PARTIE IT, — CULTURE ARABE
Disons cependant que les chevaux des plaines basses et fertiles qui avoisinent la côte passent, parmi les Arabes, pour inférieurs à ceux des montagnes et des plaines arides du midi, quoiqu’ils aient plus de taille et d’étofle.
On sait qu'en général les Arabes estiment plus les juments que les chevaux. Ils ne s’en défont que difficilement, et comptent la généalogie de leurs chevaux plutôt d'après les mères que d’après les pères.
Autrefois, ils vendaient leurs plus beaux chevaux aux Turcs qui les préféraient aux juments. Ils en vendaient également dans le Maroc, et les tribus des confins du désert ne conservaient même généralement que quelques chevaux d'élite pour la reproduction.
Les diverses tribus en relation avec nous nous ont vendu un assez grand nombre de chevaux à diverses époques ; mais il a toujours été très difficile d’en obtenir des juments. D'ailleurs, la plupart de ces tribus, étant précisément autrefois les plus exposées aux spoliations des Tures, se trouvent dans le cas déjà signalé, c’est-à-dire ont peu de chevaux. De là, en partie, la difficulté que nous avons eue pour la remonte de notre cavalerie. Du moment où nous dominerons au loin, nos besoins en chevaux seront, je pense, facilement satisfaits; car tout ce que j'ai entendu dire des grandes tribus du midi me porte à croire, même en faisant la part de l’exagération habituelle des Arabes, que, malgré l’état de guerre, état qui, du reste, comme on le sait, n’est point anormal chez les Arabes, il s’y
trouve encore d'importantes ressources en chevaux.
On serait porté à croire que l’Arabe, peuple pasteur et guerrier, tenant avant fout à ses chevaux, qu'il estime bien au-dessus de ses femmes, devrait avoir acquis une expérience consommée dans la connaissance du cheval, des meilleurs modes d'élève, d'entretien et d'emploi de cet animal. Il n’en est rien cependant, et comme si ces hommes, passés maitres en ruse et en commerce, élaient frappés d'incapacité en présence des faits naturels, on retrouve chez eux la stupidité du sauvage même en ce qui concerne leur animal de prédilection. On en jugera par ce qui va suivre. Mais disons tout de suite que ce qu'on a conté de l'amour de l’Arabe pour son cheval, et des soins qu'il lui prodigue, est digne d’être rangé à côté de l’'énumération des autres vertus qu’on lui a si étrangement prodiguées. L’Arabe aime son cheval plus que sa femme, mais cela ne prouve nullement qu'il l'aime beaucoup. 11 passe souvent de longues heures à le contempler, et refuse parfois de le vendre à des prix très élevés; mais il n’y a là rien de ce sentiment qui porterait, par exemple, beaucoup de personnes à conserver leurs chiens, même au prix de grands sacrifices, et quoiqu'ils ne leur soient d'aucune utilité. C'est tout simplement l'avare qui se complait dans la vue d'un objet d’une haute valeur à ses yeux. C’est le guerrier qui tient à ses armes, parce qu'elles lui sont utiles, ou l'homme vaniteux qui contemple avec orgueil les richesses qu'il possède.