PARTIE 1V. — AGRICULTURE
seulement en Algérie, mais mème en France et en Espagne.
( 7. Mulets,
Les mulets algériens sont la meilleure preuve de ce que peut une bonne nourriture; quoique produits par des baudets chétifs et des juments de rebut, ils sont la plupart de plus forte taille que les chevaux, parce que leur haut prix engage les Arabes à les soigner et à les bien nourrir dans leur jeune âge.
L'élève et l'entretien du mulet ne diffèrent du reste en rien de ceux du cheval. Pour avoir de beaux produits, il est également indispensable de bien nourrir et de ménager la mère pendant la gestation et lallaitement, de donner du grain au muleton même avant qu'il ne soit sevré, à plus forte raison après le sevrage et pendant toute la première et la seconde année, et de le garantir de la pluie et du froid en hiver, de la trop grande chaleur en été. Ce n’est qu'à la troisième année qu'on pourra réduire la nourriture et user de la sobriété de ces animaux.
Il me parait probable que l'élève du mulet serait une branche pécuniairement avantageuse pour les colons. Je pense également qu'ils trouveraient dans beaucoup de circonstances plus de profit à leur emploi pour les travaux de culture qu'à celui des chevaux. Malgré cela je ne crois pas que le gouvernement doive encourager la production du mulet. Partout où cette industrie s’est établie, elle a nui à l’industrie chevaline.
Or, le cheval, comme instrument de guerre, est si essentiel en Afrique, et il importe tant que la population coloniale pour laquelle la France fait de si erands sacrifices arrive promptement à fournir à tous les besoins de l’armée, qu'on ne saurait trop éviter tout ce qui pourrait compromettre la production des chevaux chez les colons. Ceux-ci même s’en trouveraient fort mal, car l'intérêt de leur sécurité exige, comme je l'ai déjà dit, qu'un certain nombre d’entre eux soit monté ; or, on comprend la triste figure que ferait une cavalerie sur mulets, en présence des Arabes.
Aussi conseillerai-je non pas d'interdire la production de ces animaux, mais d'en restreindre le trop grand développement en établissant un impôt annuel sur chaque mulet jeune ou vieux.
L'armée, il est vrai, emploie également des mulets, mais en petit nombre comparativement aux chevaux, et elle trouve plus facilement à s'en procurer que de ces derniers.
Un droit sur les mulets et l'obligation imposée à certains colons (à ceux qui auront recu les lots les plus forts) ou à tous les colons de certains villages, d'avoir constamment un cheval de selle disponible, seront, je pense, des movens assez efficaces pour empêcher que l’industrie chevaline ne se transforme en industrie mulassière, surtout si l'administration sait encourager la première et y attacher les colons par des primes et en leur achetant à un bon prix leurs ehevaux et poulains.