‹ Colonisation et agriculture de l'Algérie (volume 2)Chapitre 61 sur 138 · PARTIE 11, — CULTURE ARABE · texte numérisé non relu

PARTIE 11, — CULTURE ARABE

L'Arabe abuse de son cheval comme il abuse de tout. « Mettez un cheval, dit M. Baude, entre les mains d'un enfant qui ne le craigne pas, l'enfant abusera de tous les moyens de l'animal; ainsi font les plus vieux Arabes. Élevés dès l'enfance à manier des chevaux, les Arabes sont incontestablement des cavaliers plus exercés que nous; mais leur équitation ne vaut pas la nôtre. L'art patient de beaucoup obtenir de lanimal en le fatiguant peu leur est inconnu : ils lattaquent du mors et de l'éperon par brusques saccades, et c'est malgré la manière dont il est conduit que le cheval barbe conserve tant de grâce, de vigueur et de solidité. »

Presque toujours à la suite d’une marche, lors même qu'elle n'a nécessité aucune course rapide, les chevaux ont au flanc et au grasset de nombreuses blessures occasionnées par les longs éperons et les étriers tranchants dont le cavalier fait un usage continuel. La bouche n’est pas dans un meilleur état, grâce à ce terrible mors arabe avec lequel on pourrait forcer le cheval le plus flegmatique à se renverser sur lui-même. Tout, en un mot, est calculé pour l'abus et non pour l'usage modéré.

Les juments sont saillies en février et mars. La monte, chez les tribus de notre voisinage, se fait ordinairement en liberté; mais on m'a dit que chez les tribus de l’intérieur et du désert, tribus qui, sans tenir de livres généalogiques, comme les Arabes de Yemen, conservent cependant par tradition la généalogie de

leurs chevaux, la monte a lieu à la main, et devant témoins, de même que les naissances.

Excepté pour quelques bètes d'élite, l'Arabe con- {inue à user ou plutôt à abuser de sa jument jusque quinze jours ou trois semaines tout au plus avant le part. Dès que les signes immédiatement précurseurs de ce dernier se manifestent, on couvre l’animal, on diminue sa nourriture, et on a soin de faire torrélier légèrement l'orge qu’on lui donne. Les membres de la famille Je veillent à tour de rôle, afin d’avertir au moment du part, qui s'opère ordinairement avec facilité. Immédiatement après, on souffle trois fois dans la bouche du petit sujet, et on lui met une ceinture abdominale, destinée à maintenir le nombril. On lui laisse cette ceinture pendant sept jours, temps que la jument passe auprès de son poulain, après quoi tous deux sont conduits au pâturage comme à l'ordinaire. Après deux ou trois mois, la jument est employée de nouveau, mais avec modération, et le poulain suit sa mère. Quand eelle-ci n’a pas assez de lait, on y supplée par du lait de vache ou de brebis, et, dès que le poulain commence à brouter de l'herbe, on lui donne de l'orge, et il est en général l'objet de soins assidus de la part des femmes et des enfants. A sept ou huit mois, on le sèvre. À un an on lui coupe les erins, et, à partir de ce moment, il devient le compagnon des jeux des enfants, qui commencent son éducation en le montant, les plus jeunes d'abord, les plus âgés ensuite, à mesure que les forces de l'animal augmentent. A l'âge de trente

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