‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 132 sur 141 · PARTIE IV. — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — AGRICULTURE

J'ai déjà parlé des fruitières. J’insiste beaucoup sur l'utilité d'introduire en Afrique, pour tout ce qui concerne la laiterie et surtout la fabrication du fromage, cette ingénieuse application du principe de l’association. L'avantage qui doit en résulter me parait si évident que je n’hésiterais pas à demander que les fruitières fussent instituées de droit et par ordonnance administrative, dans tous les villages, sinon dès la première année, du moins à la seconde ou à la troisième. Il n’y aurait d'exceplions que pour les villages situés dans les environs immédiats des villes, où lon pourrait vendre le laiten nature.

Ce que j'ai dit de l’engraissement des moutons s applique entièrement à celui des bêtes bovines. A partir de septembre jusqu’en avril et mai, les bêtes grasses sont très rares et très chères en Afrique, et les bêtes maigres au contraire à vil prix, du moins jusqu'en janvier et février. Les colons pourront donc faire avec l'engraissement de ces animaux des spéculations absolument semblables et aussi fructueuses qu'avec l’enoraissement des moutons.

C'est à partir de juillet et août qu'ils achèteront les bêtes maigres, bœufs ou vaches pour les engraisser. :

On n'est pas encore difficile en Afrique. Un animal en chair, surtout à l’époque dont nous parlons, est reçu comme une bête fine grasse le serait dans nos grandes villes. D'ailleurs, ces animaux ont une si remarquable faculté d’assimilation, que deux mois de bonne nourriture suffisent pour les mettre en très bon

état. Pendant le laps de temps que nous avons indiqué, les colons pourront donc renouveler trois à quatre fois leur étable de graisse, les deux ou trois premières fois avec des bêtes achetées ad hoc, la derniere avec les bœufs qui leur auront fait les labours d'hiver et de printemps: A cet effet, on cessera de les faire travailler à’parüir d'avril, afin de pouvoir les mettre en état et les vendre avant la fin de mai, époque où le prix des bêtes grasses baisse rapidement.

Dans les achats de bœufs maigres, les colons devront rechercher avant tout les animaux châtrés d’une manière complète et depuis longtemps. Ils donneront ensuite la préférence à ceux qui ont le corps long, large et bien voûté, les jambes courtes, la tête et les os petits, la peau lâche, et la poitrine et l’arrière-train bien développés. Ils rejetteront les animaux par trop maigres, parce qu'il est presque toujours difficile de les remettre en état, et que d'ailleurs une maigreur excessive est souvent le résultat d’une maladie. Six à sept ans est l’âge le plus favorable pour l'engraissement. Les vaches doivent avoir été saillies avant d’être mises au régime de graisse, et on cesse de les traire comme on cesse de faire travailler les bœufs.

La nourriture ne sera pas uniforme pendant toute la durée de la saison d’engraissement. Les colons qui possèdent des herbages frais pourront y faire pâturer les animaux acheiés en août, mais ils ajouteront à cette nourriture, soiret matin, un supplémenten fourrages secs préparés comme pous l’avons dit, A me-

sure que l’herbage se desséchera, on augmentera ce supplément qui, en septembre et octobre, deviendra même l'unique nourriture. Il sera bon alors d'y ajouter des racines, des choux et du grain. En novembre, on pourra recommencer le pâturage, mais sans supprimer immédiatement le supplément qu'on diminuera progressivement à mesure que les herbages deviendront plus abondants, jusqu'à ce qu’enfin on le retranche ou le réduise à un peu de grain en mars et avril.

On calcule que la ration d’engraissement doit être le double de la ration ordinaire, mais on nedoitarriver que successivement à cette proportion.

Le repos, l'absence de lumière, le pansement de la main, une température douce, une litière sèche et abondante, le sel, enfin des boissons nourrissantes comme les eaux blanches sont autant de moyens qui contribuent d’une manière efficace à hâter l’engraissement.

Avec une bonne nourriture et des soins, on pourra compter sur une augmentation de poids de 4 kilooramme par jour.

On sait que les bêtes de boucherie ne s’estiment pas d'après leur poids vivant, mais d’après leur poids de chair nette. Comme il faut une très longue habitude pour apprécier au simple coup d'œil le poids net d’un animal, on me saura gré, je pense, de rappeler ici que M. Mathieu de Dombasle à donné une méthode

d'après laquelle, au moyen d'un simple mesurage, on

peut évaluer, sinon avec une exactitude rigoureuse, du moins approximativement, le poids net d’un animal. Ce mesurage peut se faire avec un ruban de fil ou une grosse ficelle qu'on fait passer entre les jambes de devant de l'animal et dont on réunit les deux bouts sur le garrot. L'expérience n’a pas été appliquée à des bêtes de moins de 475 kilogrammes chair nette. Comme il y en a beaucoup d'un poids moindre en Afrique, je crois utile de présenter ici les résultats de calculs basés sur les données expérimentales.

D'après ces calculs, un animal dont la circonférence, à la partie du corps indiquée, serait de 0", 94 pèserait 25 kilogrammes poids net.

Voici du reste la progression :

Circonférences. Poids. Circonférences. Poids. ‘0,99 mètres, 30 kilog. 1,57 mètres, 115 kilog.

1,39 80 1778 20 165 1,42 85 1,79 170 1,45 90 1,81 175 1,48 95 1,83 180 1,50 100 1,85 187 Ds 105 1,86 190

PARTIE IV, — AGRICULTURE. 539 Circonférences. Poids. Circonférences. Poids.

1,89 mètres. 200 kilog, 1,98 metres, 228 kilog.

Pour que le mesurage soit aussi exact que possible, il faut le recommencer trois fois, et on prend la moyenne. Il faut aussi que l’animal ne baisse ni ne relève trop la tête. Enfin on ne serrera pas de manière à tendre fortement la ficelle.

Les bêtes bovines seront pour les colons ce qu’elles sont pour les Arabes, c’est-à-dire les principales bêtes de trait. Non-seulement ils trouveront avantage à en agir ainsi, mais ils y seront même forcés, comme.on a déjà pu en juger, à cause du peu d'aptitude des chevaux indigènes au gros trait.

Ordinairement on n'emploie que des bœufs ; cependant les vaches, lorsqu'elles sont bien nourries et d'assez forte taille, peuvent évalement être utilisées à un travail modéré. Elles exigent seulement plus de précautions que les bœufs, surtout lorsqu'elles sont avancées dans la gestation, et, en outre, une nourriture plus abondante si on continue à les traire. Du reste, un travail modéré de cinq ou six heures par jour, loin de leur nuire, semble au contraire leur être favorable.

L'emploi des vaches au travail ne convient nullement à la grande culture; mais dans Ja petite, il me

parait devoir offrir de tels avantages que je n’hésiterais pas à recommander ces animaux comme seules bêtes de trait, sans cette circonstance déjà mentionnée du bas prix des bêtes maigres en août, septembre, octobre, e’est-à-dire précisément à l’époque où il faudra augmenter les attelages pour faire les cultures d’automne, d'hiver et de printemps. A cela se joint cette autre circonstance que j'ai également signalée, qu'en mars et même en avril, où presque tous les travaux sont terminés, ces mêmes bœufs achetés maigres à bas prix et qui auront travaillé pendant l'hiver et une partie de l'automne et du printemps, pourront encore être engraissés et revendus à un prix élevé. On conçoit que dans une occurrence pareille, les colons se priveaient d’une chance de gain s'ils renonçaient à l’emploi de ces bœufs. Toutefois l'application des, vaches au travail pourra encore avoir lieu simultanément avec l’emploi des bœufs, en été d’abord, après la vente des bœufs de travail engraissés, et même en hiver, car il arrive une foule de circonstances où il est très avantageux d’avoir double et même triple attelage.

Je ne puis terminer ce chapitre sans parler du mode d’attelage qu'il conviendra d'adopter en Afrique pour les bœufs.

On sait que cette prétendue nécessité du tirage par la tête, chez les bêtes bovines, n’est qu'un préjugé, et quecesanimaux non-seulement tirent parfaitement avec le collier, mais vont ainsi beaucoup plus vite qu'avec le joug. Mais, pour obtenir ce résultat, 1]

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