‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 110 sur 141 · PARTIE IV. — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — AGRICULTURE

qu'elles setrouvent à environ 0®,55 de profondeur lorsqu'on les aura chaussées, et que leur sommet muni d'un œil dépasse la surface du sol de 0",40 à 0°,42. Le tassement naturel du terrain met ensuite à découvert l'œil inférieur à celui-cr.

Je conseille de ne planter qu'en plein eomme en Languedoc.

L'époque la meilleure est du 15 novembre jusqu à Noël.

Si les erossettes ont été bien choisies et bien plantées, presque toutes pousseront vigoureusement dès la première année.

Des binages fréquents, exécutés alternativenient avec une petite charrue et la houe à cheval, contribueront puissamment à entretenir et accroitre cette vigueur de végétation. La première culture doit être donnée au printemps, aussitôt que la surface du sol commence à se dessécher ; et on réitère chaque fois que le terrain se durcit ou se salit. I faut au moins quatre cultures; il n’y a aucun inconvénient à en donner six et même huit : on sera toujours amplement indemnisé par le résultat.

C’est cette nécessité de multiplier les façons quirend indispensable le placement des ceps en lignes et en quinconce, ainsi que nous l'avons dit, afin de pouvoir exécuter ces façons avec des instruments attelés. On n’a plus alors qu'à remuer à la main le petit espace qui reste autour de chaque cep ; encore cet espace se réduit-il à presque rien, lorsqu'on emploie la charrue

vigneronne telle que la construit M. Lacaze, deNimes.

Quant à la taille, il n'y faut pas songer de la première année. Je sais que cela heurtera les habitudes et les idées de beaucoup de cultivateurs ; mais si c’est partout le bon moyen d’avoir des vignes vigoureuses, c'est en Afrique le seul moyen de les faire réussir, le développement des racines dépendant tout à fait de celui de la tige et des feuilles.

Dans les années suivantes, de même que sur les vieilles vignes, la taille doit aussi être tout autre de ce qu'elle est généralement en France. Ça été là une cause fréquente de pertes et de déceptions pour les prèmiers colons qui, soit dans les plantations qu'ils firent, soit dans celles qu’ils acquirent des Maures, voulurent appliquer la taille courte, généralement en usage en France, et n'obtinrent que du bois au lieu de raisins.

J'ai déjà signalé ce fait. Il s'applique à toutes les cultures arborescentes, sans exception. Mais c’est surtout dans la vigne qu'il est manifeste. Donc, au lieu de ne former la tête du cep que de deux ou trois coursons, on en laissera six, huit ct jusqu'à douze, dans les terrains riches. Au lieu de tailler sur deux yeux, on taillera sur cinq et six. Une pareille pratique, quiserait le moyen assuré d’épuiser promptement une vigne en France, paraîtra fort étrange à la plupart des colons. Mais l'expérience est là qui ne permet plus le moindre doute à cet égard, et ces faits sont du reste clairement expliqués par a théorie. C’est en hiver, c’est-à-

PARTIE IV. — AGRICULTURE. 419 dire de la fin de novembre au 45 janvier, que lon taille la vigne.

Les mêmes motifs qui rendent nécessaire la taille longue, en Algérie, doivent naturellement faire repousser l’ébourgeonnage.

J'ai à peine besoin de dire que la vigne doit être conduite comme dans tout le midi, c'est-à-dire sans échalas. Comme les vents, quoique forts, sont cependant beaucoup moins violents que dans le Languedoc et surtout qu'en Provence, on n'y éprouvera pas même les inconvénients qui en résultent dans ces pays où l’on voit souvent les sarments arrachés et les grappes Jetées contre terre par le vend du nord-ouest.

L’ébarbillage, c’est-à-dire l'enlèvement des petites racines superficielles, opération importante pour la vigne, devra coïncider avec le labour qu'on donnera immédiatement après la taille. Cet ébarbillage doit se faire avec un instrument tranchant, sécateur ou serpette, et doit comprendre toutes les racines qui se trouvent à moins de 0,20 de profondeur.

En parlant de la culture de la vigne chez les indigènes, j'ai oublié de mentionner un fait qui semblera fort étrange. Je ne sais s’il faut l'attribuer aux variétés de cépages cultivées en Algérie ou au climat. Toujours est-il que les vignes à Collo, Delly, Cherchell, de même que celles en treilles des environs d'Alger, donnent généralement deux récoltes par an, et, dans certaines expositions, avee une bonne culture et une taille

particulière, même une troisième récolte, |!

La vigne, dans nos contrées, est une plante à floraïson unique et simultanée. La marche de sa végétation est la même que celle des autres plantes à floraison immédiate. Le gemme ou l'œil de l’année précédente, müri en hiver, forme le bouton ou bourgeon qui s'ouvre au printemps et qui, en s'allongeant, constitue le sarment. C'est des premiers nœuds que sortent les grappes de fleurs. Ceux qui succèdent n’ont que des feuilles. Les bourgeons floraux qu'ils portent restent comme dormants et ne se développent que l’année suivante.

On remarque bien dans nos contrées du midi que sur quelques plantes très vigoureuses ces bourgeons se développent dans l’année même et donnent naissance à des sarments secondaires. Mais ces sarments sont ordinairement faibles et presque toujours stériles. Les vignerons les nomment femelles 1.

Eh bien! en Algérie, les gemmes ou boutons secondaires, au lieu de rester dormants, se développent presque tous et donnent naissance à des sarments qui ne différent des autres que par l’époque plus tardive deleur floraison et de leur fructification. Ainsi, tandis que les bourgeons de l’année précédente amènent leurs raisins à maturité en août, les bourgeons de l’année, ou, pour me servir de l'expression consacrée, les sar-

(1) Je dis qu’ils sont presque toujours stériles. On remarque cependant à la vendange, sur les plants les plus vigoureux, parfois de petites grappes encore vertes que les cultivateurs appellent

raisins de Noël. Ces grappes ont poussé sur les sarments femelles, mais en France elles n’arrivent presque jamais à maturité.

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