PARTIE HIT, — COLONISATION
et deviendra chose presque impossible lorsque la colonisation aura disséminé dans le pays, et principalement sur les côtes, une population européenne nombreuse et aguerrie.
À ces deux objections on ajoute : « Que les colonies, qu’on ne crée cependant que pour avoir des consommateurs, n’en accroissent pas le nombre, puisque la population qu'elles reçoivent est prise dans la mèrepatrie. »
On oublie que la population, comme la consommation individuelle, sont choses extrêmement élastiques de leur nature, et s’accroissent ou diminuent suivant les circonstances. En thèse générale, accroissement de population et consommation relative sont d'autant plus considérables que l'effet utile du travail individuel est plus grand. Or, cet effet est d'autant moindre, en agriculture surtout, que la population est plus dense. Le petit cultivateur de nos départements popu leux, forcé d'accumuler son travail et celui de sa famille sur un ou deux hectares, tirera bien de cette superficie un produit plus élevé que n’en obtiendrait la grande culture; mais son travail produira infiniment moins, et sera, par conséquent, beaucoup moins rétribué, que s’il avait été appliqué à une surface plus grande. Donnez à ce mème petit cultivateur 40, 42 ou 45 hectares en Algérie, sous ce climat où d’ailleurs les agents naturels suppléent davantage au travail qu’en France, et cet homme, avec la même somme de labeur, produira six ou huit fois plus, car il substituera la
charrue à la béche, et n’appliquera au sol que la quantité de travail strictement nécessaire pour imprimer aux forces naturelles la direction qui lui parait la meilleure.
C’est la différence entre le batelier qui fait marcher son embarcation à la rame et le marin qui se borne à tendre la voile, et laisse au vent le soin d'accomplir la besogne.
Or, toutes les fois que l'homme produit beaucoup, il consomme beaucoup. C'est un fait qui s'est déjà réalisé en Algérie.
Ajoutons, d’ailleurs, que, lorsque la colonisation s'applique à un pays aussi rapproché que l'Algérie et offrant, comme celle-ci, des points maritimes et militaires aussi importants, elle cesse d'être une simple question d'exportation et de débouchés.
Qu'on veuille bien se rappeler ce que nous avons dit en commençant sur l'impossibilité d'occuper les ports sans dominer tout le pays, et qu'on ne perde pas de vue que, tandis que, d’une part, la nouvelle route des Indes par Suez, la situation de l'empire Ture et la navigation à la vapeur tendent à accroitre. immensément l'intérêt qu'a la France à conserver son rang dans la Méditerranée; d’une autre, l'Afrique acquiert de jour en jour plus d'importance, et si le Brésil et les Antilles devaient succomber un jour sous les coups de la philanthropie anglaise, elle deviendrait probablement le seul lieu de la terre d'où l'Europe pourrait tirer des denrées coloniales, sans passer par les mains de l'Angleterre.