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PARTIE IV. — AGRICULTURE

aqueuse, jointe à une température basse et à un air humide.

Pour combattre encore mieux ces influences fàcheuses, on pourra donner aux animaux, du moins à ceux d'une complexion plus délicate, des plantes et des graines aromatiques, telles que le fenu grec, lethym, le romarin, les baies de genièvre, ete. Mais de toutes les substances propres à atteindre ce but, aucune ne convient mieux que le se/ qui n'est heureusement pas encore l’objet d’un monopole en Algérie et dont les agriculiteurs pourront tirer un excellent parti pour leurs bestiaux. |

Quant à la difficulté de l'alimentation pendant les trois mois de l'été, tout cultivateur comprendra que même dans les situations les moins favorisées elle ne sera jamais comparable à celle que présente l'hiver dans nos contrées.

D'abord avec l’arrosage on pourra obtenir abondance de fourrages verts pendant tout lété. Personne n'en doute. Mais, même sans arrosage, il sera possible, comme on l’a vu plus haut, d’avoir une certaine quantité de nourriture verte pour les bestiaux, du moins dans les sols frais et riches. Je n'ai pas besoin de rappeler que dans les terrains de cette nature la chicorée, les betteraves et la luzerne lorsqu'elle a atteint un certain âge et que les racines ont pénétré assez profondément en terre, donnent des produits en vert pendant presque tout l'été, et que les racines, tubercules et choux récoltés en juin et juillet

484 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIF. pourront fournir pendant tout l'été, en mélange avec les fourrages secs, une nourriture saine aux bestiaux.

Enfin, là où manqueront ces divers moyens, on pourra {oujours avoir recours aux fourrages secs, à la paille et aux grains.

Sans doute ces aliments ne sont pas exempts d’inconvénients à une époque aussi chaude de l’année. Ils pourront provoquer parfois des maladies inflammatoires. Mais en usant de précautions, en nourrissant modérément, on est à peu près sür d'éviter ce danger. D'ailleurs, il n’est pas impossible de rendre aux fourrages secs au moins une partie des qualités qu'ils avaient à l'état vert. Cela se fait fréquemment en France, non pas en été, mais en hiver. Il suffit dans ce but d’humecter le foin avec de l’eau pure, ou mieux encore avec de l’eau salée, et de le laisser pendant un temps plus ou moins long dans un lieu frais s'imprégner d'humidité. Quelques personnes, au lieu d'humecter simplement les fourrages avec l'arrosoir, les font tremper pendant quelque temps dans-une euve remplie d’eau.

Cette préparation bien simple a pour effet de rapprocher les fourrages de leur état primitif en leur rendant une partie de l'humidité qu'ils avaient perdue par la dessiccation et de les rendre plus agréables aux bestiaux, plus nutritifs et d’une digestion plus facile. Ordinairement on ne soumet les fourrages à cette préparation que quelques heures avant de les faire consommer. Mais il est aussi quelques personnes qui

PARTIE IV, — AGRICULTURE. 4 9 leur font subir une véritable fermentation et qui, dans ce but, apres les avoir humectés ou trempés, les entassent dans un lieu convenable et les laissent s’échauffer. Elles prétendent avec quelque raison que cet échauffement provoque beaucoup mieux encore la dissolution des matières substantielles desséchées, et développe ainsi d’une manière plus complète Les propriétés nutritives des fourrases. Elles assurent en outre que le bétail les mange avee plus de plaisir,

Ces diverses assertions paraissent fondées. Toutefois l'expérience n’est pas encore complèle à cet égard. D'ailleurs cette méthode exige plus de travail et surtout beaucoup plus de soin que la simple trempe. Il est en effet essentiel de diriger la fermentation d’une manière régulière et uniforme et de l’arrèter au point convenable. Or, on n est pas encore d'accord sur cette question de savoir quel est ce point convenable, qui du reste parait varier suivant la nature des bestiaux. Pour les chevaux, la fermentation doit ètre faible. On défait le tas dès qu'il v a eu échauffement prononcé et dégasement d’une forte odeur de foin. Pour les bêtes bovines, surtout pour les bœufs à l'engrais et les vaches laitières, on la prolonge jusqu'à ce qu'une légère odeur alcoolique se joigne à l'odeur aromalique du foin.

On a depuis quelque temps appliqué avec beaucoup de-succès cette méthode à un mélange de paille hachée et de pommes de terre coupées, dans la proportion de 2 de paille et 4 de pommes de terre en poids. On met le tout par couches alternatives dans une euve ou

un tonneau défoncé. On tasse et presse bien, puis on arrose avec de l’eau dans laquelle on a fait dissoudre du sel. Quelques trous percés dans le bas delacuvedonnent issue à l'eau surabondante. On couvre avec quelques planches. La masse s’échauffe plus ou moins vite, suivant la température du lieu. Les pommes de terre se ramollissent et finissent par former une bouillie liquide qui pénètre la paille. Au bout de trois fois vingtquatre heures en hiver, le mélange a pris une odeur vineuse et une saveur particulière qui, dit-on, plaisent singulièrement au bétail. On se hâte d’enlever la masse et de l’étendre pour la laisser refroidir, car si la fermentation continuait, elle deviendrait putride et les matières ne seraient plus mangées par le bétail.

J’ai à peine besoin d’ajouter qu'en Algérie, surtout en été, la fermentation devrait durer beaucoup moins de temps. Il est probable que vingt-quatre heures suffiraient.

Au surplus je ne conseillerai pas aux colons d’employer immédiatement et en grand cette méthode de la fermentation des fourrages. Mais je leur dirai : essayez-la deux ou trois fois et de diverses manières. Si les animaux repoussent cette nourriture dans les commencements, ne vous rebutez pas; car souvent ils refusent d’abord des aliments que plus tard ils mangent avec avidité. Dans tous les cas, je crois devoir dire ici que cette méthode ne convient qu'aux gens soigneux ; car la moindre négligence, surtout en Afrique et pendant l'été, occasionne la perte des fourrages.

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