PARTIE 11, — CULTURE ARABE
chênes, et leur bois est un des plus durs qui existent. Malheureusement leur croissance est extrèmement lente.
Je dois encore citer, parmi les végétaux dont les fruits sont utilisés par les indigènes qui estiment, avant tout, ce qu'ils peuvent obtenir sans travail, l'arbousier (arbutus unedo) qui, avec les lentisques, les myrles, les eystes et lauriers-roses, constitue le fond des broussailles dans les plaines et sur les pentes. Ses fruits, en forme de framboises, sont recherchés des Arabes qui consomment également les baies de myrtes, malgré leur saveur amère, et mème celles de palmiers nains qu'ils disputent aux chacals,
Les jeunes pousses et le cœur des racines, ou plutôt des tiges souterraines de cette dernière plante, servent aussi d’aliment aux indigènes.
Il en est de même de plusieurs espèces d’asperges et d’artichauts (le cynara cardunculus et le cynara acaulis) qui croissent spontanément en Algérie.
Les feuilles du palmier nain, ainsi que celles du dattier, sont, en outre, utilisées à la confection de cordes, de paniers et de nattes très fortes et durables.
( 10. Agave.
L'agave (agave Americana), plante extrèémement répandue dans toute l'Algérie, sert à faire des haies impénétrables au bétail. Ses feuilles, lorsqu'on leur a fait subir une espèce de rouissage, donnent un fil assez
délié et très résistant dont on fait des cordes, des nattes et même des étoffes grossières, mais remarquables par leur solidité et leur brillant.
Cette plante réussit dans les plus mauvaises terres, et croit encore jusqu'à 6 à 700 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Les indigènes se procurent une boisson très sucrée et susceptible de fermentation alcoolique en coupant la hampe peu après son apparition, ou du moins avant la floraison, et en cereusant la section en entonnoir qui se remplit promptement de liquide.
Le roseau africain (arundo Mauritanica), à dimensions égales à celles de notre roseau du midi (arundo donax), sert également, avec quelques arbrisseaux, à enclore des terrains; il est en outre employé à la confection de nattes.
Il est encore deux autres produits que les indigènes relirent du règne végétal, et qui, pour certaines localités, ne laissent pas que d’avoir quelque importance : c’est la résine et le kermès.
\11. Résme.
Cette matière est recueillie et livrée au commerce par les Kabaïles habitant les localités où croissent les pins d'Alep et les thuyas articulés, comme les montaones de Bousiri et des Beni-Boussfar, près du Sig, ele.
Cette extraction de la résine se fait à peu près comme en France, c’est-à-dire au moyen d’entailles prati-
PARTIE II, — CULTURE ARABE, 165 quées sur l’un des côtés de l'arbre et à des hauteurs successives, afin d'appeler à l'extérieur le suc résineux.
Du reste, jamais l'Algérie n’a suffi à sa consommation en résine et goudron, et une partie du tribut payé autrefois par plusieurs puissances du nord, au dey d'Alger, se composait précisément de ces deux articles et de bois de construction.
\ 12. Kermès.
Le kermès (coccus ilicis) est un insecte de l'ordre des hémiptères, famille des gallinsectes. Malgré son bas prix, il continue à être recueilli, en certaine quantité, par les Kabaïles, pour leur usage d’abord, et ensuite un peu pour l'exportation. On voit, en eflet, figurer le vermillon ou kermès pour environ douze à quinze mille francs dans lesexportationsde l'ancienne régence.
La grande quantité de chènes-kermès qui couvrent le sol de l'Algérie permettrait un développement considérable de cette branche, si, comme je viens de le dire, le bas prix du vermillon ne s'y opposait pas.
Ni l’une ni l’autre de ces deux branches de produetion n’a, du reste, d’imporlance pour nous.
SECTION VI. — Arrosage.
J'ai déjà dit un mot des arrosages. Inutile d'ajouter
qu'ils sont généralement très défectueux, à l’exception des arrosages appliqués aux orangers.
Les Maures et les Kabaïles sont à peu près les seuls qui arrosent, ou du moins ce sont les seuls chez lesquels on trouve des travaux d'irrigation permanents et de quelque importance.
Deux systèmes d'irrigation sont employés dans le pays : l'irrigation par submersion et l'irrigation par infiltration.
Le premier est appliqué aux céréales et aux arbres fruitiers, notamment aux orangers et citronniers; le second, aux cultures potagères, parfois aussi, sur les pentes, aux cultures de céréales.
J'ai déjà parlé de l’arrosage des orangers. Cette même méthode s'applique à tous lesarbres; seulement elle n’est pas toujours exécutée d’une manière aussi parfaite, Souvent on se contente de faire passer une rigole au pied de tous les arbres qu’on peut atteindre, et on l’élargit en forme de petit bassin autour de chaque arbre.
L'irrigation par submersion, appliquée aux terres en culture, est plus simple encore, mais ne convient qu'aux terrains à plat situés le long des cours d'eau et peu élevés au-dessus du niveau de ceux-ci. Pour les arroser, les indigènes barrent le cours d’eau au-dessous du terrain àirriguer, de manière à y faire refluer l'eau, et ils entourent les bas côtés de ce terrain d’un petit relèvement de terre dans lequel ils ménagent parfois une issue pour la fuite de l'eau. Quand ils veulent faire cesser l'irrigation, ils ouvrent le barrage.
C'est ordinairement depuis l'époque de la floraison