PARTIE II, — CULTURE ARABE
trace de culture. Les premiers sont, en général, supérieurs aux autres; mais, à mesure que le sol se durcit, ils se détériorent, et l'herbe y devient rare et mauvaise.
J'ai déjà dit que les terres des environs de Constanline se couvrent spontanément de graminées, de légumineuses et d'ombellifères.
Les graminées sont principalement des pâturins, des fétuques, des cinosurus, des dactvles, des brômes, des avoines, des agrostis. Les lieux humides sont couverts de carex, de souchets, de scirpes, de jones, de phalaris, de roseaux, ele. Dans les broussailles croissent en abondance des méliques et des brômes.
Les légumineuses se composent de plusieurs espèces de trèfles, de luzernes, de lotiers, d’ornithopus, de lupins, de vesces, de gesses, d’astragales et surtout de sainfoins. On y trouve également un grand nombre de plantes de la famille des composées, quelques crucifères, des labiées, etc.
Dans la plaine de Bône, les graminées dominent. Il en est de mème dans une grande partie des herbages de la Mitidja, et dans ceux de la plaine de Tlélat, près Oran.
SECTION ILE. — Champs.
La proportion des champs est tout aussi variable. Aux environs de Constantine, un quart, peut-être mème un liers de la surface, est en terres arables. Dans
la plaine de Bône, dans celle d'Eghris, la proportion est plus forte encore, tandis qu'ailleurs elle descend au dixième, au vingtième, au cinquantième même de la superficie totale. Dans toutes les localités abandonnées depuis quelques années par les indigènes, il est difficile de reconnaitre ce qui était anciennement eultivé, parce qu'ils ne réussissent jamais qu'imparfaitement à détruire les souches et racines d’arbrisseaux et arbustes partout où le sol en était couvert, et qu’ailleurs la terre se revêt promptement d’une couche de gazon et se transforme en herbages.
Dans les montagnes habitées par les Kabaïles, la proportion des terres arables ou des plantations plus ou moins cultivées d'arbres fruitiers est peut-être plus considérable que dans les plaines, malgré le désavanlage du relief du terrain. On voit parfois des montagnes cultivées depuis la base jusqu'au sommet. Il faut dire cependant que c’est rare, et qu’en général les habitants n’appliquent la culture qu'aux parties inférieures et aux plateaux et gradins naturels qui se rencontrent sur les pentes.
SECTION IV.— Marais.
Quant aux marais, j ai déjà dit qu'il ne s'en trouve que dans les plaines, et là encore leur étendue est en général minime, comparativement au reste, et finirait par devenir tout à fait insignifiante moyennant quelques travaux peu dispendieux.
PARTIE II, — CULTURE ARABE. 215 SECTION V. — Proportion des diverses natures de fonds.
En résumé, on pourrait considérer comme des approximations, sans doute excessivement vagues, fondées cependant sur quelques faits positifs, les chiffres suivants sur la proportion des diverses natures de fonds entre elles.
Ainsi, en prenant comme 400 la surface totale du Tell, on aurait les chiffres suivants :
Forêts proprement dites. . . . . 0 75 Forêts basses, hautes broussailles +4 je feu
n'attemt que la lisière. © . , .,. .. . . 1-10 D TO RS EL 2 Terres arables annuellement ensemencées. . . ELLE Herbages propres à être fauchés. . . . . . $,, »
Terrains plus ou moins bien engazonnés, mais propres seulement au pâturage, à cause des
Pa naines | V9 UNIQUE 6131 0S8- 50 Marais proprement dits. . . . . uolle: 0 15 Espaces inondés en hiver et au Re mais
pâturés en été, . . . 1 50
Terrains nus,improductifs, été (marais Kiés, rochers, sables, cours d’eau. MUTUEL QU
TOR 2 16 MUU »
Je suppose 1c1 que la superficie du Tell est de 560,000 à 400,000 kilomètres carrés.
Tous ceux qui ont parcouru l'Algérie trouveront certainement que j'ai fait une large part aux terrains improductifs, tandis que d’autres qui n'ont pas vu ce pays, et qui se reportent aux proportions existantes
dans nos départements méditerranéens, trouveront, au contraire, le chiffre trop faible. J'ai déjà expliqué plus haut les causes qui font que les montagnes de l'Algérie sont moins stériles que celles du midi de la France. Je crois donc être plutôt au-dessus qu'audessous de la vérité en adoptant le chiffre de 54 p. 400 pour les terrains improductifs, et l'on peut hardiment admettre que plus du tiers de cette surface offre encore un pâturage pour les moutons et pourrait être complanté avec avantage en arbres fruitiers.
Quant au chiffre des terres arables qui sera considéré comme trop faible par plusieurs personnes connaissant le pays, je ferai remarquer que les localités les plus propres à la culture sont, en général, occupées par les Arabes qui sont, avant tout, pasteurs, tandis que les cultivateurs par excellence, les Kabaïles, habitent les montagnes où l’espace cultivable est proportionnellement minime en comparaison du reste. Aussi, je crois ce chiffre plutôt trop fort que trop faible, et applicable non pas à l’état de guerre actuel, mais à l’état normal.
Enfin, j’ajouterai qu'une grande partie des terrains en broussailles basses et en gazon médiocre est susceptible d'être mise en champs, en prés ou en plantations productives, et que les terres inondées en hiver peuvent, la plupart, avec quelques travaux, être garanties des eaux dans la saison humide, et arrosées en été, par conséquent être transformées en prairies irriguées et en orangeries,