PARTIE 11, — CULTURE ARABE
maux justifie celle asserlion que les chevaux actuels de l'Afrique valent tout au plus nos rosses de fiacres. On ne voit pas chez eux cette conformation que le vulgaire confond avec la beauté, parce qu'elle plait aux regards, et on leur attribue des défectuosités, parce que, sous certains rapports, ils sont disgracieux. D'ailleurs, l’exiguité de leur taille, plus apparente encore par suile de la taille ordinairement grande des cavaliers qui les montent, suffirait pour les dépréeier aux yeux d’une foule de personnes.
C'est à l'œuvre qu'il faut les voir pour les bien juger, et c’est chez eux qu'on peut apprécier linfluence de ce mystérieux principe d'action, qu’en physiologie on appelle l’influx nerveux, et que le vulgaire reconnait et désigne, chez cerlains animaux, en disant qu'ils ont de l'âme. Sobres, dociles, patients, ils sont cependant, en général, pleins de courage et de fonds, et d'une süreté de jambes à toute épreuve. On voit ces soi-disant rosses galoper dans des terrains où un cheval du Nord passerait difficilement au pas, contourner ou franchir les obstacles avec une merveilleuse agilité, et, sous un soleil brülant, montés par de lourds cavaliers, souvent mal nourris, n'ayant pas toujours de l’eau à discrétion, traités comme le cavalier français traite en général son cheval, c’est-à-dire sans soins, sans amour, faire, malgré cela, pendant une série de quinze, vingt et mème trente jours, des marches journalières de trente à quarante kilomètres, dans un pays accidenté et privé de routes, au travers
des torrents et des broussailles, sur des pentes rocheuses et ravinées, marches qui se compliquent encore souvent de courses rapides nécessitées par les alertes ou la poursuite des ennemis. Et cependant, loin d’avoir ce qu'il y s de mieux dans le pays, c’est à peine si, jusqu'à présent, nous avons eu le choix dans le rebut.
Certes, les chevaux africains ne brilleraient pas sur un hippodrome; les meilleurs seraient inévitablement battus par les plus mauvais pur-sang ou troisquarts de sang anglais; mais ce fait, que l’on peut d'avance considérer comme positif, suffirait seul pour réduire à sa juste valeur l'utilité des courses comme seul criterium du mérite d’un cheval. Qu'on place, en eflet, un de ces coursiers renommés, soit pur sang, soit ce que les Anglais appellent cheval de chasse, dans les mêmes conditions que celles où se trouvent les chevaux d'Afrique, et lon verra quel service on en obtiendra.
Ce n'est, du reste, plus une simple conjecture. Beaucoup d'officiers ont eu, en Afrique, des chevaux anglais de distinction : tous ont été obligés d'y renoncer, Il en a été de même des chevaux allemands. Nonseulement les uns et les autres ne passaient que difficilement dans ces terrains accidentés, inégaux, encombrés de rochers et de broussailles, et mettaient ainsi leurs cavaliers en danger ou rendaient leur action nulle ; mais encore ils ne supportaient ni la chaleur, ni la fatigue, ni les privations ou les aliments