PARTIE III, — COLONISATION
Le bétail devant être une des principales branches de production, il est urgent que chaque colon reçoive une certaine étendue d'herbages ou de terrains pro pres à être convertis en herbages ; or, c’est ordinairement dans les fonds que se trouvent les uns et les autres ; et ces fonds, par suite des inondations de l'hiver, ne peuvent, la plupart, servir à autre chose qu’à la production du foin pendant une partie de l’année, et au pâturage pendant le reste du temps, de sorte que le colon qui ne recevrait que des terrains de cette espèce s’en trouverait aussi mal que celui qui n’en recevrait point. Il en est de même pour les terrains arrosables qu’il serait bon de distribuer entre tous les colons cultivateurs‘.
On voit, par ces exemples, qu'il sera souvent impossible de réunir en uneseule pièce toutes les terres données à un colon. Néanmoins, on devra le fairechaque fois que cela sera possible ; et hâtons-nous d'ajouter que, quoiqu'il importe de mettre une certaine uniformité dans la valeur des lots, ce n'est pas cependant là une condition impérieuse, et l’on peut très bien admettre, en principe, qu'il y ait quelques différences et que les familles les plus nombreuses et même les premières arrivées obtiennent les meilleurs lots. Ce ne serait même là qu'une juste compensalion pour le surcroît de pei-
(1) Reste en outre la question de la culture par saison ou cantons, dans l'intérêt de la sécurité, culture qui seule nécessiterait déjà la division des terres d’un lot en un certain nombre de pièces. J’y reviendrai en parlant de la culture coloniale.
nes qu'éprouveront nécessairement ces familles et pour l'avantage que trouveront les derniers occupants dans l'expérience acquise par leurs devanciers.
Du reste, jamais un lot ne devrait se composer de plus de trois pièces, à moins de circonstances exceptionnelles, et un hectare devrait être la dernière limite de la division, non-seulement aujourd’hui, mais aussi plus tard, dans les ventes ou les héritages, pour tout terrain non arrosé. Jamais, non plus, les pièces ne devraient être enchevétrées, c'est-à-dire sans issue directe sur un chemin, et cette règle devrait également subsister à l’avenir dans les diverses mutations de la propriété foncière, car il faudrait prévenir à temps ces fléaux du morcellement indéfini et de l’enchevétrement qui portent aujourd'hui un si grand préjudice à la richesse nationale de la France.
$ 2. Étendue des lots.
Reste la seconde question : tous les lots de cultivateurs doivent-ils avoir la même étendue ? Du moment où l’on admet qu'un lot peut se composer de plusieurs pièces, on pourrait répondre aflirmativement. Comme, toutefois, on ne devra recourir à cette division du lot que lorsqu'on ne pourra faire autrement; que d'ailleurs quelques colons préféreraient l'étendue à la qua lité ou à la proximité et réciproquement, même en partant du principe de l’uniformité de valeur à donner aux lots, on arrivera forcément à des différences