‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 137 sur 141 · PARTIE IV. — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — AGRICULTURE

même avec des fourrages détériorés, sans jamais t6moigner aucun dégoût ni paraitre incommodé de leur usage. Lorsqu'il reçoit une nourriture substantielle, ses forces s’accroissent, 1l engraisse rapidement, et finit par acquérir un poids énorme.

a Les buffles ne sont sensibles qu’au froid, et dans les temps de neige et de gelée il faut les tenir à l’étable.

«Ils aiment l'eau et ont même besoin de se baigner au moins deux fois par jour.

« Aucun autre animal ne pénètre et ne se dirige avec autant de facilité que le buffle dans les marais les plus vastes et les plus profonds. Cette circonstance le rendra particulièrement propre aux grandes plaines marécageuses de l'Algérie.

« C'est principalement comme bête de travail qu'on pourra en tirer un excellent parti. À quatre ans, lorsque les mâles ont atteint toute leur croissance, ils sont extrèmement vigoureux ; un seul traine dans les landes de Bordeaux la charge d’une forte paire de bœufs, et une bufflone (femelle), labourant dans les mêmes conditions qu'une paire de vaches, trace avec aisance en un jour le même nombre de sillons. Les buffles joignent à leur force une ardeur et une patience admirables ; ils labourent autant de temps que l'exige le bouvier, sans paraître s'inquiéter ou se fatiguer. Il ne leur arrive jamais, comme à certains bœufs, de se coucher dans le sillon ou de se dérober au labourage par la fuite lorsqu'ils sont tourmentés par les insectes ou que l'heure ordinaire du repos est arrivée.

« Hs sont lourds, mais dès qu'ils sont pressés par l'aiguillon, leur marche s'active et devient bien supérieure à celle des bœuis.

«La disposition deleurs cornes ne permet point de placer sur leur tête, quand onveut les faire travailler, un joug semblable à ceux dont on se sert pour joindre deux bœufs ; on le remplace par un collier fort simple. Ils doivent être dirigés pendant qu'ils labourent; mais il n'est besoin pour cela ni de rênes, ni même d'un anneau de fer passé dans les narines. On leur attache tout simplement une petite corde à chacune des oreilles ; ces deux cordes, réunies par leur extrémité dans la main du laboureur, servent de ouides et suffisent à diriger l'animal dass tous les sens ; du reste, quand le buffle est bien dressé, ou qu'on en attelle deux de front pour le mème travail, toutes ces précautions deviennent inutiles; le commandement du bouvier et l’aiouillon suffisent pour diriger l'attelage dans tous les sens.

« Les jeunes buffles naissent ordinairement au printemps. Ils croissent très rapidement lorsqu'on leur abandonne tout le lait de leur mère, et qu'on leur permet, à l’âge d’un mois, de la suivre au pâturage. Pour les accoutumer à se laisser gouverner, il faut les attacher chaque fois qu'ils rentrent des herbages, les traiter toujours avec douceur et leur donner à la main quelques grains de sel, moyennant quoi 1ls sont tres doux lorsqu'il s'agit de les dompter, et les femelles se laissent traire facilement.

«On châtre les buffles à un an, excepté ceux qu'on destine à la reproduetion. Ces derniers ne sont emplovés à la monte que jusqu'à l’âge de quatre ans, parce que plus tard ils deviennent méchants.

«Les bufflones ont le lait très pras et d'un goût assez agréable, quoique un peu musqué. On en fait du beurre et des fromages excellents.

« La viande du bufile, quoique un peu dure, est bonne, surtout lorsqu'il est jeune ou qu'il a été engraissé. Le suif est abondant et de qualité supérieure,

et le euir est tres recherché. »

\ 14. Lama.

Si le buffle parait devoir offrir des avantages réels aux parties basses, chaudes et humides de l’Alsérie , le lama promet d’être non moins utile aux localités montagneuses et élevées.

En admettant comme vrai le dire de tous les voyageurs qui ont visité l'Amérique du sud, on a droit de s'étonner que ce beau ruminant n'ait pas été depuis longtemps importé et multiplié en Europe.

J'extrais ce qui suit d’un article intéressant qu'a publié M. Sace de Thann (Haut-Rhin), sur cet animal :

« Le lama dont on connait trois variétés, le lama proprement dit, le paco ou alpaca, et le moromoro, de premier de la taille d'un cerf, le second plus petit mais à laine très fine, et le troisième remarquable par sa taille, sa force et son pelage noir et blane, mais à laine grossière, le lama est le guanago

rendu domestique par les anciens Péruviens. Cet animal vit, comme on sait, sur les hauts plateaux des Andes, et ne parait pas descendre au-dessous de la zone tempérée. Dire que le lama est pour les montagnards des Cordillières ce que le renne est pour les Lapons, c'est faire suffisamment son éloge. Il leur fournit, en effet, sa chair savoureuse, son lait aussi bon et plus abondant que celui de nos brebis, sa laine propre à la confection d’étoffes estimées, sa peau qu'on emploie pour tous les usages auxquels sert la peau de veau. Enfin le lama est encore d’une haute importance comme bête de somme dans les pays montaoneux et accidentés, où la conformation de ses pieds lui donne un avantage même sur l'âne et le mulet. On voit que cet animal rend une partie des services de la bète ovine, de la vache et de l'âne.

«Rien n'est plus simple que son entretien et sa nourriture. Les Péruviens mettent leurs troupeaux , été et hiver, dans des enclos non abrités ; ils les nourrissent au pâturage et ne leur donnent quelque nourriture supplémentaire que pendant l'hiver ou en voyage.

« Les lamas ne sont adulles qu'à trois ans. Comme les bêtes à laine, ils mettent bas une fois chaque année un ou deux petits qu'on laisse téter pendant quatre à six mois au moins encore si l’on tient au lait de la mere. |

« Celle-ci en donne de un à deux et même jusqu à trois htres par jour, lorsqu'elle est bien nourrie. Ce

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