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PARTIE IV, — AGRICULTURE

On a trouvé très convenable de hacher les fourrages secs qu'on soumet à ces diverses préparations, soit fermentalion, soit simple trempe. Cette opération qu’on recommande avec raison, même lorsqu'on donne le foin tel quel, parce qu'elle économise d’un cinquième à un quart sur la quantité, cette opération se fait au moyen du hache-paille.

Le découpage des racines s'opère par le moyen du coupe-racines.

J'ai déjà mentionné ces deux instruments en parlant du mobilier des colons. F’ajouterai ici qu'il existe des hache-paille et des coupe-racines de dimensions et de prix très variables. Tandis que le hache-paille à lame en hélice et le coupe-racines à disque coûtent plus de 400 francs, le petit hache-paille champenois et le couperacines à lame en $S coûtent moins de 10 francs: mais, 1l faut le dire, leur travail est proportionné à ce prix.

On voit par ce qui précède que l’alimentation d’été du bétail n'offrira aucune difficulté aux colons intelligents.

Je reviendrai sur cette question de la nourriture en parlant de chaque espèce d'animaux, mais je ne terminerai pas ces notions générales sans rappeler aux colons ce proverbe flamand : bien nourrir le bétail coûte, mais le malnourrir coûte beaucoup plus encore. Et en effet, une bête mal nourrie emploie toute sa nourriture à vivre, c'est-à-dire à réparer les pertes journalieres qu elle fait en excrétions et transpiration ;

mais elle ne peut fournir aucun produit (travail, lait, viande, ete.), où du moins aucun produit satisfaisant. Une bète bien nourrie donne, au contraire, un produit qui paie non-seulement la portion d'aliments qui a servi à le eréer, mais encore celle qui a été employée à entretenir la vie de l'animal. C’est ainsi qu'un quintal métrique de foin donné comme ration journalière à 25 vaches sera dépensé en pure perte, car 1! n’aura servi qu'à empècher ces animaux de mourir de faim sans leur permettre de donner aucun produit vendable quelconque; consommé par 42 vaches seulement, ee même quintal sera, au contraire, payé par le produit en lait, beurre, fromage et accroissement de poids des animaux.

\ 3. Logement des bestiaux.

C'est ici le lieu de dire quelques mots sur les logements des bestiaux. Ces constructions peuvent être en Algérie fort simples et peu coùteuses. Ce seraient des hangars ou des appentis, c’est-à-dire des toits soutenus sur les quatre faces par des poteaux, ou appuyés d'un côté à un mur. Cette dernière disposition cadrera d’ordinaire le mieux avec l'ordonnance générale de la ferme telle que nous l'avons décrite et figurée dans le premier volume.

Ces appentis auront 5 mètres et demi de largeur lorsqu'ils seront destinés aux chevaux et aux bêtes bo. vines, et 4 à 5 mètres lorsqu'ils devront servir de ber-

Serres.

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 189 Dans les écuries, dont la figure 85 représente la coupe, on placera comme de coutume un râtelier et

une manpeoire.

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Dans les étables, le râtelier doit être supprimé et la mangeoire ordinaire remplacée par un passage en terre recouvert de briques ou de planches, élevé de 0,50 à 0,40 ‘seulement au-dessus du sol et large de 4 mètre à 4" ,50. Une planche inclinée, formant rebord, empêche les animaux de faire tomber les fourages sous leurs pieds. On peut encore, dans le mème but, placer contre ce rebord des montants assez rapprochés les uns des autres pour que les animaux n'aient que juste la place nécessaire pour passer la iète, On évite ainsi que les bêtes tourmentées par les

490 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. mouches, et cherchant à s’en débarrasser tout en mangeant, ne tirent une partie des fourrages verts ou secs hors de la mangeoire et sur le sol de l’étable où ils se mêlent avec le fumier.

Cettedisposition (fig. 86), aujourd’hui généralement

Figure 86.

adoptée dans les nouvelles établesen France et en Alle-

magne, a cela d’avantageux qu'elle facilite beaucoup l'af-

louragement. Le bouvier n’a plus besoin de passer entre les animaux, au risque de recevoir des coups de pieds et des coups de cornes. Il marche sur le passage même et dépose les aliments devant chaque bête. Inutile d’ajouter que celles-ei doivent être attachées assez court pour ne pouvoir mettre les pieds sur la mangeoire, se voler mutuellement la nourriture ou se battre entre elles. Cette disposition convient en outre en cequ on peut déposer sur ce passage toute espèce d'aliments,

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 191 fourrages secs ou verts, entiers ou hachés, racines, etc. ] n'y a que les aliments liquides qu'on est obligé de donner dans des baquets, mais qui, du reste, entreront rarement dans la nourriture des bestiaux en Afrique. Enfin, le peu d’élévation de ce passage est encore avantageux, attendu que la conformation des bêtes bovines leur rend la préhension des aliments plus facile lorsque ceux-ci sont à terre, où du moins à une faible élévation, que lorsqu'ils sont placés haut. On sait que les râteliers provoquent souvent des avortements chez les vaches. La figure 86 représente la coupe d'une vacherie ainsi disposée.

Quant aux bergeries, elles recevront comme d'habitude des râteliers simples le long du mur et quelques râteliers doubles au milieu. Ces râteliers pourront avoir une petite mangeoire dans le bas. Elle consiste en une planche fixée à la partie inférieure du râtelier, et contre laquelle on cloue une latte pour rebord. Cette disposition permet de donner aux bêtes à laine des substances menues, grains, sel, racines coupées, fourrages hachés ; elle prévient aussi la perte des feuilles et tiges qui se détachent du foin lorsque l'animal le tire à lui. |

Comme les bêtes à laine ne sont pas attachées, il faudra nécessairement une enceinte aux appentis qui serviront de bergeries, Elle pourra se composer d’un mur à hauteur d'appui, en pierres sèches ou en pisé, ou simplement de claies placées entre les poteaux et lixées à ceux-ci. Ce sera également par des claies qu'on

lormera les divisions qu'il est nécessaire d'établir dans toute bergerie pour séparer les animaux de divers ages el sexes. La fig. 87 représente la coupe d'une ber-

serie avec deux râteliers simples.

Figure 87 -

J'ai supposé que les écuries et étables seraient ouvertes de trois côtés, le quatrième étant fermé par le mur contre lequel s'appuie l’appentis. Dans toutes les parties basses ou moyennes de l'Algérie, la température n’est jamais assez froide pour qu'il soit nécessaire de elore les logements des animaux. Si un grand nombre de bestiaux périt annuellement chez les indigènes pendant l'hiver, cela vient moins du froid que de la pluie à laquelle ils restent constamment exposés, ainsi que d’une nourrilure trop aqueuse. J’ai indiqué les movens de remédier à ce dernier inconvénient ; le toit garantissant les animaux de la pluie, toutes les

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 493 conditions sont dès lors remplies pour leur bonne venue. Si cependant l'un des côtés ouverts de l'appentis était exposé en plein aux vents du nord-ouest dans une localité où celui-ci souffle avec violence pendant Phiver, il serait ulile de le fermer en partie par un des moyens que je viens d'indiquer, ou de prolonger le toit suflisamment pour éviter que les animaux n’en souffrent.

Quant au sol de ces logements, il ne peut être question pour les colons d'Afrique de le faire d’une manière coûteuse. Ce sera la terre même du lieu ; seulement on aura soin de lui donner une surface parfaitement plane et une pente suffisante pour l'écoulement des urines. Une rigole sera creusée derrière les animaux pour recevoir celles-ei et les diriger vers la fosse à fumier.

Si la terre est de nature un peu argileuse, on obtiendra un sol très ferme et parfaitement imperméable en l’'arrosant à plusieurs reprises d’un lait de chaux et en le massivant où battant fortement après y avoir répandu de la paille hachée.

La partie principale de ces constructions et la plus chère sera le toit. Je conseillerais beaucoup d'essayer le carton goudronné ou la toile goudronnée. En employant l'un ou l'autre avec les précautions que j'ai déjà signalées ailleurs, on évitera, je crois, le danger de voir couler le goudron pendant l'été, et on obtiendra une couverture que nulle autre ne pourrait égaler pour la légèreté et mème, sur beaucoup de points, pour le bon marché.

A défaut de ces matières, on pourrait aussi employer les tissus dont se servent les Arabes pour leurs tentes, si on en trouvait à bas prix. Enfin, les roseaux et autres plantes de marécages pourront également servir et faire des toitures en chaume.

J'ai à peine besoin d'ajouter que l'absence de mur permettra de réduire la hauteur, sans inconvénient, à 5 mètres et même à 2°,50 pour le point intérieur le plus élevé du toit. Cela n’est pas indifférent, parce qu'un hangar élevé doit être d’une grande solidité pour résister aux vents.

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