PARTIE I, — CULTURE ARABE
règne également pour tout ce qui concerne les moutons. Nul soin n'est apporté au choix des béliers, à la monte, à l’agnelage, à l'élève des jeunes bêtes, à l’entretien des animaux adultes; aussi chaque année, faute d’abri, les troupeaux sont-ils décimés par les grandes pluies d'automne et d'hiver.
Les béliers restent mêlés aux brebis pendant toute l'année. Beaucoup de mères mettent bas deux fois par ap, au printemps et en automne, et il en est plusieurs qui ont deux agneaux d’une portée. Ordinairement les Arabes ne leur en laissent qu'un, et tuent les autres pour leur chair qu'ils estiment beaucoup.
La tonte se fait en avril et mai, chez les tribus du Tell. Vers le désert, on la pratique, m'a-t-on dit, deux fois l'an, pour certaines races à longue laine.
On peut dire qu'après les céréales, la laine est le produit le plus important de l'Algérie. Elle est produite en quantité exubérante par toutes les tribus arabes de l’intérieur ; en quantité moindre, mais encore suffisante pour leurs besoins, par les tribus kabaiïles.
Il s’en consomme une masse considérable, dans le pays même, pour vêtements, couvertures, étoffes de tentes, etc.
Le surplus était jadis vendu au dey et aux beys qui en avaient le monopole et payaient la denrée au prix qu'ils voulaient bien fixer eux-mêmes. Cette circonstance est sans doute une des causes du peu de soins qu'ont apportés jusqu'ici les Arabes à multiplier les
races à laine fine; elle aurait même probablement diminué beaucoup le nombre des bêtes à laine, en Algérie, sans l’importance de ces animaux comme bêtes de boucherie.
On a voulu récemment recommencer le même système; mais, quoiqu'on eût fixé un prix assez élevé, celte tentative a produit un mauvais effet. Les Arabes ont cru voir revivre les anciennes exactions des Tures, et, n'étant plus sous la main de fer de ces derniers, ils ont su éluder la mesure en exportant une grande partie de leurs laines à Tunis et dans le Maroc, où d’ailleurs la guerre a depuis longtemps dirigé le commerce de l'intérieur de l'Algérie. Il faut espérer que la liberté rendue aux transactions sur les laines ramèuera cet article dans les ports de la colonie et entre les mains de nos négociants!.
Ce que j'ai dit plus haut sur les races laisse assez prévoir que les laines d'Afrique, loin d’être plus belles que les nôtres, sont, au contraire, en général grossières. Une circonstance qui contribue encore à en diminuer la valeur, c'est que, dans beaucoup de localités, 11 s'y trouve mêlé en grand nombre des graines dont les aspérités s’attachent à la laine et en rendent la séparation très difficile, à tel point qu'il ne serait peut-être pas superflu d'employer, dans ce but, des machines analogues à celles qui servent à l'égrenage”
(1) C’est ce qui a lieu aujourd’hui : de fortes masses de laine sont
arrivées, dans ces derniers temps, de l’intérieur dans les ports de la Méditerranée.