PARTIE III, — COLONISATION
sorte, tranché la question en parlant de villages de soixante-dix à quatre-vingts familles ; mais je dois ici donner mes raisons.
Au premier abord, on peut croire que plus un village sera populeux, plus la sécurité sera grande. Il n’en est cependant pas ainsi. Ce n’est pas dans le village mème, mais bien dans la campagne, que les colons et les bestiaux courront des dangers. Plus le terriloire du village sera vaste, plus le danger sera grand pour les cultivateurs dont les terres seront situées vers les limites. Si, néanmoins, je propose de grands villages, non-seulement de soixante-dix, mais même de cent familles, c’est parce que de graves considérations d'économie militent en faveur de ce système. En effet, les travaux de défense seront proportionnellement moins chers pour un grand village que pour un petit. En outre, les constructions d'utilité générale seront, pour l’un et l’autre, presque les mêmes, car je crois qu'il est essentiel que chaque village ait non-seulement sa mairie, mais encore son église, son presbytère et sa maison d'école, par conséquent son desservant et son instituteur. On ne saurait trop encourager partout, mais surtout en Algérie, le sentiment religieux et l'instruction. Or, si l'absence d'église et d'école nuit, même en France, à ces deux éléments fondamentaux de la société, à plus forte raison cela aurait-il lieu en Algérie, où il sera longtemps encore dangereux de laisser circuler des enfants et des femmes à une certaine distance des villages.
Résumons cette première partie de la question.
La colonisation de l'Algérie ne peut se faire spontanément. Le gouvernement doit nécessairement y coopérer, non-seulement en la dirigeant, mais encore en la subventionnant.
Le principe de la possession du sol de l'Algérie par lé gouvernement et la loi d'expropriation pour cause d'utilité publique ont aplani la plupart des difficultés que pouvait présenter l'obtention de l’espace nécessaire à la colonisation, du moment, bien entendu, où il ne s’apit pas de refouler les indigènes hors du pays.
Quant à la distribution des établissements coloniaux sur le territoire algérien, elle est tout indiquée par celle des stations militaires qui, à moins de circonstances exceptionnelles, devront également être, à l'avenir, des centres de colonisation, tant sur la côte que dans l'intérieur.
Tout ce que cette dissémination offre de mauvais paraît devoir être plus que compensé par les avantages politiques, militaires et agricoles qu'elle présentera, si l’organisation de ces stations coloniales est bien entendue et accompagnée de l’organisation des indigènes et de celle des colons en milices.
Le choix des localités pour les établissements, et celui des emplacements pour les fermes, ne seraient plus abandonnés à l'ignorance ou au caprice des colons, mais seraient faits par le gouvernement.
Les fermes seraient réunies en villages agolomérés, qu'un fossé, avec relèvement de terre par derrière.