‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 124 sur 141 · PARTIE Ï1V., — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

PARTIE Ï1V., — AGRICULTURE

Du reste, quinze jours après le part, la jument peut déjà reprendre un travail modéré, et on peut laisser le poulain l'accompagner aux champs.

Il sera très convenable de donner à celui-ci, dès l’âge de un à deux mois, de l'orge avec laquelle il jouera d'abord et qu'il mangera ensuite, Cette addition de nourriture qui augmente peu la dépense, attendu que lé poulain ne consomme qu’un ou deux litres d'orge par jour, contribue tellement à la taille et à la vigueur du jeune animal qu'aucun éleveur intelligent ne songera à l’économiser. Le décuple donné plus tard ne saurait remédier au mal produit par cette économie mal entendue, car c’est dans l'enfance des êtres organisés en général, et surtout des animaux, que par une bonne nourriture et des soins on pose les bases de la santé, de la force et de la taille.

Les Arabes, malgré leur avarice et leur ignorance, comprennent et appliquent ce principe, du moins pour les chevaux; non-seulement ils donnent de l'orge, mais lorsqu'ils supposent que la mère n’a pas assez de lait, ils y suppléent par du lait de vache, de chèvre ou de brebis.

Ce serait sans doute trop exiger des colons que de leur demander d’imiter les indigènes pour cette dernière pratique, et cependant je suis certain que dans beaucoup de cas ils auraient avantage à le faire.

Au moins devront-ils adopter le système arabe pour la manière de traiter le poulain jusqu'au moment où on le dresse. Rien n’est en effet plus propre à rendre

les jeunes animaux doux, rnaniables, en même temps qu'à développer leur force et leur souplesse que cette intimité qui s'établit entre eux et les enfants arabes, que ces jeux, que ces lecons anticipées et progressives d'équitation données par ces derniers, leçons qui prolitent d'ailleurs également aux uns et aux autres et créent non-seulement d'excellents chevaux de selle, mais encore des cavaliers consommés.

Dans le courant de la troisième année, si on ne Pa fait plus tôt, on attachera le poulain à l'écurie, on le fera courir à la longe et même dépiquer du blé; puis on lui mettra un mors, une selle, et on l’habituera d'abord à rester de longues heures immobile, la bride étendue par terre et maintenue simplement par un caillou posé dessus, puis à entendre sans s’effrayer la détonation des armes à feu. Enfin on le dressera à la selle et au harnais, non pas, bien entendu, comme le font les Arabes, mais d'après les principes reçus et suivis en Europe, c'est-à-dire avec douceur et en observant toujours de ménager les forces et l'ardeur du jeune animal. En général, la douceur est une des conditions les plus essentielles pour l'élève du cheval; et, il faut bien le dire, c est l'absence de cette condition, c'est l'absence de l'amour du cheval qui nous empéche et nous empèchera toujours d’être riches en bons chevaux et riches en bons cavaliers. C'est là ce qu'il faudrait tächer d'éviter en Alpérie,et ajoutons que, sous ce rapport, les colons allemands ne seront pas inutiles en montrant aux Français l'exemple de la douceur et

PARTIE IV, — AGRICULTURE. 309 de la palience dans le traitement des animaux domestiques. C'est sur eux principalement qu'on pourra compter pour la production des chevaux nécessaires à l'armée.

Quant à la nourriture, on augmente après le sevrage la ration d'orge et on la porte successivement jusqu’à six litres par jour lorsque les pâturages ne sont pas bien lournis. Cette orge est donnée matin et soir. On évite de faire boire le poulain immédiatement avant ou après. En général, 1l serait bon de l’habituer, comme le font les Arabes, à ne boire qu'une fois par jour, vers midi.

Pendant le premier hiver, on continue la ration d'orge à laquelle on ajoute du foin et de la paille. Le foin ne doit être donné qu'en quantité modérée, afin que l'animal ne prenne pas trop de ventre.

Il vaut mieux le nourrir au sec pendant tout l'hiver jusqu'en mars que de le faire pâturer.

L'été de la seconde année se passera au pâturage. On pourra réduire la ration d'orge à trois litres par jour, dont la moitié avant de quitter l'écurie et l’autre en rentrant le soir. J’ai du reste à peine besoin dedire que le poulain, de même que tous les autres bestiaux, devra pendant toute l’année passer la nuit dans l'intérieur de la ferme. J'ajouterai que c'est plus nécessaire pour lui que pour les autres animaux à cause de la tendance toute particulière qu'ont les Arabes à voler les chevaux.

Le second hiver se passera comme le premier, sauf

qu'on pourra réduire encore la ration d'orge, la remplacer en partie par des fèves concassées et augmenter la ration de foin et de racines. Parmi ces dernières, les carottes seules sont du goût du cheval et peuvent être données sans autre préparation que le découpage. Les pommes de terre doivent être nécessairement cuites. Quant aux betteraves, elles sont dédaignées dans les commencements, mais la plupart des chevaux finissent par s’y habituer.

Il est bon de donner du sel avec les racines, de mème qu avec la nourriture verte au printemps et en automne lorsque les pâturages sont humides. La quanüité peut être de 60 grammes par jour pour un cheval fait.

Si on commence à dresser le poulain dans le courant de la troisième année, on augmente à cette époque sa ration d'orge qu’on porte à six et sept litres par jour.

Quant aux chevaux faits, ils doivent être nourris à l'écurie lorsqu'ils travaillent ; au printemps et en autonne avec du vert et du grain; en été et en hiver avec du foin, des racines et du grain. La quantité de ce dernier sera de huit à dix litres par jour de travail.

Dans les jours de chômage on fait pâturer et on réduit de moitié la ration de grain.

Faudra-t-1l ou non concasser ce grain ? Cette question a déjà été soulevée pour l’avoine et résolue presque généralement d’une manière affirmative. En sera-t-il de même pour l'orge? On manque encore d'expériences à cet égard. Autant qu'il m'est permis

PARTIE IV, — AGRICULTURE. s11 d'en juger, je. crois que le simple cassage de l'orge entre deux eylindres cannelés ou mouchetés doit être une bonne opération, surtout lorsque les animaux mangent du vert qui les relâche toujours un peu. Elle est moins nécessaire dans la nourriture au sec. Enfin on peut éviter que les chevaux n'avalentle grain entier, et par conséquent se dispenser de le concasser en le mêlant avec un volume égal de paille hachée menue qui les force à mâcher. Pour qu'ils ne séparent pas la paille du grain en soufflant dessus, on humecte le mél'ange.

Ce n'est qu'à six ou sept ans que les chevaux barbes ont pris tout leur développement. Aussi ne doit-on faire travailler les jeunes animaux qu'avec beaucoup de modération avant cet âge, et 1l serait préférable de ne commencer à les dresser et à les employer que dans le courant de la quatrième année; toutefois avec des soins, des ménagements et une bonne nourriture, on peut, sans inconvénient, cominencer dès la fin de la troisième année, Mais hâtons-nous d'ajouter qu'il faudra se garder d’atteler le jeune cheval avec des bœulfs ou des vaches dont la lenteur influerait défavorablement sur lui.

Ce n’est qu au commencement de la cinquième année qu'on pourra utiliser les étalons et juments à la reproduction. Une nourriture abondante et choisie sera plus nécessaire encore à la jeune jument qui porte el allaite pour la première fois qu'aux vieilles.

J'ai déjà dit que la race barbe semblait ne pas se

trouver bien de la castration ; aussi je conseille de ne pas employer cette mutilation que la douceur et l'obéissance de ces animaux rendent d’ailleurs à peu près superflue. 7

En observant ces règles, j'ai lieu de croire que les colons arriveront bientôt à obtenir quelque chose d’analogue à ce que nous appelons chevaux à deux fins, c'est-à-dire des bêtes un peu plus corsées que la généralité de celles du pays, plus aptes, par conséquent, aux travaux de culture et de charrois, et conservant néanmoins assez de la vitesse et de la souplesse primitives de la race pour former encore d'excellents chevaux de selle.

Outre les poulains produits chez eux, les colons trouveront souvent de l’avantage à élever des poulains achetés aux Arabes à divers âges dans les mois d'août et de septembre, époque où ils sont à bas prix.

Comme les juments des colons ne contribueront qu'accessoirement aux travaux de culture et encore seulement aux plus légers, tels que hersages, roulages, binages à la houe, à cheval, etc., il n’y aura nulinconvénient à les faire saillir tous les ans, d'autant plus qu'elles ne retiennent pas chaque année.

Dans l'emploi des chevaux indigènes pour le trait, je crois devoir recommander aux colons de ne faire usage que de colliers légers. C’est une grande erreur de croire qu'un collier doit ètre lourd pour remplir toutes les conditions. Ce n’est pas en lui donnant un grand poids qu'on Pempêche de remonter, c'est par

PARTIE IV, — AGRICULTURE. 513 . ue sous-ventrière serrée, et je ne saurais trop recommander l'adoption de cette pièce importante dans tous les harnais, surtout dans ceux de voiture où le tirage se fait horizontalement.

J'ai à peine besoin de dire que le pansement de la main et les soins de propreté ne sont pas moins nécessaires en Afrique qu'en France. Cependant il ne faudrait pas abuser du premier. L'emploi trop fréquent de l’étrille et du bouchon a pour effet de donner à la peau une irritabilité et une sensibilité trop grandes qui rendent l'animal plus sujet à éprouver l'influence du froid et des autres agents extérieurs.

Je ne dis rien des maladies, Le gouvernement entretient en Afrique plusieurs vétérinaires habiles qui sont plus à même qu'un eullivateur de traiter ce sujet. Je mentionnerai seulement ce fait, que la morve chez les chevaux barbes, du moins chez ceux des Arabes, ne parait pas avoir ce caractère de malignité qu'elle affecte en France. Reste à savoir si cela tent à la race, au climat ou au régime, et si une modification de celui-

ainen apportera pas une dans le caractère de la maladie.

(6. Anes.

On sait déjà que les ânes sont chétifs et de très petite taille en Algérie, malgré la convenance du climat ; mais qu à Funis il en existe une tres belle race.

Il conviendrait, je crois, de l'introduire en Algérie. Dans ce but, il faudrait importer non-seulement des

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baudets, mais encore des änesses, car la race algérienne est tellement abätardie qu'on pourrait à peine songer à en utiliser les femelles pour les croiser avec les mâles tunisiens.

Le climat de l'Algérie est si favorable à l'espèce asine queje ne doute pas qu'on ne puisse perfectionner encore cette race de Tunis, la rendre surtout plus corsée au moyen d’une bonne nourriture et de soins donnés aux jeunes animaux, et principalement par des abris contre la pluie et le froid que l’ânon redoute beaucoup.

Tout ce que j'ai dit sur l'élève du cheval s'applique également à l'élève de l'âne. J’ajouterai que c’est un préjugé absurde de croire qu'une mauvaise nourriture et de mauvais traitements doivent être le partage de l'âne. Grâce à la force desa constitution, il les supporte mieux qu'aucun autre animal, mais ils n'en ont pas moins sur lui un effet funeste. L'aspect des beaux ânes de Tunis prouvera aux colons tout ce qu'on peut obtenir au moyen d’un bon régime. -

Au surplus, l'âne ne leur offrira jamais un grand intérêt, si ce n’est dans les localités montagneuses. Ils en auront tous un ou deux pour le transport des objets légers, les travaux faciles et la monture des femmes; mais cesanimaux ne pourront donner lieu comme les chevaux à des spéculations de quelque importance, à moins qu'on n'élève, pour la production du mulet, des baudets de grande taille et de belle conformation qui trouveront un débouché facile et avantageux non-

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