PARTIE IV, — AGRICULTURE
Ÿ 8. Chameaux.
Ces animaux ne présenteront jamais aux colons le même intérêt qu'ils ont pour les Arabes. Il est même probable qu'à mesure que des routes s’ouvriront, ils perdront aussi de leur importance aux veux de ces derniers, du moins dans la partie nord du Tell, car le chameau, propre seulement au bät, et encore plutôt dans les plaines que dans les montagnes, doit nécessairement céder la place aux véhicules et aux animaux de trait là où il y a des routes.
Ce ne sera que sur les confins du désert, si jamais nous nous y établissons, que les colons trouveront de l'avantage à élever et à tenir des chameaux et des dromadaires, les premiers pour le transport des produits agricoles et des objets pesants, les seconds pour les voyages et les courses rapides ; les uns et les autres pour le lait des femelles, la chair des jeunes animaux et le poil des vieux.
C’est en février et mars que ces animaux s’accouplent, et l’on sait qu'à cette époque les mâles deviennent indociles et dangereux, mème pour leurs maîtres. La femelle met bas au printemps suivant et montre beaucoup de tendresse pour son petit.
Celui-ci et sa mère exigent dans le commencement les mêmes soins que la jument et le poulain, surtout un abri contre le froid et la pluie.
C'est entre quatre et cinq ans que l’on commence à les employer au bât. On peut aussi les faire tirer
518 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. au moyen d’une espèce de collier très souple, mais on utilise ainsi moins bien leurs forces.
Du reste, quoique patient et timide, le chameau veut être traité avec douceur, et se révolte contre les mauvais traitements et contre les exigences trop grandes du maitre.
Les fèves concassées et la paille sont ses aliments de prédilection lorsqu'il est en voyage. Le pâturage lui suffit dans les autres temps. .
\ 9. Porcs.
On sait déja que l'Algérie ne possédait point de pores. Ceux qu’on y voit aujourd'hui ont été importés de France ou d'Espagne. On a aussi essayé avec succès d’apprivoiser de jeunes sangliers indigènes.
La race qui parait le mieux convenir en Algérie est celle de Majorque, qui est privée de soies, petite, mais bien conformée, très peu difficile sur la nourriture, engraissant rapidement et craignant peu la chaleur. Malgré l’exiguité de sa taille, on y voit des individus qui, bien engraissés, parviennent au poids de 480 kilog.
Le porc, en Algérie comme en France, devra se trouver dans toutes les fermes en plus ou moins grand nombre. Néanmoins sa chair ne saurait y être sans inconvénient d’un usage aussi général et constant que cela a lieu parmi nous. Passé le mois de mai et avant celui d'octobre, la viande de pores est très mal-
PARTIE IV, — AGRICULTURE. 919 saine dans ce pays, soit salée, soit fraiche. Non-seulement elle est indigeste, mais elle donne lieu à des affections cutanées plus ou moins graves et prédispose à d’autres maladies. Les colons devront donc s’en abstenir avec soin pendant tout l'été. Qu'ils destinent les pores à leur consommation ou à la vente, ils ne devront commencer à les engraisser qu'en septembre, . et cesser au plus tard dans le courant de mars, car ils ne trouveraient plus à les vendre.
Du reste l'élève et l'entretien de ces animaux ne présentent rien de particulier en Algérie. On les nourrira autant que possible avec des fourrages verts, surtout de la chicorée, de la laitue, des choux, à défaut de quoi on leur donnera des racines, betteraves, navets, topinambours, pommes deterre cuites et des fourrages fermentés qui paraissent leur convenir d'une manière toute spéciale. Si ce sont des fourrages secs, on les hache et les fait tremper au préalable afin de les bien ramollir. Il est bon d'y ajouter du grain moulu qui aide encore à la fermentation.
On pourra également faire pâturer les pores d'élève, mais ce ne sera que dans les localités possédant des fonds marécageux ou de vastes forêts de chênes que ce mode de nourriture aura de l'importance et sera d’un usage habituel pendant une grande partie de l’année. Ce ne sera de même que dans ces localités que la produetion des pôres pourra prendre du développement.
Ailleurs, 1l sera préférable de les tenir constamment
dans la ferme. En leur donnant des logements suffisamment aérés, en Îles laissant prendre pendant une partie de la journée leurs ébats dans la cour ou plu- {ot dans une division de la cour qu'on leur consacrera exclusivement, et surtout en leur procurant les moyens de se baigner souvent, on leur aura fourni toutes les
conditions nécessaires à une bonne venue.
\joutons que la chair des animaux morts, soit.
cuite, soit crue, est un excellent aliment pour les pores, surtout pour ceux qu'on engraisse, lorsqu'elle ne constitue qu'une partie de leur nourriture.
\ 10. Bêtes à laine.
On sait que les bêtes à laine non-seulement sont le bétail le plus important, mais encore la branche agricole la plus essentielle de l'Algérie. De tout temps elles ont fourni la chair la plus estimée et la plus généralement consommée par les indigènes, la matière première pour la presque totalité de leurs vêtements, et enfin l’article le plus important de leur commerce avec l'étranger.
Il suffit de jeter un coup d'œil sur ce climat si beau, sur cette terre riche et malgré cela généralement saine, couverte des plantes les plus aromatiques, dans beaucoup de lieux aussi d’efflorescences salines, pour se convaincre promptement que l'Algérie est un pays privilégié pour la tenue des bêtes à laine.
J'ai exposé plus haut lineurie des Arabes à l’égard
PARTIE IV, — AGRICULTURE. 921 de ces animaux si précieux. On sait que nul soin, nulle régle ne président à l'accouplement et à lagnelage : les béliers mélés (oute lannée aux brebis ; celles-ci agnelant en toute saison, mais le plus souventen hiver, ce qui, par suite de l'absence d’abri détermine la mort d'un grand nombre d'agneaux; les bêtes adultes réduites à la seule nourriture du pâturage, passant brusquement de la pénurie à l'abondance, des herbages desséchés de l'été et de l'automne à la végétation luxuriante, mais aqueuse et débilitante de l'hiver, dont l'effet est augmenté encore par l'exposition continuelle des animaux à la pluie et au froid. EL malgré tant de causes de dépérissement, d'innombrables troupeaux dont l'importance se révèle déjà par le seul chiffre de nos razzias ; des bétes généralement de forte taille, en parfait état pendant une bonne partie de l’année et dont un certain nombre fournit encore, malgré labsence de toute méthode, de toute règle dans les aecouplements, des laines de belle qualité, et toutes une viande supérieure à celle de la plupart de nos races.
En présence de ces faits et en réfléchissant à la facilité avec laquelle on pourra combattre le petit nombre de circonstances défavorables qui nuisent aux bêtes à laine, il est impossible de ne pas rester convaincu des avantages que promettent ces animaux aux colons.
J'ai déjà dit que l'incurie des Arabes relativement au bétail est un fait avantageux pour les colons ; c’est surtout le cas pour les bètes à laine. À partir du mois de septembre jusqu'en mars et avril, on ne trouve en
effet presque plus une seule bête en bon état. Les . bêtes grasses sont à cette époque hors de prix, tandis que les maigres n’ont aucune valeur. On conçoit tout le parti que les colons, avec leurs provisions de foin, de racines, et avec leurs bergeries couvertes, pourront lirer de cette circonstance. En août, septembre, octobre, ils achèteront des bêtes maigres, jeunes ou vieilles, les engraisseront soit avec du foin simplement, soit, ce qui vaudra mieux, avec du foin et des racines ou avec des fourrages fermentés, ou encore avec des fourrages verts donnés à la bergerie en mélange avec des aliments secs. Ils les vendront ensuite pour en racheter d’autres.
Avec une bonne nourriture, la bête à laine s’enoraisse en un ou deux mois. Ils pourront donc renouveler deux, trois et même quatre fois le troupeau d'engraissement pendant l'hiver et le printemps, et avoir, sur chaque tête, une plus-value de 6 à 8 fr., le fumier et la laine en sus. -
Mais presque partout les colons ne se borneront pas à ces bêtes de graisse. Ils tiendront, en outre, un troupeau permanent dont ils trouveront également à se monter à bas prix en bêtes jeunes et adultes, en août et septembre.
J'ai déjà dit qu'il existe en Algérie un grand nombre de races différant entre elles soit par la laine, soit par la taille et la conformation, et que, par suite des suerres el razzias continuelles de tribu à tribu, ces races se sont trouvées méêlées dans presque toutes les
PARTIE IV. — AGRICULTURE. 523 parties de l'Algérie, on peut même dire dans presque tous les troupeaux ; seulement, dans certaines loealités, telle race est plus fréquente qu'ailleurs.
Toutes ces races peuvent, du reste, se ranger dans trois groupes bien distincts, le premier comprenant les races à laine extrêmement grossière et jarreuse ; le second, les races à large queue; le troisième enfin, la race mérine. J'ai à peine besoin de dire que ces groupes se composent de nuances souvent peu tranchées, et que certaines races pourraient appartenir en même temps à deux de ces trois groupes; mais chacun de ceax-ci offre cependant un type chez lequel le caractère particulier du groupe existe à un très haut degré. Ainsi, chez quelques races du désert, la laine parait s'être transformée en poil. Le type du mouton à grosse queue est cette race remarquable qu'on retrouve surtout dans la régence de Tunis, et dont les queues pèsent parfois jusqu'à 8 kilog. Enfin, le plus beau type de la race mérine africaine paraît exister aux environs de Mogador, dans l'empire de Maroc; et les laines très estimées qu'il fournit sont connues dans le commerce sous le nom de /aines de Casa-Bianca.
Si, pour les troupeaux de graisse, la race importe assez peu, il n’en est pas de même des troupeaux permanents. Du choix d’une race convenable dépendra en partie le profit que retireront les colons de ces troupeaux.
On doit done se demander quel est le groupe dont les races offriront le plus d'avantages aux colons ?
Pour répondre d'une manière positive à cette quesion, il faudrait non-seulement avoir étudié ces races beaucoup mieux qu'on ne l’a fait jusqu'ici, mais encore avoir en vue une localité donnée. Il n'y a pas jusqu’à ces bêtes à poil laineux qui, dans certaines circonstances, ne puissent offrir de l'avantage, si elles achètent ce défaut par une grande aptitude à lengraissement, par une chair délicate et savoureuse, et par beaucoup de rusticité.
On peut dire cependant que dans une occurrence pareille, ces bèles conviendraient mieux pour les troupeaux temporaires de graisse que pour les troupeaux permanents. Ce sera done principalement entre les diverses races mérinos d’une part, et les races à large queue d'une autre, que devra se faire le choix des colons pour ces derniers troupeaux.
Règle générale, les races mérinos, surtout celles à laine très fine, conviendront mieux dans les localités élevées, à terrains légers, secs, arides même; les grosses races à large queue seront, au contraire, bien placées dans les plaines et vallées riches et humides.
Ajoutons que si la faculté qu'auront les colons de se procurer chaque année des bêtes maigres à engraisser peut leur permettre de ne pas attacher une très grande importance à la taille et à l'aptitude à l'engraissement des animaux qui conslitueront leurs troupeaux permanents, en revanche ils devront prendre en grande considération la qualité lactifère des brebis composant ces troupeaux ; car le lait de brebis sera un
PARTIE IV, — AGRICULTURE. 325 produit essentiel pour eux, soit qu'ils l'emploient en entier à leur consommation, ou que, placés près d’un centre de population, ils le vendent en nature où sous forme de fromage. Aussi le troupeau permanent devra-t-il se composer principalement, je dirai même exclusivement, de brebis.
Or, ce sont en général les bêtes d’assez grande taille, à laine peu fine, comme celles à larges queues, qui sont les meilleures laitières. Elles ont, en outre, l’avantage de donner fréquemment deux agneaux à la fois. Quelques-unes mème ont deux portées par an, et je ne doute pas que cette double faculté ne puisse se généraliser au moyen de soins et d’une bonne nourriture. Je n'ai pas besoin de dire l'avantage qu'y trouveraient les colons ; car les agneaux seront un produit très important du troupeau ; d’ailleurs les brebis resteraient ainsi à lait pendant une grande partie de l’année.
Dans beaucoup de localités, les colons trouveront du profit à élever eux-mêmes le croit nécessaire pour maintenir l'effectif de leurs troupeaux ou pour laupmenter ; et, dans ce cas, il leur sera facile de perfeclionner encore les qualités qu'ils recherchent, en choisissant convenablement les animaux reproducteurs et les bêtes d'élève. Ailleurs ils auront plus d'avantage à maintenir cet effectif par l'acquisition de bêtes adultes ou jeunes. Ce sera le cas aux environs des villes où ils trouveront à vendre à un prix élevé les agneaux et le lait des mères.
Dans l’une et l’autre circonstance, ils ne devront conserver ces dernières qu’aussi longtemps qu'elles donneront de bons produits en agneaux et lait, et se hâter de les engraisser pour la boucherie dès qu’ils les verront faiblir sous ce rapport.
Qu'on me permette d'entrer dans quelques détails sur la reproduction et l'élève.
Je viens de dire que le troupeau permanent devra se composer presque exclusivement de femelles. En supposant quil soit d'une quarantaine detêtes, chaque troupeau pourrait avoir son bélier. J'ai à peine besoin d'ajouter que le choix de celui-ci sera déterminé par le genre de spéculation qu'on aura adopté. Si la laine fine est le principal produit, on recherchera de préférence la beauté et l'abondance de la toison dans le bélier. Si ce sont, au contraire, l'abondance de lait, l’aptitude à l'engraissement, la faculté de produire plusieurs portées par an qui constituent les qualités recherchées, on choisira pour bélier le fils d’une brebis qui possède ces qualités à un haut degré;-et qui, en outre, présentera individuellement les caractères de l'aptitude à l’engraissement, c’est-à-dire une tête et des os petits, la poitrine large, le dos iarge et plat, le corps cylindrique et les jambes courtes.
A dix-huit mois, béliers et brebis sont aptes à la reproduction; mais le premier ne doit encore être employé qu'avec ménagement, et doit recevoir du grain pendant tout le temps de la monte.
On sait que chez les Arabes il n'existe aucune règle
PARTIE IV. — AGRICULTURE. 527 relativement à l’époque de la monte, et partant à celle de l’agnelage, et que les béliers sont constamment avec les brebis ; on sait aussi que plusieurs brebis agnèlent deux fois l'an. Afin de profiter de cette disposition, mais en même temps pour éviter les inconvénients que présente la méthode indigène, les colons ne devront mettre le bélier qu’à deux époques seulement avec les brebis, et l'en tenir séparé pendant le reste de l’année.
Ces époques varieront suivant celles où 1l paraitra convenable de fixer l'agnelage. La brebis porte quatre mois. Je pense que dans beaucoup de localités il conviendra de mettre le bélier dans le troupeau pendant les mois d'avril et de mai; les agneaux arriveraient alors en août et septembre. On le remettrait de nouveau avec les brebis pendant octobre et novembre, de façon à ce que l’agnelage eut lieu de la mi-février à la lin de mars.
En laissant ainsi le bélier dans le troupeau pendant deux mois à chaque reprise, on détermine l'apparition de la chaleur chez un grand nombre de brebis, sans qu'on risque pour cela de prolonger l’agnelage beaucoup au delà d'un mois; car ce n’est guère qu'au bout de quinze ou vingt jours que la présence du bélier agit sur les femelles. On contribue, du reste, à cet effet en nourrissant bien celles-ci, et surtout en leur donnant des aliments toniques, tels que grains, baies de genievre, fourrages de fenu grec, de gesses chiches, de lentilles, sel, etc.
Pendant les huit mois restants, le bélier pourra être
nourri constamment à la bergerie avec des fourrages verts ou des aliments secs, suivant l’époque. En le laissant vaguer dans la cour pendant tout le temps que les brebis sont dehors, il n'éprouvera aucun mauvais effet de ce régime. Ou bien on formera de tous les béliers d’un même village un troupeau à part qu'on fera sortir à d’autres heures, et qu'on mènera paître dans d’autres lieux que le troupeau de brebis.
On ne devra pas s'attendre à ce que toutes les brebis conçoivent à chaque monte ; mais il y en aura probablement toujours plus de la moitié qui se trouveront dans ce cas ; et si l’on arguait de l'embarras que cause l'agnelage, et qui est ainsi renouvelé deux fois par an, pour repousser ce système, je ferais remarquer que d'abord cet embarras est toujours proportionné au nombre des agneaux, qu'ensuite il y a un grand avantage à produire ces derniers à diverses époques lorsqu'on les destine à être vendus en partie ou en totalité, parce qu'on évite ainsi l'encombrement, et partant l'avilissement des prix. <
Il est bon de mettre pendant deux ou trois jours à part, avec leurs petits, les bêtes qui viennent d’agneler, et de leur donner des eaux blanches et une nourriture choisie; après ce temps, elles peuvent aller au pâturage. Inutile d'ajouter qu'on leur consacre les herbages les meilleurs et les plus rapprochés.
Les pluies froides nuisent aux agneaux, surtout pendant les deux premiers mois. Le froid ne leur est pas moins funeste; aussi les agneaux d'automne deman-
PARTIE IV, — AGRICULTURE. 529 dent-ils des soins particuliers pendant l'hiver, comme la fermeture de la bergerie du côté du vent dominant, une abondante litière, ete.
À trois semaines, les agneaux commencent ordinairement à pâturer. S1 l'on s'aperçoit que ceux des portées doubles maigrissent faute de lait, on donnera à la mère un supplément de nourriture en grains ou raeines. On pourra également donner du grain aux agneaux, sous forme d'eaux blanches s'ils sont très Jeunes, mais sans lui faire subir aucune préparation s'ils ont plus d’un mois.
Si l'on n'élève que des femelles, comme nous l'avons dit, le casse présentera souvent dans les portées doubles, où l’un des deux agneaux sera destiné à la boucherie.
Presque toujours les colons trouveront profit à exgraisser ces agneaux avant de les vendre. Cet engraissement aura lieu avec le lait de la mère. et avec des eaux blanches, comme supplément. Soir et matin on pourra mettre à part ces agneaux d'engrais pour leur donner leur nourriture supplémentaire. Ou bien on les tiendra constamment à la bergerie, et on kur distribuera cette nourriture vers le milieu du jour. Ils téteront avant le départ et après le retour des mères.
Le lait étant un produit important des brebis, afin d'en obtenir le plus possible, on sévrera les agneaux d'élève au bout de trois mois.
Cela n'offrira aucune difficulté pour les agneaux d'automne qui, à cette époque, trouveront un pâtu-
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rage abondant, à la nalure aqueuse duquel on remédiera facilement au moyen du grain et des fourrages secs donnés à la bergerie. Il n’en sera pas de même des agneaux de printemps qui seront sevrés en Juin, époque où les herbages commencent à se dessécher. Partout où l’on n'aura pas d'arrosage, on sera forcé, dans les commencements, de suppléer à la nourriture verte par des eaux blanches et par des racines. Le sevrage s'opère, comme on sait, en séparant chaque jour kes agneaux de leurs mères pendant un temps progressivement plus long.
Toujours d’après ce principe que c’est dans le premier âge des animaux que, par une bonne nourriture et des soins, on pose les bases de la vigueur et de la taille, on devra donner aux agneaux une nourriture choisie pendant toute la première année; ce n’est qu'à la seconde et lorsque les agneaux seront devenus antenais qu'on pourra les traiter entièrement comme des bêtes adultes. Jusque-là on fera bien de les conduire pâturer à part ou de leur donner à la bergerie une nourriture distincte dans laquelle il sera presque toujours nécessaire de faire entrer du grain.
Quant à la nourriture des bêtes adultes, elle aura lieu pendant toute l'année au pâturage. Seulement, on aura soin, ainsi que Je l'ai déjà dit, de ne jamais les faire sortir par la pluie; de ne les conduire pendant l'hiver que dans les pâturages secs et de leur donner à cette époque, soir et matin, un supplément de nourriture sèche, paille et foin. En août, septembre