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PARTIE IV, — AGRICULTURE, 107 \ 2. Olivier

La France tire annuellement de l'étranger pour une quarantaine de millions d'huiles comestibles et autres, et pour unesomme qui, dans ces derniers temps, s’estélevée à près du double, en graines et fruits oléagineux (sésame, lin, amandes, etc.). Il n’y a certes aueune exagération à dire que dans un avenir qu'il dépend du gouvernement derapprocher, l'Algérie pourra combler cette lacune de la production française.

Les ressources qu'offre déjà le pays, sous ce rapport, sont loin d’être à dédaigner. Il existe, sur beaucoup de points du territoire algérien, des plantations considérables d’oliviers, et l’on sait que presque toutes les broussailles renferment une quantité plus ou moins grande d’oléastres ou oliviers sauvages {.

L'emploi de ces derniers, partout où il s’en trouve, sera le moyen le plus prompt et le moins coûteux auquel pourront recourir les colons pour créer des olivettes. Je viens de dire comment ils auront à procéder à cet effet.

Néanmoins, ils ne devront pas négliger les autres moyens de multiplication de cet arbre précieux.

Ces moyens sont : les semis, les boutures, les marcottes, les rejetons, enfin les souchets ou éclats de racines.

De ces divers moyens, les deux derniers sont les seuls

(1) Il existe même sur plusieurs points, entre autres sur la route de Blidah à Milianah, des forêts entieres d’oliviers sauvages,

108 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGEÉBIE. sénéralement usités en Europe; et les colons feront bien de leur donner la préférence pour suppléer à ce qui leur manquerait en sauvageons.

Ils pourront se procurer les souchets et les rejetons dans le pays même en assez grande quantité, ou les faire venir à peu de frais d’Espagne, d'Italie et de France.

Les souchets sont, comme je viens de le dire, des portions de racines. Quand on arrache un vieux arbre, on en enlève les racines qu'on coupe en tronçons de 0°,25 à 0",50, qu'on met en terre à 0",10 ou 0",15 de profondeur, dans une position un peu oblique, inclinés sur le gros bout. Si l’époque a été bien choisie par rapport à la nature du sol, chaque tronçon poussera un bourgeon dès la même année. Dans les terrains secs, l’époque la meilleure est Fautomne; le mois de février convient mieux dans les terrains humides et dans les pépinières qu’on peut arroser.

Les rejetons qui viennent naturellement autour des vieux pieds ou dont on détermine la sortie en blessant les racines ou en coupant l'arbre, sont enlevés avec une porlion de la racine adhérente, plantés en pépinière et mis ensuite en place, lorsqu'ils ont suffisamment de racines, et qu'ilsontatteint 4 mètreet demidu hauteur, avec une grosseur proportionnée. L’enlèvement et la plantation de ces rejetons a lieu au printemps dans le midi de la France. Sans avoir de données positives à cet égard, je crois cependant pouvoir recommander lau-

tomne comme une époque prelérable en Alpérie.

On traite ces rejetons comme de jeunes arbres, saul qu'on ne les ravale jamais. Si les sujets obtenus par ces deux moyens ont l'inconvénient d’être moins robustes que les sauvageons, ils ont l'avantage de produire en général plus promptement. Du reste, on est obligé de les greffer comme ceux-ci, quand le pied qui leur a donné naissance n'était pas franc.

Les marcottes sont très peu usitées et ne sauralent recevoir qu'une application restreinte en Algérie. Quant aux boutures, quoique également peu employées en France, je crois qu'elles méritent lattention des colons. Je ne doute pas qu'elles ne réussissent aussi bien, peut-être mieux encore, en Algérie qu'en Italie, où elles paraissent être d’un usage fréquent. On coupe une branche d’olivier bien saine, d'un metre environ de longueur et de 0",05 à 0° ,06 de diamètre; on l’enfonce en terre jusqu'aux trois quarts de sa longueur, en coupant rez terre {out ce qui dépasse. On recouvre la coupe d'un mélange de terre glaise et de fiente de vache. Si l'humidité est suffisante, la bouture ne tarde pas à émettre des racines et des jets que l’on supprime à la seconde année, à l'exception du plus beau qui reste pour faire la tige. L'époque la plus favorable pour cette opération est le mois de février, lorsqu'on peut arroser abondamment ; l'automne dans le cas contraire. Gn pourrait également essayer la bouture en ramée qui, mème en France, réussit très souvent. Elle se fait en automne avec de jeunes branches garnies de tous leurs rameaux, qu'on couche

horizontalement dans une fosse et qu'on recouvre de terre, de manière que les sommités des tiges dépassent le niveau du sol de plusieurs yeux. On les rabat immédiatement sur les deux ou trois premiers.

Au surplus, je recommande spécialement pour lolivier, la bouture de M. Delacroix qui me paraît devoir lui convenir parfaitement.

Les boutures ont, comme on sait, l'avantage très orand de reproduire exactement la variété sur laquelle on a pris le sujet, et de donner promptement des produits.

Les semis, qui jadis étaient considérés comme impossibles, réussissent fort bien par la méthode de M. de Gasquet. Mais le produit s’en fait trop attendre pour qu'on puisse conseiller aux colons d’en faire usage.

On n'a encore aucune donnée sur les variétés d'oliviers qui conviennent le mieux à l’Afrique et qu'il sera utile de multiplier, par boutures, par rejetons ou par la greffe. Les colons qui en auront les moyens, feront bien de tirer de la Provence, du Languedoc et de l'Espagne un certain nombre de rejetons et de souchets francs du pied, ainsi que de jeunes sujets greffés et des greffes, en ayant soin de choisir les espèces les plus productives, les moins exigeantes sous le rapport des soins et qui craignent le moins les grandes chaleurs, telles que le plant de Toulon, le plant de Grasse ou Cayanne, le eurnet ou plant de Fayence et le plant de Bargemont ou gros ribies, plants qui croissent en Provence, et auxquels j'ajouterai le verdal, le palma,

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 11 l'espagnol, cultivés dans les Pyrénées-Orientales, et surtout l'arbequi, variété fort estimée et très répandue dans la Catalogne. L'arbequi a l'avantage de donner des produits plus promptement qu'aueune autre variété, mais il craint l’action directe du soleil, et ne réussira en Algérie que sur les pentes nord.

Non-seulement à défaut de ces divers plants, mais mème lorsqu'on pourra se les procurer, on fera bien d'employer également, pour la reproduction et pour le greffe, les variétés cultivées du pays, dont une ressemble beaucoup au plant de Grasse, une autre à l’ohivier royal d'Espagne.

On sait du reste qu'en Algérie beaucoup d'oliviers sauvages, c'est-à-dire venus spontanément et non greflés, produisent des olives fort grosses et riches en huile. On s’est assuré, en outre, que les façons données au pied de l'arbre et l’engrais amélioraient beaucoup la qualité des olives de certaines variétés qui, aujourd'hui, n'en produisent que de petites.

L'olivier vient à peu près partout en Afrique. Il redoute néanmoins les terrains à sous-sol humide, et prend peu de développement dans les terres sablonneuses et dans celles qui reposent à peu de distance sur la roche. Une terre meuble et profonde est celle qui lui convient le mieux. Une terre rocailleuse, mais qui permet aux racines de pénétrer à une grande profondeur, est considérée comme la plus favorable à la qualité du produit.

L'exposition au nord, surtout lorsqu'elle est ou-

412 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. verte sur la mer, parait convenir particulièrement à cet arbre.

Lorsqu'on a ravalé ou élagué pendant l'hiver les sauvageons laissés sur place ou plantés, on peut les grefler dans le mois d'avril suivant, soit en éeusson comme les indigènes, soit en couronne si le sujet est gros ; celle opération peut se prolonger jusqu'en mai.

Elle réussit presque toujours sur les sujets restés en place. Elle manque parfois sur ceux qui ont été transplantés, mais la perte est minime. On en est quitte pour greffer de nouveau l’année suivante.

Je ne puis entrer dans le détail de ces opérations qui, du reste, ne diffèrent point pour lolivier, et en \lrique, de celles qu'on pratique sur d’autres arbres et ailleurs ; je dirai seulement que la vigueur des sujets et l'abondance de séve qui en est la conséquence, rendent utiles de conserver, sur les sujets ravalés, quelques pousses qui puissent absorber l’excédant de séve, Cette précaution est moins nécessaire, mais n’est pas superflue dans le greffe à œil dormant qui se fait en août et septembre. Cette greffe est du reste peu pratiquée en Afrique pour l'olivier. ;

L'époque où ces arbres, laissés en place ou plantés et greffés, commenceront à produire variera suivant leur force et leur grosseur au moment de la plantation et de la greffe, et suivant le sol, les soins dont ils seront l'objet, Fespèce, ete. Mais, en général, on peut admettre qu'au bout de cinq à six ans au plus, ils

fournirout déjà des olives.

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