DES COLONIES EN GÉNÉRAL ET D'ALGER EN PARTICULIER
Tout ou presque tout a été dit pour et contre la colonisation ; mais comme plusieurs arguments qu'on ne cesse de reproduire, semblent avoir laissé une certaine impression dans l'esprit du publie, il ne sera pas inutile d'y répondre.
Aujourd'hui, cependant, que des voix éloquentes se sont élevées en faveur de la colonisation, et ont si bien démontré la nécessité, pour le pays, d’avoir une marine puissante, sous peine de déchéance, et l'impossibilité de l'obtenir telle sans cette propagande lointaine qui étend le sol de la France et son commerce sur de nombreux points du globe, il y a peut-être de l’outrecuidance de ma part à discuter ici ces grandes questions qui me sont peu familières, et dans l'examen desquelles je ne puis apporter que quelques faits et mon simple bon sens ; mais, en présence de l’antagouisme qui s'est manifesté, dans ces derniers temps,
entre l’agriculture d’une part, les colonies et la marine de l’autre, j'ai pensé qu'il pouvait y avoir utilité à faire connaitre mon opinion sur les colonies, à prouver aux colons, aux marins, au commerce extérieur, qu'il y a des agriculteurs en France qui, sans cesser de croire et de dire que notre pays est avant tout agricole, apprécient cependant la puissante et heureuse influence d'un grand commerce international, d'une forte marine, de vastes colonies, et ne méconnaissent pas les lois éternelles de cette solidarité qui unit toutes les branches industrielles d’un pays.
Après avoir été considérées pendant longtemps comme le meilleur moyen d’accroitre la richesse et la prospérité d'un pays, les colonies ont été déclarées, par une nouvelle école d’économistes, non pas seulement inaptes à produire ce résultat, mais même nuisibles à la puissance d'une nation. Les preuves, qui d’ailleurs ne font jamais défaut lorsqu'on en veut à toute force, n’ont pas manqué à cette doctrine.
Sans nous arrêter à l’ensemble de cette théorie, bornons-nous à examiner rapidement les arguments dont on s’est servi le plus fréquemment contre la colonisation de l'Algérie.
On a dit : « Que les colonies coûtent toujours plus qu'elles ne rapportent, et que, lorsqu'à force de saerifices la métropole a réussi à les établir solidement, elles finissent Lôt ou tard par rompre le contrat qui les unissait à la mère-patrie et par se déclarer indépendantes, »