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PARTIE IV, — AGRICULTURE. it

ments femelles dont les raisins commencent à peine à mêler à cette époque, ne voient mürir ceux-ci qu'en octobre et novembre.

Cette seconde récolte est sans doute inférieure à la première ; cependant elle est encore fort importante, surtout à proximité des villes qu'on peut fournir ainsi de raisins frais jusqu'en hiver, sans embarras de conservation.

On voit que la vigne, en Algérie, présente tout à fait les mêmes phénomènes que la variété particulière connue en Îtalie sous le nom de vigne d’Zschia ou vigne trifère.

Je viens de dire que, par une taille convenable et avec le concours d’une bonne exposition et d’un sol fertile, on pouvait obtenir encore une troisième récolte. J'ajouterai que, dans ce cas, la seconde est plus abondante et plus précoce que d'habitude. Cette taille se borne à rabattre à la manière ordinaire, immédiatement après la cueillette, les sarments maîtres, c'est-àdire ceux provenant des bourgeons de l’année précédente et qui ont produit la première récolte. Par suite de cette opération, toute la séve se porte vers les sarments femelles et vers ceux de troisième pousse et profite aux fleurs que portent ceux-ci et aux grappes des sarments secondaires. Après la seconde récolte, on en agit de même avec ces derniers, et on obtient alors en décembre un troisième produit qui a toutefois très peu de valeur, comme bien on le pense.

L'expérience seule apprendra aux colons s'il y a

prolit à conserver, sinon la troisième, du moins la seconde récolte, ou sil est préférable de retrancher une portion de ces sarments femelles. Il est probable que cela dépendra de la richesse du sol et de la convenance de l'exposition, de mème que de la possibilité de tirer bon parti de la seconde récolte. Je pencherais néanmoins à croire que presque partout la seconde récolte ne sera pas à dédaigner.

Je ne dirai rien sur la fabrication du vin. Les expériences en petit nombre qu'on a faites à cet égard ne sont pas assez concluantes pour qu'on puisse en tirer des inductions sur le système à suivre. D'ailleurs, comme je l'ai déjà dit, il ny a nullement urgence à hâter le développement de l’industrie vinicole en Aloérie.

En revanche, on me saura gré d'indiquer ici les procédés suivis pour la préparation des raisins secs.

On met dans un chaudron placé sur le feu de l'eau de fontaine à laquelle on ajoute d’abord la quantité de cendre de bois nécessaire pour faire une foïte lessive, puis quelques plantes aromatiques telles que thym, lavande, romarin, feuilles ou écorces d’oranses, ete. Lorsque la lessive a bouilli pendant quelques minutes, on l’essaie en y plongeant une grappe de raisins qu'on y maintient pendant quatre à cinq secondes. Si les grains en sortent tels qu'ils y sont entrés, c’est une preuve que la lessive est trop faible et qu’il faut y ajouter de la'cendre ; st, au contraire, la peau des raisins est fendillée dans tous les sens, la lessive est trop

PARTIE IV, = AGRICULTURE, 193 jorte et on y met de Peau. Elle est au point convenable lorsqu'une grappe, après y avoir été plongée trois fois, aura ses grains un peu fendillés. Alors on retire le chaudron du feu, on laisse refroidir la lessive, et lorsqu'on reconnait qu'elle s'estéclaircie par le dépôt des cendres, on la décante et on la passe à travers un linge serré, puis on la remet sur le feu. Dès qu'elle bout, on prend deux ou trois grappes, en les tenant par Pextrémité des queues, on les plonge à trois reprises différentes dans la lessive et on les pose sur des claies. Celles-ei sont placées au soleil et les raisins sont retournés plusieurs fois par jour. On les rentre chaque soir. Quand ils sont secs, on les place dans des corbeilles ou dans des caisses où ils sont pressés et recouverts de gros papier, puis conservés dans un lieu sec jusqu'à ce qu'on les livre au commerce.

Les corinthes sont traités différemment. Leurs grains étant très petits n'ont pas besoin d’être trempés dans une lessive pour se dessécher. On se borne à les cueillir quelques jours après leur complète maturité, qu'on reconnait à la facilité avec laquelle les pédicelles se détachent de l'axe du grain. On les dépose sur des claies serrées ou sur des draps qu'on place au grand soleil. Quand on s’apercoit que les grains, tout en conservant leurs pédicelles, se délachent de la grappe, on les frappe légèrement avee de petites baguettes pour hâter ce résultat. On les sépare ensuite du bois de Ja grappe au moyen d'un crible, puis de la poussière et des débris de grappes au moven d'un van ou d'un ta-

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rare, après quoi ils sont mis et pressés dans des caisses qu'on recouvre de gros papiers et qu'on place dansun endroit sec et frais.

(9. Thé.

Ce que nous savons de la culture du thé, en Chine, ne laisse plus de doute sur la possibilité de l’introduire en Algérie. Les circonstances physiques paraissent y ètre des plus favorables à cette production. En serat-il de même des circonstances économiques? C'est ce que nous ne saarions dire. Il est vrai que la cueillette des feuilles et plus encore leur dessiccation sont, au dire des voyageurs, des opérations longues et diffierles, à tel point qu'au Brésil, malgré l'emploi des esclaves, et à Java, le thé produit dans le pays revient plus cher que celui qu’on y importe de Chine. De plus, on n'a pu encore parvenir d'une manière complète à lui donner l’arome et la saveur qu’a le thé chinois. Cette circonstance fort grave était attribuée jusqu'à présentau mode défectueux de préparation, ainsi qu'à l'absence de certaines substances aromatiques qu on soupçonnait les Chinois de mêler au thé.

Si cela était, il ne faudrait pas encore désespérer du succés, car il ne serait certainement pas impossible de connaitre le secret de manipulation et des mélanges employés par les ouvriers chinois. On conçoit néanmoins que cela diminuerait les chances de réussite de cette culture en Algérie. Mais, d’après le rapport intéressant d'un chirurgien de la marine, M, Lieutaud, qui

À PARTIE IV, — AGRICULTURE. 455 a séjourné quelque temps en Chine, rapport inséré dans le Moniteur algérien, 1 résulterait positivement que si l'arbre à thé vient sur des points à climat, exposition et sol très divers, comme la vigne, comme la vigne aussi il donne, suivant ces différentes cireonstances, des produits de qualités extrêmement variables et ne fournit les meilleurs que dans les lieux qui réunissent certaines conditions. M. Lieutaud a trouvé à Kittow-Point, localité renommée pour son thé, des plantations produisant d'excellent thé; d’autres un thé médiocre, d'autres enfin dont les feuilles vertes ou sèches étaient tellement dépourvues de saveur et d’arome qu'on ne les cultivait que pour la graine donton fait de l'huile. Ces dernières se trouvaient au fond de la vallée, dans un sol argileux, frais et riche, tandis que les premières étaient sur la hauteur, dans un terrain incliné, léger, perméable et placé à une expesition chaude et sèche. Ce seraient done là les conditions qu'exigerait l'arbre à thé pour donner des produits de qualité supérieure. Ce sont précisément les mêmes conditions qu'exige la vigne, et ces conditions se rencontrent sur une foule de points de l'Algérie. M. Lieulaud ajoute qu'on a attaché beaucoup trop d'importance à la préparation.

Ces faits, qui ne sauraient être douteux, simplifient beaucoup la question de l'introduction de la culture du thé en Algérie. La préparation n'étant plus la chose principale, rien ne s'opposerait plus à ce que les colons des villages lissent des plantations d'arbres à thé

dans les terrains convenables qui sont, comme on vient dele voir, précisément les moins précieux et ceux qu'il serait le plus difficile d'utiliser d’une autre manicre, Les enfants feront la cueillette des feuilles ; les femmes les prépareront, et dussent-ils ne produire pendant un cerlain temps que pour leur propre consommation, il en résulterait déjà un bien, car tout porte à croire que les propriétés stimulantes et en même temps nutilives du thé en rendront l'usage utile en Afrique, surtout dans les localités peu salubres.

On comprend, du reste, l'immense avantage qu'il y aurait pour notre colonie si jamais la culture du thé pouvait s’y implanter de facon à contribuer, ne füt-ce que pour une part minime, à l'énorme consommation qui se fait de cette denrée dans le nord de l'Europe et de l'Amérique.

Ilest donc à désirer que le gouvernement favorise par tous les moyens qu’il a en son pouvoir lintroduction de cette culture en Algérie; que, dans-ee but, les pépinières de l'État multiplient cet arbre précieux le plus possible, et qu'une instruction, rédigée par un homme compétent, soit répandue parmi les colons et leur enseigne la culture, fort simple d’ailleurs, de cette plante et le mode de préparation des feuilles. Enfin, si les premiers essais venaient justifier les espérances conçues, il vaudrait incontestablement la peine de faire venir de Chine, de Java, de Maurice ou même du Brésil un certain nombre d'ouvriers initiés à la culture et à la préparation du thé.

10, Houblon,

Ce que les colons d'Afrique doivent avant tout s'attacher à produire, toutes les fois, bien entendu, que les cireonstances culturales ne s'y opposent pas, cesont les denrées qui se eonsommenten grande quantité dans le pays même, car ils seront sûrs alors de trouver un débouché toujours certain et avantageux. Parmi les cultures commerciales, c’est, comme nous l'avons vu, le cas pour le tabac. C’est encore le cas pour le houblon, car on consomme en Algérie une grande quanlité de bière, et tout le houblon qu'on y emploie vient de l'étranger, La France tire en outre du dehors pour plus d’un million de cette denrée. Malgré les doctrines de certains économistes qui, ne voyant de richesse que dans le commerceextérieur, repoussent la création de toute nouvelle branche de produit comme nuisible à ce commerce, je ne vois, en vérité, pas le mal qu'il y aurait à ce que l'Algérie produisit non-seulement le houblon etle tabac qu’elle consomme, mais encore tout ce que la France demande à l'étranger dans ces deux articles.

Le houblonréussitparfaitement en Afrique,etcomme dans le nord la qualité du produit tient essentiellement à la chaleur, tout porte à eroire que cette qualité serait tout à fait supérieure en Algérie.

Les vents violents qui empêchent de le cultiver dans le midi de la France ne seraient pas un obstacle en Afrique, attendu qu'ils ne régnent qu'en hiver et que

d'ailleurs beaucoup de localités en sont exemptes.

Un obstacle plus grave serait la nécessité d’avoir des perches de 6 à 8 mètres de longueur pour servir de tuteurs au houblon, si on n'avait trouvé le moyen de remplacer ces perches par des fils de fer qu'on tend sur des chevalets ou des piquets de 2 mètres de hauteur, placés à 5 mètres de distance les uns des autres et fixés en terre. On attache solidement le fil de fer aux extrémités du champ, à de courts piquets plantés obliquement.

Une houblonniere s'établit en plantant en automne de vieux pieds enracinés, et l’on a, dans ce cas, une bonne récolte l’année suivante ; ou l’on plante en janvier et février des rejetons ou éclats munis de quelques racines , e{ qu'on détache des vieux pieds, en hiver, avant qu'ils ne poussent.

On met ces rejetons dans des trous de 0",40 à 0”,50 de profondeur, qu’on creuse en lignes espacées de 2 mètres. On les entoure de terre pressée et on les recouvre d’un peu de terre meuble. À mesure qu'ils poussent, on comble la fosse et on finit par chausser le pied. On place à chaque souche une tige de roseau qui le met en communication avec le fil de fer.

En France, on ne laisse que trois ou quatre tiges tout au plus. L'expérience apprendra aux colons s'ils peuvent en agir ainsi. Il est probable qu'ils devront en laisser un plus grand nombre, surtout dans la premiere année, où elles sont nécessaires au développement de la racine.

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