‹ Colonisation et agriculture de l'Algérie (volume 2)Chapitre 81 sur 138 · PARTIE III, == COLONISATION · texte numérisé non relu

PARTIE III, == COLONISATION

ne vaut pas les Arabes, je rappellerai qu'en revanche l'armée tout entière des États-Unis est à peine le dixième de celle que nous entretenons en ce moment à Alger, et qu'à part quelques petits forts disséminés sur une ligne immense, les colons en sont réduits à leurs propres forces, ce qui n'empêche pas ces contrées de se peupler avec une rapidité sans exemple.

Il est même à remarquer que, dans la fondation de la plupart de nos colonies, nous n'avons pas eu seulement à lutter contre les autocthones, mais encore contre les puissances européennes rivales, et la plus belle des colonies qu'ait jamais possédées la France, Saint-Domingue, s’est créée dans une guerre acharnée de nos boucaniers contre les Espagnols.

Aussi, non-seulement je ne crois pas qu'une sécurité parfaite soit indispensable pour le succès de la colonisation, mois encore je suis intimement convaincu que la colonisation, rationnellement et puissamment organisée, est le moyen le plus efficace de pacilier le pays, autant du moins que peuvent le perncettre le caractère et les mœurs des indigènes. Je reviendrai, du reste, sur cet important sujet en parlant de la population coloniale.

Ceux qui ont avancé que nous avions mieux réussi là où nous n'avons pas colonisé qu'ailleurs, n’ont vu et comparé que deux points isolés, Alger et Constanline, sans faire attention que le principe qu'ils en

‘tiraient était complétement infirmé par d'autres faits. Nous n'avons colonisé ni à Bougie, ni à Dgigelli, ni à

Oran, pas plus que les Espagnols à Ceuta ou Mélilla, et ces divers points ont été précisément ceux où la guerre a eu lieu le plus fréquemment, on pourrait dire le plus constamment.

À Bône, on a acquis et exploité dès la première année. Les indigènes n’ont plus rien dans les environs et presque plus rien dans la plaine, depuis la Seybouse à la Maffrag, et néanmoins Bône a été et est encore la localité la plus tranquille de l'Algérie.

En attribuant la haine et l'hostilité des Arabes à l’acquisition des terres par les colons, on est tombé dans lerreur si souvent commise à l'égard de ces derniers’; on les a pris pour des paysans d'Europe, et on s’est dit qu'à l'instar de ce que feraient ceux-ci en pareil cas, ils devaient nécessairement se révolter contre des vainqueurs qui menaçaient de s’adjuger leurs terres.

Cette idée repose sur deux faits évalement erronés. D'abord, si l’on a beaucoup acheté et beaucoup vendu, en Algérie, on n'a malheureusement que fort peu cultivé, et toutes les exploitations qui se sont établies l'ont été généralement sur des terres acquises des Maures ou sur des propriétés domaniales, et non sur des terres occupées par les tribus. Ensuite, on aurait dü savoir que, chez les Arabes comme chez tous les peuples plus ou moins nomades et chez lesquels le sol est possédé tout au plus d’une manière collective, le sentiment de la propriété existe à peine pour les choses immobilières, De là ces grands déplacements

PARTIE 111. — COLONISATION. 235 si fréquénts et si faciles de tribus entières, opérés par l'ancien gouvernement, et même encore aujourd'hui par Abd-el-Kader.

On cite à l’appui de cette théorie la défense faite aux Anglais, dans l'Inde, d'acquérir des terres, ainsi que l’absence de propriétaires parmi les Turcs de l’ancienne régence. Ce dernier fait n’est pas complétement vrai. Beaucoup de Turcs possédaient de beaux domaines dans les environs d'Alger. S'ils n’en avaient pas davantage, ce n'était pas, tant s’en faut, par ménagements pour les vaineus qu'ils craignaient si peu de blesser en toute autre occasion; c'était parce que les Turcs, à Alger comine ailleurs, méprisaient l’agriculture et préféraient laisser travailler la population indigène, sauf à prélever ensuite la part du lion sur la récolte. Du reste, le deylikh et les beylikhis possédaient de grandes terres, en général les plus belles, les plus riches du pays, et il est supposable qu'ils ne les avaient pas payées cher.

On peut juger du profond respect qu'avait l'ancien gouvernement pour la propriété foncière par le seul fait du habou, uñique moyen que possédaient les Maures de sauver leurs biens immobiliefs de la confiscation, et eux-mêmes de la décapitation, lorsque ces biens pouvaient tenter la cupidité du pouvoir ou de quelque homme puissant.

Quant aux Anglais dans l'Inde, c'est une autre question qui n'a aucun rapport avec ce qui se passe en Algérie. La compagnie des Indes est propriétaire

de tout le sol, comme l’est, du reste, le gouvernement français en Algérie, Mais les Indiens sont doux, laborieux, intelligents en culture, c’est-à-dire juste l'opposé des indigènes de l'Algérie. Les cultivateurs de l'Inde ou coolies ne sont, à vrai dire, que des colons partiaires ou mélayers, auxquels la compagnie concède le droit de cultiver le sol, à la charge par eux de payer une cerlaine redevance en argent ou en denrées. Cette redevance, qui est énorme et qui laisse à peine de quoi vivre au pauvre cultivateur, constitue le principal revenu de la compagnie. Celle-ci a done un grand intérêt à empêcher que la terre ne passe aux mains des Anglais, qui ne consentiraient jamais à être traités comme les Indiens, et occasionneraient, dès lors, une réduction dans les recettes du gouvernement.

L'Angleterre, qu'on nous propose comme modèle dans cette circonstance, a-t-elle agi en Amérique et dans l’Australie comme dans l'Inde? Conçoit-on les beaux résultats qu’elle aurait obtenus en se bornant à occuper ces pays militairement, à administrer et à soumettre à des impositions les peaux rouges de l'Amérique du nord et les sauvages de Port-Jackson et de Van-Diemen ?

Son but a toujours été le mème : profit de la métropole ; mais les moyens qu'elle a employés ont varié suivant les circonstances.

L'Angleterre n'a pas colonisé dans l'Inde, parce qu'elle y a trouvé toutes les conditions de production jointes aux conditions nécessaires à une abondante

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