PARTIE II. — COLONISATION
cet argument est sans force, et ne saurait en aucune manière démontrer l'inutilité de la colonisation de l'Algérie pour la France.
Enfin, la grande, la principale objection que l'on oppose à la colonisation, c'est que la colonisation ne saurait avoir lieu sans une sécurité entière et complète, résultat, ajoute-t-on, impossible à obtenir en Algérie.
Cet argument est admis non-seulement par les adversaires, mais encore par les partisans de la colonisation.
L'époque de la création de la plupart des colonies est bien loin de nous, et l’on oublie complétement les épisodes de ces grands événements. Les militaires, d’ailleurs, qui ont beaucoup écrit sur l'Algérie et auxquels on accorde, avec raison, beaucoup de confiance parce qu’ils semblent le plus désintéressés dans la question, les militaires sont naturellement disposés à émettre et à confirmer cette doctrine qui doit nécessairement accroître leur importance et reculer le moment où une nombreuse population civile viendra compliquer les affaires, et probablement leur enlever celte prépondérance qu’ils ont en Algérie depuis la conquête.
Un coup d’œil jeté sur l'histoire de l'établissement des Européens dans les diverses parties du monde ne permet toutefois plus le moindre doute sur la fausseté de cette opinion. On y voit, en effet, qu'aucune colonie ne s’est créée sans une guerre plus ou moins
232 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIF, acharnée, plus ou moins longue, contre les anciens habitants, guerre qui a toujours eu pour résultat ou l'extermination de ceux-ci, ou leur soumission. Il est vrai de dire que nulle part les Européens n’ont rencontré une résistance aussi énergique que celle que nous opposent les Arabes. En revanche, aucune colonie n'était à aussi faible distance de la métropole; aucune, lors de sa fondation, n'a été favorisée par l'application de la vapeur à la navigation. Ces deux circonstances sont bien de nature à compenser en partie l'inconvénient que je viens de signaler. On parait ignorer qu'il est telle ville, aujourd hui florissante, des États-Unis, qui a été ravagée et brülée trois à quatre fois par les Indiens. Le nom seul du Kentucky (terre de sang) prouve l'acharnement avec lequel la race américaine a lutté, dans cet État maintenant si riche et si peuplé, contre la colonisation européenne. Actellement encore, l'émigrant qui vient défricher les västes forèts de l’ouest ne peut cultiver que la carabine sur l'épaule, et souvent, malgré son courage et sa prudence, ses récoltes et.sa cabane sont détruites, et sa famille est massacrée.
On ne peut sans doute établir aucune comparaison entre les hordes d'Indiens qui parcourent les vastes solitudes de l'ouest et la population indigène de l'Alsérie. Cependant ces Indiens connaissent aussi les armes à feu et s'en servent habilement. Plusieurs nations possedent en outre beaucoup de chevaux et forment une redoutable cavalerie. Si l'on objecte que tout cela