‹ Colonisation et agriculture de l'Algérie (volume 2)Chapitre 72 sur 138 · PARTIE I. — CULTURE ARABE · texte numérisé non relu

PARTIE I. — CULTURE ARABE

du coton. Ge sont en général des graines de gratterons et de sainfoin.

Malgré cela, on importe et on a de tout temps importé une assez grande quantité de laines barbaresques en France, où elles servent principalement à la confection des matelas et des couvertures.

Le commerce de la laine, qui est pour les Arabes le principal article d'échange, peut offrir un moyen puissant de nouer des relations pacifiques et suivies avec l’intérieur et même le désert. Il est d’une haute importance que ce commerce cesse de se diriger sur les pays voisins, et, en revenant dans nos ports, y ramène forcément les producteurs.

Comme dans tout le midi, les brebis sont soumises à Ja traite, et leur lait est plus estimé que celui des vaches. La quantité qu’elles en donnent est à peu près la même que celle qu’on en obtient en Provence, c’està-dire environ un cinquième de litre par jour.

Ce Jait est consommé comme celui de vache, avec lequel on le mêle souvent ; et on en fait également du beurre et du fromage. Le premier, qui est blanc et a un léger goût de suif, plait néanmoins à beaucoup de personnes. Quant au fromage, il est meilleur que celui de vache.

J'ai déjà dit que la viande le plus généralement consommée par les indigènes de l'Algérie est celle des bêtes ovines ; il faut ajouter que, de même qu’en Espagne et en Italie, la chair de ces animaux est très supérieure à celle des bêtes bovines, et même supé-

rieure à la chair de nos moutons du nord, quoique Jamais les Arabes ne soumettent ces animaux à un engraissement préalable, et qu'ils ne fassent subir aux mâles qui ne sont pas destinés à la reproduction qu'une castration incomplète, par le procédé déjà indiqué pour les bœufs. Cette supériorité de la chair des moutons africains s'explique par la nature aromatique de la plupart des plantes des pâturages et par la quantité de sel répandue dans le pays et qui pénètre probablement dans les végétaux. On a observé, du reste, que, de mème que pour les autres bestiaux, les petites races ont une qualité de viande supérieure à celle des grandes races.

Les bêtes à laine restent en bon état plus longtemps que les bêtes à cornes ; on en voit encore de grasses en août et septembre; mais, après cette époque, elles dépérissent visiblement, et, comme les autres bestiaux, elles sont en triste état à la fin de l'automne, en hiver et jusque dans les premiers mois du printemps où elles commencent à se refaire.

Les peaux sont en partie travaillées dans le pays, et faconnées en maroquin, inférieur toutefois à celui de Méquinez et de Tétuan. On en exporte à l’état brut une très grande quantité pour Maroc, Tunis et l'Europe; ces peaux, surtout celles des confins du désert, sont de meilleure qualité que celles de France.

Le prix des bêtes à laine qui, avant notre arrivée, était de fr. 50 ce. à 2 fr. 50 c., est aujourd hui de 8 à 9 fr. lorsqu'elles sont en chair. Je dois ajouter, et

PARTIE I. — CULTURE ARABE. 201 cela s'applique également aux autres bestiaux, que leur prix diminue considérablement en hiver, surtout lorsque cette saison est rude et pluvieuse.

Ÿ 7. Chèvres.

Toutes les tribus ont des chèvres ; mais ce sont surtout les Kabaïles et les Maures qui en élèvent en grand nombre. Celles que j'ai vues m'ont paru semblables aux chèvres de Corse, petites, basses sur jambes, à poil noir ou blanc et très long.

Ce poil est un produit important qui est recueilli chaque année, et sert, soit seul, soit en mélange avec du poil de chameau ou de la laine, à faire des cordes, des étoffes pour tentes, des burnouss, etc.

Les Arabes, qui recherchent plutôt qu'ils ne craignent l’odeur de bouc, mangent sans répugnance la chair de ces animaux et des chèvres, et avec délices celle des chevreaux.

Du reste, le produit principal de la chèvre est le lait, auquel les Arabes assignent le second rang, après celui de brebis, et qu'ils emploient surtout à la confection du fromage.

La peau de ces animaux a une assez haute valeur ; on en fait le véritable maroquin. Les indigènes en font, en outre, un très grand usage pour la conservation et le transport des liquides.

Ÿ 8. Porcs.

L'islanusme a naturellement empêché que celte

espéce ne fût comprise dans le nombre des animaux domestiques des indigènes; en revanche, elle existe à l’état sauvage considérablement multipliée dans toute la régence. Notre arrivée en a quelque peu diminué le nombre; car les Arabes, qui ne les chassaient autrefois que pour s’en débarrasser ou en nourrir leurs chiens, les tuent aujourd'hui pour nous les vendre. Ceux que j'ai vus appartenaient à des colons et paraissaient tout à fait apprivoisés. Ils étaient de petite taille, mais bien conformés, et je ne doute pas qu'avec des soins convenables on n’en puisse faire très promptement une bonne race pour la graisse.

{ 9. Volaille.

Les poules et les pigeons sont les seules volailles qu'élèvent les indigènes. Encore les pigeons se rencontrent-ils plus spécialement chez les Maures et les Kabaïles que chez les Arabes, qui élèvent en revanche une très grande quantité de poules. La poule cuite avec le couscoussou est le mets favori des indigènes.

Pigeons, poules, et conséquemment œufs, sont épalement plus petits qu'en France. Le chaponnage est inconnu aux indigènes, qui ignorent également l'art d'engraisser la volaille. Ajoutons cependant qu'ils donnent à ces animaux une assez grande quantité de grains, notamment de dourah et de sorgho, qu'ils eullivent spécialement dans ce but.

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