PARTIE III, — COLONISATION
consommation de ses propres produits. Elle a colonisé en Amérique, dans l'Australie, et elle aurait colcnisé en Algérie si elle l’avait possédée, parce que rien de tout cela n’existait ou n'existe dans ces pays.
Un agronome célèbre a dit quelque part, et cette objection a été répélée par beaucoup de personnes, que le sol n’a de valeur que celle des capitaux qu'on lui a appliqués, et que ces capitaux s'élèvent, en France, de 4,000 à 2,000 fr. par hectare, que, par conséquent, il faudrait plus d’un milliard pour mettre en valeur six cent mille hectares de l'Algérie.
Cette asserlion est loin d’être vraie. C’est méconnaître entièrement l'influence toute - puissante des agents naturels, climat et richesse primitive du sol. L'Algérie, d’ailleurs, n’est pas complétement ineulle ; il y existe une grande étendue de terres actuellement ou précédemment en culture, ou en herbages et forêts, étendue que nous avons évaluée à 1 pour 400 de la surface totale, et qu'on peut considérer comme déjà productive. La facilité avec laquelle les Arabes, malgré l’imperfection de leurs moyens, abandonnent une terre cultivée pour en défricher une nouvelle, prouve suffisamment que cette opération n’est pas aussi coûteuse qu'on le dit, et, en parlant de la culture coloniale, j'espère démontrer que les plantations d'arbres fruitiers, entre autres, peuvent s'établir à peu de frais.
Si les vergers d'orangers et les jardins arrosés en exigent de considérables, leurs produits sont en revanche tellement supérieurs à ce que nous obtenons
en France sur une surface égale, que le cultivateur y trouvera une ample compensation. Enfin, même une partie des broussailles peut devenir terrain productif et fort important, à la seule condition de n'être plus annuellement brülée. Des broussailles, aux environs de Birkadem, Birmandreïs, Koubah, etc., ont été transformées, par cette seule précaution, en beaux taillis qui commencent déjà à donner quelques produits.
Je ne pousserai pas plus loin cette réfutation des objections qu'on oppose à la colonisation de l'Algérie. Je crois que ce sont là les plus importantes, celles qui ont fait le plus d'impression sur le public.
Et puisque l'impression tardive de cet ouvrage m'en donne l'occasion, qu'il me soit permis d'appeler l'attention sur un fait récent qui se lie à la question des colonies : je veux parler des troubles industriels qui viennent d’affliger la Silésie et la Bohème. Même en supposant, comme paraissent le croire plusieurs publicistes allemands, que ces insurrections d'ouvriers sont en partie l'œuvre d'une grande nation rivale, jalouse du développement que prend l'industrie allemande, grâce à l'union douanière, on ne peut cependantse dissimuler que, dans l'état actuel des choses, ces événements auraient difficilement eu lieu si FAIlemagne, au lieu d'être bornée, pour son marché extérieur, aux États-Unis, au Brésil, à l'Espagne et autres contrées où elle se trouve aux prises avec la concurrence écrasante de l'Angleterre, avait possédé quelques colonies qui lui eussent offert un débouché pour ses
PARTIE IT. — COLONISATION, 239 produits. Et cependant, l'Allemagne a été citée de préférence toutes les fois qu'on a voulu prouver l'inutilité des colonies. Sans doute l'Angleterre a vu également des insurrections d'ouvriers; c'est même là, comme tout le monde sait, l'épée de Damoclès perpétuellement suspendue sur sa têle, et dont elle ne parvient à retarder la chute qu'en s'ouvrant chaque jour, par la ruse ou par la violence, de nouveaux débouchés. Mais quelle différence dans l’état industriel des deux pays! quelle différence d'ailleurs dans leur état social!