils savent retirer, par la distillation, une excellente eau de fleurs d’orangers. Les soins qu'ils donnent à ces arbres se bornent, à part les arrosages, à deux ou trois façons données au pied de l'arbre et à la suppression des branches mortes.

Les moyens de multiplication sont le semis autour

des vieux arbres, la plantation de sauvageons pris dans les broussailles ou dans les anciennes plantations même où 1ls sont toujours très nombreux, attendu qu'on n’y cultive qu'une minime portion du sol. Ces sauvageons de bigaradiers et de limoniers sont greffés avant où après la transplantation. Les rejets d'orangers doux, de même que les sujets de cette espèce venus de semis, n’ont pas besoin d’être greffés.

Ÿ 7. Amandier, grenadier, etc.

Parmi les plantes arborescentes cultivées par les Maures et les Kabaïles, je ne dois pas omettre l'amandier qui, s’il est loin d'occuper le rang qui lui revient de droit dans la culture algérienne, n'est pas non plus complétement négligé. |

Il me suflira de rappeler que, grâce au climat de l'Algérie, cet arbre n'y est jamais soumis à ces vicissitudes atmosphériques qui, mème dans le midi de la France, font de son produit le revenu le plus chanceux qu il y ait.

Tous les ans, l’amandier algérien amène ses fruits nombreux à parfaite maturité.

Les jardins des environs des villes, de même que les alentours des dechours kabaïles !, possèdent seuls un certain nombre d'amandiers. Nulle part on n'en voit de grandes plantations. Les variétés qu'on cultive sont en général à coques dures ou mi-dures.

(1) Dechour, pluriel de Dechrah, nom des villages kabaïles.

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