‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 117 sur 141 · PARTIE IV, — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

PARTIE IV, — AGRICULTURE

toute cette série d’avanies et de spoliations qui pesaient sur eux du temps des Tures et frappaient plus spécialement sur les animaux domestiques, tout cela est bien de nature à stimuler les producteurs.

Mais, pour accroître la production, il faut nécessairement la modifier. Or, on sait que l’Arabeest l’homme stationnaire par excellence, et de plus l’homme essentiellement incapable en face de la nature.

Si aujourd'hui le bétail est encore suffisant, on peut donc croire avec quelque raison que plus tard il cesserait de l’être.

Heureusement qu'à mesure que la consommation augmentera, le nombre des producteurs européens s’accroitra et c'est sur eux principalement ou uniquement que l'on doit compter pour maintenir la production au niveau de la consommation.

J'ajouterai que c'est un bonheur pour les colons que les Arabes soient dans l'impossibilité d'alimenter seuls la consommation en viande, et par suite de maintenir le prix des bestiaux à un taux assez bas; car pour le succès, disons mieux pour l'existence de leur culture, ils seront obligés d'entretenir beaucoup de bestiaux.

Je ne saurais trop le répéter, la condition fondamentale pour cultiver avec prolit, partout, mais principalement dans les contrées où la main-d'œuvre est rare et chère, commeen Algérie, c’est de fumer abondamment. Ce n'est qu'à cette condition que le travail est largement rétribué par les récoltes qu'on obtient

du sol, récoltes dont l'abondance est toujours en raison de la fumure. ÿ

Or, pour avoir beaucoup de fumier il faut tenir beaucoup de bestiaux. Tout ce qu'on a dit des engrais factices est en grande partie du prospectus commercial. Les meilleurs peuvent être utiles comme accessoires dans des circonstances exceptionnelles, mais les adopter comme base normale et constante d’une culture serait la plus déplorable erreur même en France, à plus forte raison en Algérie. Le bétail est donc le seul moyen qu'auront les colons d'Afrique pour se procurer l'élément essentiel de la production, le fumier.

Lorsque le bétail est à bas prix ainsi que ses produits, c’est une circonstance des plus fâcheuses pour l'agriculteur qui, ne trouvant plus dans ces mêmes produits une rémunération suffisante pour ses dépenses d'élève et d'entretien, se trouve forcé de faire peser le déficit sur le fumier qui alors revient à un prix très élevé, d'où résulte un prix également élevé des récoltes. Donc, loin de déplorer le haut prix des bestiaux, on doit le considérer comme une des circonstances les plus favorables à la colonisation. Tout en produisant beaucoup d'engrais, les colons produiront des denrées d’une vente facile et avantageuse. Et, disons-le ici, cette considération est seule puissante aux yeux de l’homme privé d'instruction et de ressources pécuniaires. Cet homme ne voit et ne verra jamais que lintérét du moment, et du jour où il

PARTIE IV. — AGRICULTURE, 181 v aurait perle évidente pour fui à produire le bétail, il cesserait d’en tenir, et partant de produire des engrais. sans s'inquiéter des funestes effets qui en résulteraient pour ses terres.

Au surplus, le pays se prète admirablement à cette branche de l'agriculture, et l'on a déjà pu s'en convaincre par ce que j'ai dit plus haut des herbages et des plantes fourragères, et par ce qu’on sait de l'agriculiure des indigènes.

A la vérité, la sécheresse de juillet, août et septembre est un obstacle qui, joint aux pluies de l'hiver, entrave la production des bestiaux chez les indigènes et la maintient au-dessous de certaines limites qu'elle ne pourra jamais dépasser tant qu'ils ne changeront pas de système ; mais on a déjà pu se convaincre que ces obstacles sont. de nature a être facilement surmontés par nos colons. On obviera aux pluies de l'hiver par des logements aérés, mais bien couverts ; à la nature trop aqueuse des fourrages verts à cette époque et à la sécheresse des herbages pendant l'été par les moyens nombreux qu'offre la science agricole etsur lesquels on me permettra d'entrer dans quelques détails en considération de l'importance du sujet.

$ 2. Alimentation des bestiaux.

J'ai déjà dit que le bétail pourrait être nourri pendant neuf mois de l'année au pâturage. Pendant les trois autres mois, il sera en partie privé de ce mode

d'alimentation que l’on a beaucoup trop critiqué en ir. 31

France, mais qui, dans tous les cas, est le seul qui convienne également aux circonstances économiques et aux circonstances physiques de l'Algérie. Il y aurait folie à vouloir introduire la stabulation permanente, c’est-à-dire la nourriture constante à l’étable dans ce pays.

Je viens de parler des pluies de l’hiver. Coïncidant avec l’abaissement de la température et avec l'apparition des nouvelles pousses de l'herbe, pousses aqueuses, gâtées d’ailleurs par les tiges qui couvrent le sol et se décomposent sur place, elles sont, comme on sait, la cause de maladies et de pertes nombreuses parmi les bestiaux des indigènes.

Rarement les pluies sont continues. D'ordinaire, elles ne tombent que pendant une partie de la journée. Les colens profiteront des intervalles de beau temps pour faire sortir leurs bestiaux qu'ils conduiront de préférence dans les pâturages les plus rapprochés et les plus secs. Inutile d'ajouter qu'ils les tiendront renfermés aussi longtemps que durera la pluie. -

Alors les fourrages secs que les colons récolteront en quantité, de même que la paille et le grain, offriront aux bestiaux une nourriture abondante et parfaitement appropriée aux circonstances. Et même lorsque le bétail pourra pâturer, il sera d’une bonne hygiène, je dirai mème indispensable, de lui donner, avant de sortir de même qu'après son retour, un repas en fourrages secs. On prévient ainsi d'une manière certaine le mauvais effet d’une nourriture trop

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