PARTIE III, — COLONISATION
la salubrité, exigera l'attention toute spéciale d'un homme habitué à observer les faits physiques. Telle localité est malsaine, quoique exempte de marécages, parce qu’elle est sous le vent de marais. Telle autre, qui se trouve sur la même ligne et dans l'intervalle, est néanmoins salubre, parce que les émanations passent à une assez grande hauteur au-dessus du sol. Dans plusieurs localités, ce sont les points situés à une certaine élévation qui sont les plus malsains.
Je crois donc que, même en partant de ce principe que la salubrité doit être préférée à la fertilité, on ne saurait poser comme règle que les plaines doivent être abandonnées, et les montagnes seules consacrées à la colonisation ; car, pour rester conséquent, il faudrait souvent n’y appliquer que les sommets les plus élevés.
Il est d’ailleurs un fait qui, sans détruire l’importance des conditions de salubrité dans le choix de l'emplacement des villages, est de nature à diminuer les inconvénients que certains choix présenteraient sous ce rapport: je veux parler de l’influence exercée sur le climat par l’agglomération des habitants. 11 parait, en eflet, prouvé, et j'en ai vu des exemples en Corse, que si cette agglomération, poussée à l'excès, comme dans nos grandes villes, donne lieu à plusieurs maladies, elle a pour effet, lorsqu'elle est restreinte à certaines limites, d’atténuer ou même de détruire l'influence morbifique des marais. Il est probable que, dans celte circonstance, la fumée des nombreux loyers el les émanations qui se dégagent des corps des
hommes et des animaux, ainsi que des amas d'engrais animalisés, neutralisent ou expulsent les particules vénéneuses répandues dans l'atmosphère.
Cette circonstance milite encore en faveur de l'agslomération.
{ 2. Fertilité.
Quant à la fertilité, quoique plus facile à reconnaitre, elle exigera néanmoins l'intervention d'un homme spécial, car il ne s'agit pas seulement de la faculté productive de la terre, mais de toutes les autres circonstances géoscopiques qui influent plus ou moins sur l'avantage que donne la culture d'un sol, telles que le relief du terrain, son plus ou moins de compacité, la nature du sous-sol, la possibilité d'arrosage, les chances d'inondation et de ravinage par les eaux supérieures, à la suite des grandes pluies d'hiver ou des orages, ete.
À la vérité, l'enceinte mème du village ne devant renfermer que les maisons et les jardins, la considération de fertilité n'est que très secondaire pour cette superficie; mais il faut songer que les terres cultivées doivent être à proximité et autant que possible tout autour du village, et qu'il y aurait un grave inconvénient à ce que les environs immédiats des habitations fussent stériles ou à peu près, et que les bonnes terres et les herbages abondants se trouvassent à une grande distance.
Il serait essentiel, en outre, que le village se trouvût ; ÿ