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PARTIE LIT, — COTONISATION

À 2. Terres réservées à la grande culture entre les zones.

Quant à cette question, je crois qu'elle doit être résolue comme elle l’a élé aux environs d'Alger, c’està-dire qu'il faut laisser, entre les terres des divers villages, des espaces dont le gouvernement se réservera la disposition.

Je vois peu d’inconvénients et des avantages réels dans ce système. En supposant, en effet, que l'étendue moyenne des terres d’un village soit de 4,200 hectares formant un carré, les villages et les zones se trouveraient à 5,500 mètres environ de distance les uns des autres, si la totalité des terres leur était concédée. Cr, l'intérêt de la sécurité n’exige point une telle proximité, surtout entre les zones. Quatre et même cinq et six kilomètres entre les divers villages ne sont pas des distances trop fortes.

D'un autre côté, ces terres restées libres prendraient une valeur assez considérable, par le seul fait de la présence des villages qui leur assurerait la sécurité et des bras pour les travaux agricoles. Une partie de ces terres pourrait done ètre vendue à l’industrie privée, qui y établirait de grandes fermes que la proximité des villages peut seule faire prospérer. Ces ventes couvriraient une partie des dépenses occasionnées par l'établissement des villages.

Une autre portion de ces terres pourrait, comme

nous le dirons plus loin, ètre conservée par le gouver- I. 19

nement ou donnée aux communes, avec obligation, dans l'un ou l’autre cas, d'y planter chaque année un certain nombre de pieds d'arbres forestiers.

Ô 3. Indigènes dans l’intérieur des zones.

Quant aux indigènes, je crois qu'il n’y aurait aucun inconvénient à laisser certaines fractions de tribus, ou un certain nombre de familles de diverses tribus, entre les villages, pourvu qu’elles soient entourées d’établissements européens.

On pourrait, dans plusieurs localités, comme, par exemple, dans la Mitidja et la plaine de Bône, leur abandonner les parties les moins salubres.

J'en reviens à la question que j'ai soulevée plus haut, celle de la formation de lots des terres et de leur répartition.

SECTION VII. — Lotissement et répartition des terres aux colons.

J'ai déjà dit que, parmi les colons, 1l y aurait nécessairement un certain nombre d'artisans et de marchands pour lesquels la culture ne sera qu'accessoire, et qui ne sauraient que faire d’une grande étendue de terres.

J'ai dit également que, dans les environs immédiats des villes, surtout là où existent déjà des arrosages et des plantations d'arbres fruitiers, l'étendue de terrain concédé à chaque famille pourrait, l'un dans l’autre, se borner à 4 ou 5 hectares, tandis que, dans les

PARTIE HIT, — COLONISATION, 291 villages, celle étendue moyenne devrait être de 40 à 42 hectares. Ces deux faits serviraient de base pour la formation des lots. Il y aurait done, dans les villages que nous prendrons ici pour exemples, un certain nombre de lots de 2 à 35 hectares de superlicie, pour les colons non cultivateurs ; les lots seraient, pour les eultivateurs, de 40, 42, 45 et même 48 hectares. lei se présentent plusieurs questions dont la solution n'est pas facile.

$ 1. Réunion ou morcellement des terres composant les lots.

Tous les lots de cultivateurs seront-ils d’un seul morceau? — Seront-ils tous d’une même étendue?

Il y a un immense avantage pour la culture à ce que chaque cultivateur ait toutes ses terres d’un seul tenant. Cet avantage est tel que, dans plusieurs parties de l'Allemagne, en Prusse, par exemple, le gouvernement a eru devoir entreprendre, dans l'intérêt de l’agriculture et de la richesse publique, la coûteuse et difficile opération de la refonte de toutes les propriétés d'une même commune, et une nouvelle répartition desterresentre les intéressés, autrement dite la réunion des terres morcelées, opération par laquelle chaque propriétaire reçoit, en échange des divers morceaux disséminés et parfois enchevètrés qu’il possédait auparavant, une seule ou tout au plus deux pièces bien arrondies, d'un accès facile et offrant à peu près la même étendue et toujours la mème valeur que l'ancienne propriété.

11 semblera que rien ne serait plus facile que d'observer ce principe de la réunion des terres, pour la formation des lots, dans un pays neufoü ln y a pas déjà des droits acquis. En examinant bien, on verra toutefois qu'une opération de ce genre n'est pas sans difficultés.

D'abord, il y a la valeur du sol qui, en Algérie comme dans tous les pays méridionaux et montagneux, varie considérablement, soit par suite de la fertilité de la terre, de l'exposition, de la présence ou de l'absence d'arbres fruitiers, ou par suite de la possibilité de l'arrosage. Cette dernière circonstance, par exemple, décuple et même centuple parfois la valeur naturelle du sol. Il y a ensuite la sécurité, tant pour les hommes que pour les bestiaux et les récoltes, nécessairement moindre dans les terrains éloignés du village, ou placés hors de vue, et à proximité de lieux propres à servir d'embuscades et de retraites aux ennemis.

Il est, en Algérie, telles terres, et leur étendue est assez considérable, qui, à moins de grands travaux de terrassement, conviennent peu ou même ne conviennent pas du tout à la culture ordinaire. Elles ne sont propres qu'aux plantations d'oliviers, d'amandiers, de müriers et autres essences fruitières ou forestières. Une fois ces terrains complantés et en rapport, ils donneront un revenu plus élevé que les meilleures terres à céréales. Mais il faut attendre, et c'est ce que ne pourront faire que bien peu de colons. On ne pourra done songer à former des lots exclusivement composés de

terrains de ce genre.

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