PARTIE 11, — CULTURE ARABE
mois, on lui met la selle et la bride, et on le tient entravé auprès de la tente, pendant un temps graduellement plus long, afin de l'habituer à la soumission. Alors les hommes le montent; mais, au lieu d’user de ménagements à son égard, ils le soumettent presque immédiatement aux plus rudes épreuves, lui font faire des fantasias, le lancent à fond de train et l’arrètent court, lui font parcourir rapidement des terrains accidentés, lui apprennent à s’enlever par-dessus les obstacles ou à les contourner, l'habituent à la détonation des armes à feu, et enfin s’attachent à lui donner un bon pas, qui, avec le galop, est la seule allure que les Arabes laissent prendre à leurs chevaux.
À quatre ans, l'animal, lorsqu'il a supporté ces épreuves, ce qui n'arrive pas loujours, est regardé comme dressé, mais souvent il est déjà presque ruiné. À partir de ce moment, et pour le refaire, on le soumet à un traitement plus doux et on lui donne une bonne nourriture. À cinq ans, on lui coupe de nouveau les crins, et les Arabes, qui ignorent le moyen de reconnaitre l’âge du cheval par l'usure des dents, l'estiment approximativement par la longueur de la crinière.
A sept ans, l’animal est censé avoir acquis toutes ses facultés ou être complétement ruiné. Aussi les Arabes disent-ils : « Sept ans pour mon père, sept ans pour moi, sept ans pour mon ennemi. » Ce proverbe constitue, avec le suivant, la base du système et des connaissances hippiques des Arabes : « Fais manger le pou-
lain d’un an pour le conduire à bien ; monte-le à trois ans jusqu'à ce qu'il en plie; soigne-le parfaitement de quatre à cinq ans, et alors, s’il ne te convient pas, vends-le, »
I m'a suffi d'exposer ce mode d’élève pour le faire apprécier par tous les hommes compétents. Aux personnes qui croiraient pouvoir s’étayer de la longue expérience des Arabes pour justifier ce système vicieux, Je me contenterai de rappeler leur ignorance, déjà signalée, concernant les moyens de reconnaitre l’âge du cheval, et leur ignorance plus grande encore en ce qui touche les moyens de le guérir. Les seuls qu'ils emploient sont les amulettes et le feu. Ce dernier, qu'ils appliquent avec de la résine bouillante, est d’un emploi général, on pourrait dire abusif. Mais cet abus est justifié par l’état déplorable où les dures épreuves dont j'ai parlé mettent le jeune cheval. Aussi est-il rare de voir une bête âgée de plus de trois ans, qui n'ait de nombreuses marques de feu. D'ailleurs, avant la conquête, ces marques étaient un moyen de soustraire les beaux chevaux à l’avidité des Tures, qui dédaignent généralement tous les animaux portant ces stigmates dégradants. Aussi les Arabes employaientils souvent le feu sans motif hygiénique et d’une manière préventive. Ils l’appelaient feu de précaution.
J'ajouterai enfin que, depuis notre occupation, des essais d'élève nombreux faits par des colons, par des officiers et même dans quelques régiments, ne laissent plus le moindre doute sur les vices du système arabe,