‹ Colonisation et agriculture de l'Algérie (volume 2)Chapitre 92 sur 138 · PARTIE If, —— COLONISATION · texte numérisé non relu

PARTIE If, —— COLONISATION

reste, où les colons n'auraient pas su défendre le fossé, ils pussent se retirer dans leurs maisons et diriger un feu nourri sur les assaillants qui auraient franchi l'obstacle.

I suffirait done d’un hectare pour six à sept familles, en comptant l'espace nécessaire aux rues et aux places, et de 412 hectares pour soixante-douze à quatrevingls familles, ce qui serait un nombre suffisant dans la plupart des cas, puisqu'il s’y trouverait cent à cent-vingt personnes, et souvent plus, en état de porter les armes.

Dans ce système, les terres en culture, les prés et les plantations seraient au dehors, autour du village, dont la situation pourrait toujours être choisie de telle sorte qu'il les dominât, ou que d’un coup d’œil on püt en embrasser la plus grande partie?.

Je touche ici une question importante, celle du choix non-seulement de l'emplacement de chaque village, mais encore des lieux consacrés à la colonisation. Traitons d’abord cette dernière question.

(1) Ce chiffre ne paraîtra pas exagéré, si l’on veut bien réfléchir que chez nos colons, de même que chez les Arabes, les jeunes gens de quinze à seize ans sauront se servir du fusil; je ne doute même pas qu’en cas d’attaque, les femmes elles-mêmes qui, en France, ont toujours montré beaucoup de courage, ne deviennent d’utiles auxiliaires, et ne renouvellent ce qu’on leur a vu faire dans les fermes de la Mitidja, en 1839.

(2) Il serait bon, je crois, qu’une vigie fût placée sur le point le plus élevé des villages avancés, afin de signaler l'approche des maraudeurs ennemis, surtout du côté du troupeau.

SEcTIoN IV.— Choix des localités à coloniser.

J'ai déjà examiné cette question d’une manière générale. Les points principaux occupés aujourd hui par nos troupes, dans l'intérieur comme sur la côte, doivent devenir successivement les centres autour desquels s'établiront des villages européens en nombre plus ou moins grand.

J'ai dit successivement. Il ne peut être, en effet, question de coloniser tous ces points simultanément.

On commencera par ceux où l'intérêt politique et militaire exige de fixer le plus promptement une population européenne. Ce seront, en général, les villes les plus importantes.

Ainsi, sans vouloir faire un cadre complet, je nommerai les quatre ports principaux, Alger, Bône, Philippeville ct Oran, avee Cherchell, Fénès et Coléah, auxquels on joindrait plus tard Mostaganem, Arzeu et la Calle ; puis les principales stations de l'intérieur, Constantine, Guelma, Sétif, Médéah, Millianah, Mascara, Tlemcen, ete.; enfin, quelques points de la ligne de communication entre ces stations et la mer, Dréan, lArrouch, Blidah , Hamza, Tenied-el-Had et autres. Lorsque, plus tard, on créera d’autres stations intermédiaires, comme entre Tlemcen et Oran, Mascara et Mostaganem, Millianah et Cherchell, ou d'autres stations intérieures, on y construira également des villages. En général, on en fondera partout où il sera

PARTIE LIT, — COLONISATION. 283 utile d'établir, d'une manière durable, une garnison importante, et où les circonstances agricoles, hyoiéniques et politiques ne s’y opposeront pas.

Je viens de mentionner les circonstances politiques. Il peut se faire que, pour quelques villes de l'intérieur, on soit obligé de persévérer dans ce système d’exclusion des Européens, et cela dans le but de ménager et de conserver la population indigène. Mais s’il pourrait y avoir danger à laisser envahir une ville, comme Constantine, par exemple, par une nuée de marchands de comestibles, de cabaretiers, de cafetiers, ete., qui ne manqueraient pas d'y accourir du jour où cela serait permis, il n'y en aurait aucun, il n'y aurait même qu'avantage à fixer aux environs, à une distance plus ou moins rapprochée, une population de cultivateurs européens. La présence de grandes terres domaniales faciliterait la création de ces établissements dans le voisinage de ces villes.

Dans l'intérêt de nos troupes, il est, au reste, à désirer que celle espèce d’interdit, jeté sur les villes de l’intérieur, cesse le plus tôt possible; mais on ne devra renoncer à ce régime d'exclusion que de manière à favoriser la colonisation sérieuse.

Nous admettons, du reste, que toutes ces grandes stations de l’intérieur sont aptes à recevoir des colons, à devenir des centres de colonisation, comme elles sont déjà des centres d'opérations militaires, et nous passons à la deuxième question.

SECTION V.— Choix des emplacements des villages.

Les alentours de beaucoup de ces centres offrent des plaines et des montagnes. Les plaines sont parfois peu salubres. Les montagnes sont la plupart peu ferüles. Or, salubrité et fertilité sont les conditions qu'on doit rechercher avant tout, non pas que je considère la sécurité comme moins importante, mais parce que l'impuissance déjà signalée des Arabes, dans l'attaque des lieux fortifiés, permet d'adopter toute position qui ne serait pas dommée ou trop cachée.

Ÿ 1. Salubrité.

À part certaines localités que j'ai signalées en parlant du climat, l'Algérie me parait, je le répète, aussi salubre que tout autre pays situé sous la même latitude.

Outre le mauvais effet produit par une chaleur plus orande et par quelques émanations qui résultent toujours, dans ces lieux, de la présence des eaux, les plaines ont une autre cause d’insalubrité de plus que les lieux élevés, c’est une abondance plus grande de vermine et de moustiques. Néanmoins, cette cause peut disparaitre avec de la propreté, comme l'effet des autres peut être atténué au moyen d'un genre de vie convenable et des précautions que nous avons recommandées plus haut.

Le choix d’un emplacement, sous le rapport de

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