CHAPITRE PREMIER
Colonisation par l'industrie privée et colonisation par le gourernement,
La question de la colonisation présente trois points essentiels, que je demande la permission d'examiner ici avec quelque développement : {e territoire colonisable; — la population coloniale; — la euliure coloniale.
Mais, ayant tout, se présente une question préjudicielle qui, quoique paraissant avoir déjà été résolue par l'administration, ne peut être complétement passée sous silence ici, parce que, dans notre gouvernement de majorité, celle-ci peut forcer le pouvoir à revenir sur ses décisions. Je veux parler de la question de
savoir si l’œuvre de la colonisation sera abandonnée au laissez faire, ou si le gouvernement y interviendra, non-seulement pour lui donner aide et protection dans la même mesure qu'il aide et protége les citoyens en France, mais encore pour la diriger et pour lui donner, en retour des conditions qu'il lui imposera, les éléments d'existence et de production qui lui sont indispensables ; en un mot, seront-ce les citoyens ou sera-ce le gouvernement qui fera la colonisation ?
Le système du laissez faire et laissez passer, c'està-dire de la négation gouvernementale, n’a jamais été complétement appliqué nulle part, mème dans les États les plus anciennement organisés; à plus forte raison nesaurait-il convenir à unecréation quelconque, surtout à celle d’une colonie.
Il est vrai qu'il ne s'agissait pas non plus iei d’une application complète. Tout le monde était d'accord sur ce point, qu'il fallait que l'État protéget les colons contre les indigènes; qu'il leur fit des concessions de terres, soit gratuitement, soit avec une faible redevance; qu'il les exemptät d'impôts pendant un temps plus ou moins long. Quelques-uns allaient même jusqu’à admettre qu'il fit des routes, desséchât les marais, distribuât ou vendit à bon marché de jeunes plants pour l'établissement de vergers et de plantations; qu'il fondät une ou plusieurs fermes expérimentales pour y essayer et faire connaître les diverses cultures, méthodes et procédés les plus avantageux en Algérie. Mais là devait se borner l’action du pouvoir, et lors même
PARTIE ÎIT, — COLONISATION. 241 qu'on leur aurait prouvé qu'avec cette liberté accordée aux colons de s'établir où ils voudraient, le seul engagement pris par le gouvernement de les protéger devait infailhiblement occasionner des dépenses presque aussi considérables que l’eussent été celles nécessitées par l'intervention directe de l'État dans la colonisation, les partisans du système en question seseraient opposés à celte intervention comme à une chose contraire à un principe sacré.
On citait d’ailleurs, à l'appui, quelques autres colonies et ce qui se passe aujourd'hui aux États-Unis, sans faire attention que des circonstances toutes différentes nécessitaient aussi à Alger des moyens différents.
Enfin, un essai malheureux, parce qu’il avait été mal conçu et mal exécuté, est venu encore donner quelque autorité à cette doctrine. Mais les événements se sont chargés d'en démontrer l'erreur, et aujourd'hui, de ces tentatives si nombreuses de culture et d'exploitation, faites dans les environs d'Alger, il n’a presque survécu que les établissements résultant de ces mêmes essais, qui ont servi de texte pour repousser la colonisation par le gouvernement.
J’anticiperais sur la question de la population coloniale si j'entrais dans plus de développements sur ce sujet.
Je me bornerai donc à poser en principe que la colonisation, dans le début et jusqu’à une époque indéterminée, devra se faire par le gouvernement, par
ses subsides, et dès lors sous sa direction immédiate. I. 16