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PARTIE IV, — AGRICULTURE

racines. Pour les rendre plus appétissantes, on peut, dans le début, les saupoudrer de son.

Quant aux fruits, on sait déjà qu'ils sont nourrissants et très salutaires; les indigènes les emploient comme spécifique contre les diarrhées. Tous les besliaux les mangent avec avidité, et les pores s’en engraissent promptement.

Ÿ 15. Chêne-liége. — Sumac des corroyeurs.

Je ne dois pas omettre de mentionner ces deux plantes parmi les végétaux arborescents spontanés dont les colons pourront encore tirer bon parti.

Je ne conseillerai pas aux colons de semer ou planter ces arbres. Ils trouveront, surtout dans le début, à utiliser leurs bras d’une manière plus fructueuse ; mais je les engagerai très fort à les conserver partout où ils en rencontreront et où 1l sera possible de le faire, et à les soigner de manière à favoriser leur végétation. Pour justifier cette recommandation, je me bornerai à dire qu'aujourd'hui on considère, dans le midi, les terrains complantés en liéges productifs comme donnant la rente la plus élevée parmi les terres non arrosables.

J'ai déjà indiqué précédemment les localités où se trouvent des bois de chêne-liége. W est probable qu'on en découvrira beaucoup d’autres encore, à mesure que lon connaitra mieux le pays.

Les grandes masses seront naturellement réservées pour le gouvernement ; mais à côté de celles-ci on

(Us COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. rencontrera des chènes-liéges en plus ou moins grand nombre, disséminés dans les broussailles de plusieurs localités, notamment de celles où dominent le gneiss, le grès, le schiste et autres roches non calcaires. Ce sont ces arbres que les colons devront faire en sorte de conserver, lors même qu'ils défricheraient le terrain.

Presque toujours ces liéges ont eu à souffrir du feu et de la dent des bestiaux. Far déjà expliqué la cause qui donne à ces arbres la faculté de résister au premier mieux qu'aucune autre essence. On comprend néanmoins qu'ils ne peuvent que rarement être bien venus. I] v aura done avantage dans beaucoup de cas à recéper les jeunes liéges qui alors pousseront de nombreux rejets dont on pourra conserver les deux ou trois plus beaux. Si on ne recèpe pas, il sera du moins presque loujours avantageux de démascler, c’est-à-dire d’enlever le liége vierge, lors même que l'arbre n'aurait pas encore attemt sa quinzième ou vingtième année, âge ordinaire du démasclage. Cette opération, de même que l'enlèvement ultérieur du liége, qui a lieu tous les six, sept, huit ou neuf ans, se fait en mai et juin, lorsque l'arbre est encore en séve. Quoique facile, elle exige cependant quelques précautions ; on doit surtout se garder d'entamer la véritable écorce, c’est-à-dire le liber qui se trouve au-dessous du liége. On incise circulairement ce dernier au pied de l'arbre, puis à la naissance des branches ; ensuite on fend longitudinalement des deux côtés opposés de l'arbre; enfin, avee

PARTIE IV, — AGRICULTURE, #69 le mauche de la hachette terminé en coin, on détache le liége des couches corticales inférieures.

Les grosses branches sont frattées de la même manière que le tronc.

Quand au sumac, ses produits ont, à la vérité, moins de valeur, La feuille est tombée aujourd’hui à un prix très bas, On sait que cette feuille, eueillie en août, séchée et réduite en poudre, sert à préparer les peaux de moutons et de chèvres. Toutelois, comme le sumac vient sur les pentes les plus arides, et donne, outre la feuille, un produit en bois, de même que les autres arbres forestiers, on devra le conserver avec soin dans les terrains destinés à rester boisés,

Je ne reviendrai pas sur les arbres forestiers. Les agents spéciaux que le gouvernement a chargés de ce grand intérêt ont déjà donné assez de preuves de leur zèle et de leur habileté pour qu'on puisse s'en rapporter entièrement à eux du soin d’administrer et d'accroitre la richesse forestière de F Algérie.

Et quant aux reboisementsopérés par les colons, j'ai déjà dit le procédé simple auquel ceux-ci pourront avoir recours, procédé qu'ils seront en mesure d’améliorer en plantant où semant, dans les places vides de broussailles, des essences convenant au sol et au elimat. ls trouveront un grand nombre de jeunes plants dans les pépinières du gouvernement. Je ne saurais, au surplus, entrer ici dans les détails de leur eulture.

Il est cependant un de ces végétaux ligneux que je ne puis passer sous silence : je veux parler du bambou.

Ÿ 16. Bambou.

Cette plante, qui peut avoir pour l'Algérie, où elle réussit parfaitement, la même utilité qu’elle a pour la Chine et pour l'Inde, c'est-à-dire qui peut devenir une des plus précieuses acquisitions pour les colons d’Afrique, cette plante y est à peine connue. Il n’en existe que quelques pieds à la pépinière d'Alger, et encore, si je ne me trompe, sont-ils plantés récemment.

Ne connaissant le bambou que par ce que j'en ai lu, je ne crois pouvoir mieux faire que de reproduire ici textuellement ce qu’en dit le vénérable directeur des Missions étrangères de Paris, M. l’abbé Voisin, qui a passé de longues années en Chine *.

« Je me suis souvent demandé pourquoi, au lieu de eultiver le bambou dans les serres, on ne le plantait pas en pleine terre, au grand air. Je sais que quelques variétés auraient de la peine à s’acclimater en France; mais le plus grand nombre, et surtout celui de la plus belle espèce, y réussirait aussi bien que sur les montagnes du Thibet. Le bambou sert en Chine à toutes sortes d’usages : on en fait des nattes pour les lits et pour sécher les grains, des paniers pour conserver les céréales, des corbeilles, des radeaux pour le transport des marchandises, des nécessaires, des chaises, des meubles, enfin on en bâtit des maisons.

« Les jeunes pousses du bambou sont très bonnes

(1) Journal d'Agriculture pratique, tome IV, p. 463.

PARTIE IV, — AGRICULTURE. 471 à manger, soit sèches, soit à l’état frais. Il ne faut pas croire que le bambou ait besoin, pour prospérer, d'être planté dans des terrains marécageux ; il n’y a que ceux d’une aridité absolue où il ne peut se développer, c'est-à-dire qu'il n’y saurait atteindre sa hauteur naturelle de 45 à 20 mètres, hauteur qu'il atteint constamment dans les terrains ordinaires.

« Le bambou se multiplie de boutures longues ordinairement de 4°,50, coupées entre deux nœuds ; la bouture doit entrer en terre à la profondeur de.0®,50, et être saïllante hors de terre d'environ 4 mètre. Cette dernière partie de la bouture doit être tenue constamment remplie d'eau qu'on renouvelle à mesure qu’elle s’évapore, jusqu'au moment où la végétation indique la formation des racines ; alors on abandonnela plante à elle-même. Nous avons vu ce procédé partout en usage pour les plantations de bambous à la Chine. »

A ces réflexions de M. l'abbé Voisin nous ajouterons les observations suivantes d’un autre auteur :

« Le Chinois comme l’Indien tire du bambou un aliment, des ustensiles de ménage, des tiges légères et capables d’une résistance supérieure à celle de bois très pesants. Plus d’une fois, dans les voyages de découvertes, des tronçons de gros bambous ont servi de barriques pour fournir aux équipages une eau plus pure que celle qui avait séjourné trop longtemps dans des vases imprégnés de matières putrescibles. Dans les grandes iles de l'Asie et sur les côtes occidentales de l'Amérique du Sud, les bambous fournissent seuls

les materiaux pour la construction de maisons d’une belle apparence, d'une assez longue durée, susceptibles des embellissements du luxe, où l’on trouve une entière sécurité lorsque des tremblements de terre font écrouler les maisons de pierre, et ensevelissent sous des ruines leurs malheureux habitants. D’autres bambous peuvent former d'excellentes fortifications, en opposant à l'ennemi leurs redoutables épines, et donnent des armes de jet dont la pointe est aussi acérée que si elle était armée de fer. C’est dans ce genre de plantes que l’on trouve le véritable bois de fer; et cependant ce bois si dur peut être divisé en filaments assez déliés pour que l’on en fasse des tissus. Il remplace l’osier pour des ouvrages de vannerie d’une orande délicatesse; on en fait même du papier, etc. Certes, nous ne possédons point dans nos climats tempérés un genre de plantes qui soit propre à des usages aussi variés. »

On n’est pas d'accord sur le classement des espèces du genre bambou ; nous nous bornerons iei à Pindication des plus remarquables et des plus usuelles, sur lesquelles il y a moins de divergence d'opinions parmi les botanistes.

« Le bambou sammat est le plus grand de tous. Dans les terrains qui lui conviennent, il a quelquefois jusqu’à 55 mètres de haut, et 6 de diamètre à la base ; son bois n’a pas 0",05 d'épaisseur ; en sorte que la capacité du vide intérieur rend ces longues tiges très propres à faire des seaux et autres vases analogues, des

PARTIE IV. — AGRICULTURE. 475 coffrets, des mesures de capacité, ete. ; on fait même des barques avec les plus grosses tiges, en ajustant aux extrémités des pièces de bois auxquelles on donne une forme propre au mouvement rapide de ces esquifs.

« Le bambou i/ly est au second rang quant à la grandeur ; 1} s'élève communément à 20 ou 22 metres. Il sert aux mêmes usages que le sammat, mais son bois est plus épais. Ces deux espèces se plaisent dans les terres humides et fertiles.

« Letérin ou telin, Ce bambou est un de ceux qu'on a le mieux observés, à cause des usages multipliés qu’on en fait dans toutes les régions chaudes de PAsie, sur le continent et dans les îles. Il ne s'élève qu'à A5 mètres de haut, mais il fournit aussi des vases d'une assez grande capacité, et peut remplacer presque partout les deux grandes espèces. Lorsque ses tiges sont abattues, on les fait sécher dans cette situation, et ce sont des planches. En les subdivisant on a des lattes ; les grosses tiges sont les poutres, et les petites sont des chevrons. Aucune matière propre aux constructions ne réunit au même degré la force et la lépèreté ; de plus, les jeunes pousses, soit de la tige, soit des racines, sont alimentaires, et du goût non-seulement des nationaux, mais des colons européens. On les mange comme les asperges, ou confites dans le vinaigre, ou avec les viandes, etc.

« L'ampel. Cette espèce, encore plus petite que le télin, est aussi l’une des plus précieuses pour l'économie domestique, l'industrie et l’agriculture de l'Asie mé-

ridionale; elle fournit des leviers, des brancards, des échelles. L'Indien qui fait la cueillette du vin de palmier, lorsqu'il a épuisé la tige sur laquelle il est monté à une trentaine de mètres de hauteur, se fait un pont d'ampel pour passer sur le palmier voisin. Une loneue tige de ce bambou suffit pour le porter, et une autre sert de garde-fou. Les jeunes pousses de cette espèce ont une saveur peu différente de celle du télin.

« Le tcho fournit aux Chinois un papier très solide, dont ils font des parasols, et que leurs peintres choisissent le plus souvent pour y déposer leurs œuvres. L’épineux téba sert à faire des haies défensives, des retranchements, dont les approches sont hérissées des redoutables pointes du tallam, espèce très dure, presque sans vide dans l’intérieur, et dont les fragments aiguisés percent les souliers des fantassins et les pieds des chevaux.

« Disons aussi un mot du beesha, ressource des éerivains de l'Inde, qui en tirent leurs plumes.-Dans le système de Linné, cette espèce porte à juste titre le nom d’arundo scriptoria. |

« Les espèces de bambou d'une médiocre hauteur s’'accommodent très bien des terrains secs et maigres ; on peut donc en avoir partout à l’aide d’une chaleur suffisante. Leurs jeunes pousses contiennent une matière sucrée plus ou moins abondante et dont les herbivores sont extrèmement avides ; l homme luiméme ne dédaigne pas cet aliment. On prétend que

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 475 ces pousses se renouvellent à chaque lunaison, et qu'en général la végétation de ces plantes est réolée par le cours de la lune, sans que le soleil y parlicipe autrement que par la chaleur dont il est la source. Toutes les espèces de bambous ont une racine ou souche traçante sous terre, articulée, dont les nœuds produisent au dehors des touffes de tiges qui se développent avec une prodigieuse rapidité. Il en est qui grandissent presque à vue d'œil, car elles atteignent en un seul jour la hauteur d’un mètre. Ces tiges, qui croissent si vite, ne fleurissent qu'une seule fois, après une durée de plus d’un demi-siècle ; ainsi leur semence est rare, et la propagation par cette voie est difficilement observée. »

A ces détails intéressants je me bornerai à ajouter qu'outre l'utilité qu'aura le bambou en Algérie par son produit en tiges, 1l offrira encore le moyen le plus sûr d'utiliser et d’assainir les parties marécageuses des grandes plaines et des vallées ; car on sait qu’un marais ombragé n'est presque jamais malsain, et que d’ailleurs la présence des grands végétaux dans les terrains noyés a toujours pour effet d’exhausser plus ou moins promptement le niveau du sol. La Mitidja, la plaine de Bone, celle du Jig, de l'Habra, du Chéliff et toutes les autres du mème genre devront se couvrir de bouquets, de massifs et de rideaux de bambous le long des rivières, dans les fonds, partout enfin où l’eau séjourne plus ou moins de temps.

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Entin, aucune plante ne conviendra mieux pour faire les travaux de défense contre les eaux et mème contre les bestiaux et les hommes.

Le souvernement doit donc se hâter d'introduire et de multiplier le plus possible les principales espèces de ce précieux végétal.

Outre ce que pourront lui fournir les jardins botaniques et les pépinières marchandes, il devra tirer des plants directement de l'Inde et de la Chine par la voie de Suez. Les dépenses faites dans ee but seront largement compensées par les résultats.

La multiplication du bambou est un des buts les plus utiles que puissent se proposer les directeurs des pépinières du #ouvernement en Algérie.

Je n'ai rien dit de certaines cultures arborescentes des tropiques sur lesquelles on avait dès l’abord fondé de grandes espérances en Algérie, et parmi lesquelles on peut citer plus spécialement le caféyer, le cacaoyer, le figuier élastique, l'arbre à pain de Taiti, V'acacia nelotica (qui fournit la somme arabique), le palmier à cire (ceroxilon andicola), les goyaviers, mangoustans, mauguiers des Indes, avocayers des Antilles, euphoria litchi et longaniers, anones d’ Amérique, etc. Ces végétaux devront être l’objet d'essais suivis dansles pépinières du gouvernement ; ils pourront également être cultivés sur une petite échelle par les grands propriélaires, mais la masse des colons ne pourra de longlemps s’en occuper. Il faudra des expériences réitérées

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 477 el décisives avant qu'il soit prudent pour ces derniers de consacrer une portion de leurs terres et de leur travail aux unes ou aux autres de ces cultures, auxquelles le climat de l'Algérie n'est probablement pas tout à fait convenable.

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