PARTIE 1, = OCCUPATION ET GOUVERNEMENT. 13 Ÿ 2. Occupation mixte
Depuis que le système de l'occupation illimitée à été appliqué, Pabsence de résultats immédiats, qu'on s’obstine avec si peu de raison à demander à tout ce qui s’entreprend en Afrique, a fait naître une opinion qui semble aujourd'hui prévaloir dans le publie. On admet la colonisation, on admet l'occupation, nonseulement des villes du littoral, mais encore de quelques points importants de l'intérieur, mais on repousse l’occupation illimitée. « N'étendez votre action, dit-on, que là où vous pouvez facilement dominer ; commencez par y établir votre pouvoir d’une manière solide; puis, ce résultat une fois obtenu, avancez, créez de nouveaux centres d'occupation qui deviendront des bases d'opérations pour soumettre la zone suivante. De cette manière, vous arriverez graduellement à la domination entière du pays sans ces dépenses énormes, cette armée si nombreuse et ces expéditions lointaines qui déciment nos soldats, et surtout sans être amenés à faire de ces pas rétrogrades qui nuisent tant à notre considération en Afrique. Jusquelà, ne vous occupez point des localités insoumises, n°y intervenez pas, n'y nommez point de chefs pour ne pas être obligé de les soutenir. »
Cette opinion, spécieuse au premier abord, ne supporte pas l'examen pour quiconque connait PAlsérie. C’est tout simplement le système de l'occupation res-
treinte appliqué à une superficie plus grande, et par conséquent devenu moins praticable encore. Que seront, en effet, les pays non soumis dont nous ne nous occuperons pas, où nous nous interdirons même de pénétrer, sinon des foyers d’hostilité d’où l'émir, ou tout autre aventurier du mème genre, nous fera tout à son aise une guerre incessante, ruinant les tribus soumises et les forçant à se tourner contre nous? Nous a-t-il jamais été possible d'établir notre domination d’une manière solide, sur un territoire quelconque, tant qu'a duré le système de l'occupation restreinte ou mixte? N'a-t-on pas vu, au contraire, en 4859, 4840 et 48/1, les Arabes venir égorger nos colons jusqu'aux portes d'Alger, malgré la présence de nos troupes dans Blidah, le Fondoukh, Bouffarik, Douéra, Coléah, et dans toute la nombreuse série de forts et de blockhauss qui couvraient la plaine et le Sahel ?Si, aujourd'hui, plaine, Sahel et même petit Atlas sont tranquilles et offrent une complète sécurité, il faut l'attribuer beaucoup moins aux forts et aux garnisons qui s’y trouvent qu'à ce fait dont nous avons à plusieurs reprises fourni la preuve aux Arabes et qui les a si vivement impressionnés, qu aucun lieu n’est impénétrable pour nous et ne peut les mettre à l'abri de nos coups‘.
(1) C’est sous ce point de vue que l’expédition du maréchal Bugeaud, contre les Kabaïles du Jurjura, a été, quoi qu’en ait dit la presse, un acte de haute et sage politique.