PARTIE IV, — AGRICULTURE
Quant à la caille, qui est le sujet d'une si grande controverse parmi les agriculteurs du midi, je renvoie à ce que jai dit plus haut d'une maniere générale sur cette opération. Un simple élagage annuel est ce que je crois le plus avantageux dans la majorité des cas.
Comme j'ai supposé que tous ou la plupart des terrains en culture seraient complantés en arbres de diverses espèces, mais surtout en oliviers, ceux-ci profiteront naturellement des fumures données aux terres. Mais si l'onavait des oliveltes distinctes, ilserait avantageux de les fumer tous les trois ou quatreans, à moins que le sol ne füt très riche. C'est en automne et c'est au pied des arbres qu’on enfouit les engrais. On choisit de préférence les plus actifs, tels que les substances animales quelconques, la matière fécale, ete. À défaut de ces engrais, on peut accroitre beaucoup la richesse du sol, et partant le produit des arbres, par des fumures vertes, en semant, dans un rayon de quelques mètres autour de chaque pied, des lupins qu'on enfouit sur place lorsqu'ils sont en fleur.
J'ai à peine besoin de dire que jamais l'olivier ne souffre du froid en Algérie, sauf dans les lieux élevés ; el, quant aux maladies et aux insectes qui, ailleurs, font tant de tort à l'arbre ou à la récolte, il ne semble pas que ces deux causes nuisent fréquemment aux oliviers de l'Algérie, soit que la vigueur de ceux-ci les mette hors d'atteinte, ou que le climat et le sol favorisent peu insectes et maladies.
Cependant l’insecte qu'on appelle la mouche de l’o-
livier et dont la larve ronge l'olive, attaque parfois les arbres en plaine, particulièrement dans les étés pluvieux.
La récolte des olives a lieu en novembre et décembre. Comme je crois déjà lavoir dit, les indisènes se bornent à les ramasser au fur à mesure qu'elles tombent, ou gaulent les arbres comme on le fait dans la rivière de Gènes, en Corse, partout enfin où les oliviers atteignent une grande hauteur. Il ne pourra être question, pour les colons, d'employer la première méthode; quant à la seconde, elle ne deviendra nécessaire que dans un avenir assez éloigné, lorsque les arbres auront pris des dimensions trop considérables pour être facilement cueillis à Ja main. Mais, mème dans ce cas, les colons qui auront assez de bras à leur disposition devront faire tout leur possible pour récolter, soit à la main, soit avec des cueilloirs, la majeure partie des olives, et ne gauler que celles qui ne peuvent pas être obtenues autrement, ear le gaulage nuit à l'arbre.
Il y a divergence d'opinions sur la question de savoir s’il convient de faire triturer les olives immédiatement après la cueillette ou d'attendre plus ou moins longtemps; et sur cette autre question, s'il vaut mieux, pour conserver les olives, les étendre en couches minces et les laisser en quelque sorte se dessécher, ou les entasser.
En triturant tout de suite, on obtient une huile meilleure, ayant le goût de fruit, surtout si l’on a
PARTIE IV. — AGRICULTURE, 415 eueilli un peu avant la complète maturité. En triturant plus tard, on obtient une huile plus grasse et surtout plus abondante. Cela me parait ressortir d’une manière évidente d’un grand nombre d'expériences faites par plusieurs habiles agriculteurs du midi, et entre autres par le savant auteur du NManuel du cultivateur provencal, M. Laure.
Quant au mode de conservation, il paraïtrait également bien prouvé que l'entassement est ce qu'il y a de mieux lorsqu'il est fait avec précautions. Ces précautions consistent à mettre les olives dans des cuves, dans des fosses, ou mieux encore dans des espèces de citernes en pierres, élablies dans un lieu frais. Chaque fois qu'on v met une couche d’olives, on les presse et on les tasse fortement en les couvrant d’une natte en sparterie, sur laquelle on piétine pendant quelques instants. On empèche ainsi le contact de Pair et, partant, l’échauffement et la décomposition des olives. On renouvelle ce piétinement de temps à autre, lors même qu on n ajoute pas de nouvelles olives, quand on veut conserver celles-ci pendant plusieurs mois.
Ce moyen, appliqué avec soins, permet d'obtenir beaucoup plus d'huile que lorsqu'on travaille les olives immédiatement après la cueillette, et une huile de qualité bien supérieure à celle que donnent les olives conservées par la méthode ordinaire. C’est donc là le procédé dont je conseille l'adoption en Afrique. Il y sera d'autant plus avantageux, que de longtemps, sans doute, on n’établira pas dans ce pays le nombre de
116 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGERIE. moulins à huile nécessaire pour détriter promptement les olives obtenues dans chaque localité.
Je ne puis ici entrer dans aucun détail sur la fabrication de l'huile. C'est une opération qui, quoique se rattachant à l’agriculture, n’en est pas moins l’objet d'une industrie spéciale. Lorsque le moment sera venu où les plantations faites par les colons commenceront à produire, ce que ceux-ci auront de mieux à faire, ce sera d'établir dans chaque village un moulin à huile en commun, au moven d’une association analogue à celle dont nous avons parlé pour les fruitières. De même que pour celles-ci, l'association prendra à ses gages un homme spécial pour le temps que durera la fabrication, et ces hommes spéciaux ne manqueront pas parmi les nombreux Provençaux, Espagnols et laliens qui, chaque jour, arrivent en Algérie.
Je ne dirai rien non plus de la construction des moulins. Le midi en a aujourd’hui de très bons ; mais ces moulins sont chers. Du reste, l'attention des mécaniciens s'est portée actuellement vers cet objet, et il faut espérer que d’ici à ce que nos établissements coloniaux aient besoin de moulins, on sera parvenu à leur faire subir des modifications qui les auront rendus moins compliqués et moins coûteux 1.
Rien n'est variable comme le produit de l'olivier. À part, l’âge de l'arbre, la nature du sol, le elimat,
(1) Déjà M. de Gasparin a fait connaître un appareil nouvellement inventé, sous le nom de spolpoliva, et qui, d’après quelques expériences, semblerait réunir les deux conditions indiquées.