PARTIE IV, AGRICULTURE
fitables. La grêle seule vient parfois, quoique rarement, diminuer ou détruire le produit d’une année sur certains points du Tell.
. Ainsi que je l'ai déjà dit, on ne connait en Algérie que les variétés à coques dures. Les colons devront se bâter de se procurer les variétés à coques tendres, d'autant plus que ce sont en général les moins rustiques, et par conséquent celles dont le produit est le plus chanceux en France. Je recommande surtout l’amande fine, amande des dames de Duhamel, amande pistache en Provence. C'est la plus estimée, non-seulement parce que la coque est plus tendre que dans aucune autre variété, mais encore parce que amande est proportionnellement plus grosse. L'arbre qui produit ce fruit charge beaucoup en Provence lorsqu'il ne règne pas de fortes gelées à la fin de l'hiver. C'est assez dire qu'il chargera tous les ans beaucoup en Aloérie. Après cette variété vient l’'amande tendre, un peu moins estimée que la précédente, mais dont une sous-variété, connue sous le nom de petite pistache, est très recherchée pour sa saveur. Ces deux variétés, qui se vendent toujours avec leurs coques, valent en moyenne de 4 franc à 4 franc 50 centimes le kilopgramme. Je ne parle pas des autres variétés à coques mi-tendres et dures dont le produit a beaucoup moins de valeur et qui sont d’ailleurs déjà connues dans le pays.
C'est par la greffe ou en faisant venir de France des plants greffés qu'on pourra introduire ces bonnes
variétés en Algérie, car le produit du semis n'est jamais certain : souvent les amandes à coques tendres produisent des arbres qui donnent du fruit à coques dures ou des amandes amères.
La greffe la plus usitée est celle à écusson, dans le mois d'avril ou dans le mois d'août, et l’on peut grefjer sur abricotier et sur prunier, comme sur amandier.
L'amandier est l'arbre des collines et des terrains secs, ot toute espèce de sol lui convient, pourvu qu'il ne soit pas humide. Mais celui qu'il préfère est le terrain arpilo-calcaire, si répandu dans toute l'Algérie, sol qui retient assez de fraicheur pour que les arbres n y souffrent pas pendant l'été.
Quand on aura recours aux semis, on les fera de préférence en place, paree qu'alors l'arbre conserve son pivot et résiste beaucoup mieux à la sécheresse que lorsqu'il a été transplanté. Rien ne s’opposera à ce que les colons ne défrichent immédiatement dans leurs terrains en broussailles, comme nous l'avons dit plus haut, des carrés d’un mètre de côté, dans lesquels ils mettront deux ou trois amandes, la pointe en bas, et à 0,04 à 0",05 de profondeur. Ces amandes doivent être de l’année et avoir été conservées avee soin. Le mieux est de les stratifier avec du sable, dans une caisse, jusqu'en janvier, époque où on les plante.
Les jeunes plants provenant de ces amandes seront binés deux ou trois fois pendant l'été. On n’en conservera qu'un ou deux tout au plus, et dès le mois d'août ils pourront être greffés, si le terrain leur est favo-
PARTIE IV. = AGRICULTURE, #11 rable et a été profondément remué. Semés en pépinières, c'est à la seconde ou à la troisième année qu'ils seront transplantés.
Les amandiers veulent le même espacement que les figuiers, avec lesquels ils peuvent très bien être mêlés dans le même terrain. L
Les soins qu'exigent ces arbres se bornent à deux labours, l'un en février, l’autre en mai, parfois aussi un binage en juin ou juillet, et un émondage tous les trois ans qui les débarrasse de leur bois mort et du gui.
\ 8. Vigne.
J'ai signalé plus haut les avantages qu'offre le climat de l'Algérie pour la culture de la vigne, et les embarras qui pourront en résulter pour la France.
Ces embarras, j'ai à peine besoin de les indiquer ; tout le monde les comprend. Nos contrées du midi éprouveraient, en effet, une perte sensible, si Alger de consommateur devenait producteur, si l'important débouché qu'iloffre aujourd'hui à leurs vins, débouché qui même est loin de suffire pour alléser leurs souffrances, comme on sait, se transformait en une source de production qui viendrait leur disputer peut-être les marchés étrangers. Assurément ce dernier danger ne sera pas de longtemps à redouter, Mais il n’en est pas de même de la réduction du débouché. La grande majorité des colons qui viendront en Afrique se composera de cultivateurs originaires de pays vignobles. Ils
apporteront naturellement leur prédilection pour la vigne, prédilection qui, cette fois, se trouvera justifiée par le climat. Le bas prix du vin sur la côte ne sera pas une cause suffisante pour en empècher la production, car le cultivateur se guide plutôt par ses habitudes rou- {inières que par le calcul; d’ailleurs la tentation sera bien forteen présence de ces ceps gigantesques, chargés d'innombrables grappes qu'ils verront dansles jardins des Maures.
Que faire en pareil cas? Faut-il que le pouvoir intervienne pour empècher ou du moins entraver la production du vin? Jesuis de cet avis. Pendant longtemps il n'y aura nul inconvénient, je crois, à ce que les colons ne puissent exploiter cette branche en grand; il leur restera assez d’autres articles que la France ne produit pasen quantité suffisante, oune produit pas du tout, pour leur permettre de tirer un excellent parti de leurs terres et de leurs bras, sans se poser en rivaux de nos vignerons. Ce n’est pas pour avoir plus de vin etaccroitre la pléthoresous laquelle succombedéjà notre industrie vinicole que la France fait tant de saerilices en Algérie.
Mais le principe admis, comment l'appliquera-t-on? Il ne peut être question d'interdire la culture de la vigne ni même la confection du vin. Un règlement pareil n’est plus de notre temps. I faudra done, je pense, recourir à des moyens fiscaux qui sont, en revanche, tout à fait de notre siècle. Ainsi, un impôt, un droit plus ou moins lourd, non pas sur les vignobles, mais