PARTIE II. — CULTURE ARABE
vices qui ne sont pas compensés par ce qu'il a de bon.
Les Arabes ne font jamais de fourrages secs. Ils pensent que ces fourrages fermentent dans l'estomac et les intestins des animaux et leur occasionnent des maladies, surtout la pousse, où du moins une atonie générale. Il est probable que cette opinion se fonde sur les résultats produits par des fourrages mal récoltés ou mal conservés, car les faits observés depuis douze ans l’infirment complétement. Si les foins amenés du nord ont en général exercé une influence fâcheuse sur les chevaux, ceux récoltés dans le pays, et donnés en quantité modérée, avec une proportion suffisante de grain et de paille, n'ont produit aucun mauvais résultat. Nos cavaliers, toutes les fois qu’on leur a donné des chevaux du pays, ne sont pas restés en arrière des Arabes alliés, lors du moins qu'ils n'avaient pas à porter une charge exceptionnelle ; et si, au retour des expéditions, le nombre des chasseurs démontés a été parfois plus grand que celui des Arabes également démontés, le contraire s’est vu fréquemment.
Le pâturage, l'orge et la paille sont donc les seuls aliments du cheval chez l'Arabe. A la fin de l'hiver, au printemps et jusqu’en juin et une partie de juillet, le pâturage est abondant et suffit à la nourriture des chevaux, lorsqu'ils ne sont pas employés; mais pendant les mois de juillet, août, septembre et une partie d'octobre, la terre, brülée par un soleil ardent, n'offre plus que quelques tiges desséchées qui ont porté graines el sont, par conséquent, dépourvues de toute fa-
culté nutritive. Toutefois, les chevaux sont souvent obligés de s’en contenter, car ce n’est, en général, que chez les gens aisés ou dans les tribus qui s'occupent spécialement de l'espèce chevaline qu'on leur donne, à cette époque, un supplément de nourriture en orge eten paille d'orge que les Arabes considèrent comme bien préférable, sous ce rapport, à la paille de froment.
Chez les riches, l'orge est donnée presque à diserétion, surtout quand les chevaux doivent aller ou sont en course. La paille ne sert qu'à faire volume, et, comme on a soin de ne faire boire les chevaux qu'une fois par jour et quatre heures au moins avant qu'ils mangent ou après qu'ils ont mangé l'orge, celte grande quantité de grain ne leur occasionne aucune indisposition. On peut même la considérer comme une des causes de la vigueur et de la bonté de ces chevaux.
Ces animaux n’ont pas moins à souffrir en automne, partout où ils ne sont pas l’objet de soins particuliers. À la vérité, les pâturages reverdissent à cette époque ; mais comme celte nouvelle pousse coïncide avec les grandes pluies et un abaissement de la température, les chevaux en éprouvent un relâchement qui leur serait funeste si on ne leur donnait que cette nourriture et si on n'avait soin de les abriter pendant la nuit sous des tentes. Il en est de même, à plus forte raison, pendant l'hiver, jusqu’en février et mars. Aussi l'automne et l'hiver sont-ils des époques de mortalité pour les