‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 104 sur 141 · Müriers · texte numérisé non relu

Müriers

Comme dans plusieurs autres parties de cetouvrage, je vais ici heurter des idées généralement reçues et qu'on a déjà commencé à mettre à exécution. F'exposerai mes molifs ; on jugera de leur valeur.

Tous les partisans de l'Algérie ont répété à l'envi que celte contrée est une des plus favorables à l’industrie de la soie. Les nombreuses expériences faites depuis la conquête semblent confirmer cette assertion, et je ne doute pas qu’un jour, en effet, cette branche ne devienne une source importante de revenus pour le pays. Mais dans l’empressement qu’on met à en créer le premier élément, à multiplier le mürier, on serable oublier que la feuëlle n'est qu'une simple matière première, qui ne peut être transformée en produit venda-

PARTIE 1V, = AGRICULTURE, 429 ble que par une série d'opérations constituant un art distinct, compliqué, qui exige, à part certaines conditions physiques que beaucoup d’autres pays possedent au même degré que l'Algérie, des conditions économiques qui ne se rencontrent pas encore dans notre colonie et qui ne s’y rencontreront pas de longtemps d'une manière tant soit peu générale ; je veux parler d’une population nombreuse de petits cultivateurs iniliés aux soins si minutieux qu'exise l'élève des vers à sole, et pouvant, en outre, Sy consacrer exclusivement pendant les six semaines ou deux mois que durentles éducations.

Or, ces conditions économiques sont incontestablement les plus importantes. Nous en avons la preuve sous les yeux. Le climat d’une grande partie de l'Europe, et notamment du centre et du nord de la France, convient parfaitement au mürier et n'est nullement contraire à la bonne venue des vers à soie. Je dirai même que, sous certains rapports, il lui est plus favorable que celui de l'Algérie, car on remédie plus facilement à l'absence de chaleur qu'à la trop grande chaleur, témoin l'effet des touffes, ce fléau des éducateurs du midi. Aussi n'est-ce pas dans les parties les plus chaudes de la France, sur le littoral des départements du Var et des Pyrénécs-Orientales, que s'est établi de préférence l’art séricicole. Il + est au contraire à peine pratiqué. C'est dans les départements de Vaucluse, de la Drôme, de l'Ardèche, et avant tout dans les Cévennes, en un mot dans les parties montagneuses du

midi, contrées dont le climat se rapproche sensiblement de celui du centre et même du nord de la France, c'est là, dis-je, que-la sériciculture a pris le plus de développement, c’est là qu'on produit la plus grande quantité et la plus belle qualité de soie. Pourquoi dès lors l’industrie sétifère s’est-elle si répandue dans le centre et le nord de la France, malgré les efforts et l'exemple des Camille Beauvais, Robinet, et de tant d’autres hommes capables et influents, et malgré les encouragements du gouvernement? Encore une fois, les circonstances physiques ne s’y opposaient en aueune manière. Le seul obstacle qu'on avait eru voir dans le climat du nord, l'humidité, n’en est plus un depuis les belles expériences de M. Robinet sur lemploi de la feuille mouillée. Le grand, le véritable obstacle git dans les circonstances économiques qui cependant y sont bien moins défavorables qu’en Algérie. En effet, la population n’y manque pas comme dans ce dernier pays; seulement elle est déjà surchargée de travaux à l’époque de l'éducation des vers; ensuite, elle n'entend rien en sériciculture. Or, on sait ce qu'il faut de temps pour qu’une branche tant soit peu compliquée pénètre et s’établisse dans la classe inférieure de la population rurale, surtout lorsque l'exemple ne peut venir d’en haut.

Sans doute les colons qui nous arrivent du midi de la France, de lalie, de l'Espagne possèdent déjà la plupart quelques notions pratiques sur l’industrie séhifère; c'estbeaucoup, mais ce n'est pas tout, Avant de

Page 1