‹ Colonisation et agriculture de l'Algérie (volume 2)Chapitre 59 sur 138 · PARTIE II. — CULTURE ARABE · texte numérisé non relu

PARTIE II. — CULTURE ARABE

Dans la province de Constantine et surtout dans celle d'Oran, les chevaux sont plus nombreux et meilleurs que dans les provinces d'Alger et de Titterie. Peut-être notre occupation a-t-elle contribué à cette différence; mais il paraitrait qu'elle existait avant notre arrivée, À part les circonstances physiques, plus favorables dans les deux premières provinces, par suite du grand nombre de plaines et de riches vallées qui s y rencontrent, on expliquerait très bien cette différence par le fait seul de l’action plus immédiate de l’ancien gouvernement sur les provinces d'Alger et de Titterie. Les Turcs avaient, en effet, le triste privilége de tarir toutes les sources de richesse dont ils s’occupaient, et c'est notamment dans la production des chevaux que leur influence nuisible se faisait sentir. Les beaux chevaux étaient l’objet de la convoilise des officiers turcs qui, méprisant les formes légales, habitués d’ailleurs à traiter les Arabes en peuple conquis, s’en emparaient purement et simplement toutes les fois qu'ils le pouvaient. Bien des razzias ont été exécutées dans le seul but d'acquérir un beau cheval. Renchérissant sur leurs chefs, les soldats turcs, dans beaucoup de garnisons, ne se gênaient pas pour arrêter aux portes les Arabes qui arrivaient montés sur de bons chevaux, pour les en faire descendre à coups de bâton et s’en emparer. Aussi les Arabes avaient-ils fini par ne plus venir dans ces villes que montés sur des ânes, des mulets ou ce qu'ils avaient de plus mauvais en chevaux. Des Arabes des

environs de Bône m'avouaient qu’une des causes qui leur faisaient accepter la domination française avec plaisir, e’était de n'avoir plus à cacher leurs montures de choix. De là vient que les grandes et fortes tribus possèdent seules de beaux chevaux, et que la province d'Oran, où ces tribus sont plus multipliées qu'ailleurs, en a le plus grand nombre. Ainsi, les Ouled-Sidi-el- Aribi, riche tribu de marabouts de la plaine du Chéliff, les Oulassas, les Hachems-Gharabas, les Ouled- Sidi-Seleiman, les Ouled-Giaffar, riches et puissantes tribus, s’adonnaient et s’adonnent encore, avec succès, à l’élève-des chevaux, et en ont un grand nombre de fort beaux dans leurs vastes plaines.

Il en est de mème, dans la province de Constantine, chez les puissantes et populeuses tribus des Abdel-Nour, des Hanenchas, des Haractas, des Ouled- Soltani, des Ouled-Ammer-Ben-Seba, des Ouled- Righas, etc.

Les tribus du désert, malgré les obstacles que leur opposait la nature de leur pays, élevaient et élèvent encore un grand nombre de bons chevaux, grâce à la liberté dont elles jouissaient, {andis qu'aux environs des villes, et partout où le pouvoir ture était fort, les tribus, même les mieux placées, à Pexception de celles du makhzen, s'adonnaient peu à lélève des chevaux et beaucoup plus à celui des mulets et des ânes.

Les tribus kabaïles sont dans le même cas, non pas à cause des Tures, mais à cause de la nature montagneuse des contrées qu'elles habitent.

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