PARTIE IV, == AGRICULTURE
Pour des défoncements exceptionnels qu'exigeront les plantations de vignes, la culture de la garance, ete, les colons pourront employer la charrue de défrichement ordinaire ou la charrue sous-sol déjà décrites, qui sont également propres aux défoncements. Pour des cas semblables, qui ne peuvent se représenter souvent, de même que pour les défrichements, on peut supposer que l’aide des voisins ne manquerait pas.
Ainsi done, les charrues que legouvernement aurait à distribuer aux colons devraient être des charrues légères. La charrue légère de M. de Dombasle, du prix de 56 fr.; celles de MM. Rosé et Laurent Mothes, Bodin, Heuzé, du prix de 40 à 50 fr. ; enfin la petite charrue américaine, de dimensions plus exiouës encore et d’un prix moins élevé, que confectionnent MM. Laurent et Mathias, seraient les instruments qu'il conviendrait de donner aux colons des villages de première et de seconde classe, et dont il y aurait avantage à établir des dépôts dans les principales villes de la côte.
$ 6. Construction de la charrue.
Comme je suppose que, pendantlongtemps encore, les ateliers de la métropole pourvoiront aux besoins de la colonie en instruments aratoires, je n'ai rien dit sur la construction de la charrue.
À Ja vérité, on peut prévoir que les forgerons et charrons établis en Afrique ne se borneront pas à réparer les instruments, et finiront bientôt par en con-
struire ; mais, ayant presque toujours sous les yeux de bons modèles, dont ils auront pu apprécier les qualités et les défauts, ils n'auront pas de peine à bien faire, mème sans autre guide.
Cependant, pour eux autant que pour les cultivaleurs, je crois utile d'indiquer iei brièvement les conditions principales que doit remplir une bonne charrue, et les points les plus essentiels de sa construclion.
Ces conditions sont :
4° De faire un bon labour, c’est-à-dire de couper la bande de terre verticalement et horizontalement ; de lui faire faire une révolution de 455° environ, ayant une de ses faces pour axe; d'opérer cet effet sans com primer le sol, mais au contraire en l'ameublissant. A joutons que la propreté de la raie n’est pas nécessaire. Loin d’être la condition d’un bon labour, la propreté parfaite de la raie indique d'ordinaire un vice dans la construction de la charrue, car elle ne peut être obtenue qu'aux dépens du tirage ; j
2 De pouvoir prendre à volonté une raie large ou étroite, profonde ou superficielle (de 0",10 à 0",25), sans cesser de bien marcher et de faire un bon labour ;
5° D’exiger le moins de tirage possible. A ceteffet, la charrue ne doit rien faire que ce qui est nécessaire, car tout ce qui est inutile devient nuisible en usant une partie de la force;
4° D'être solide, d’une construction simple et peu coûteuse en raison de la nature du sol ;
PARTIE IV, AGRICULTURE. 75 5° De n'exiger, pour sa conduite, ni trop d'habileté nt trop d'attention.
Pour remplir ces diverses conditions, il faut 4° que le soc forme un triangle rectangle, qu'il ait à peu près la largeur de la bande de terre et peu ou point d’entrure, c'est-à-dire peu ou point d'inclinaison à la pointe; 2°que le coutre soit bien placé, c’est-à-dire dans un plan parfaitement vertical, et la pointe tombant en avant de celle du soc, un peu à gauche de celle-c1 ; 5° que le versoir ne soit ni trop écarté, ni trop contourné, et présente une surface telle, que la bande de terre, en cheminant, ne rencontre ni cavité dans laquelle elle puisse séjourner, ni convexité contre laquelle elle vienne butter, mais glisse, se dresse sur champ et se renverse sans aucun effort.
Ces diverses conditions peuvent être également bien remplies par une charrue à avant-train et par une charrue sans avant-train ou araire.
Cependant chacune de ces deux classes de charrues offre des avantages particuliers. La charrue à avanttrain est plus facile à conduire, a une marche plus stable, plus régulière que l’araire; elle convient mieux, par celte raison, pour les labours superficiels et dans les sols remplis de pierres ou de racines.
Quelle que soit la forme de l'age et de l’avant-train, la jonction de ces deux parties doit avoir lieu de telle sorte que la languette (à laquelle est attachée la volée des chevaux ou la chaine de joug des bœufs) ne puisse obéir à l'obliquité du tirage qu'en soulevant légèrement
l'avant-train, ee qui empèche que la pression de l'age sur l'avant-train ne se transmelte jusqu’à terre et ne devienne ainsi une cause notable de résistance.
L'araire a l'avantage d'être moins cher, plus simple, plus solide que la charrue à avant-train, qualités précieuses partout, mais surtout dans un pays comme l'Algérie, où il importe tant d'éviter les frais élevés de culture et la nécessité des réparations fréquentes. L’'araire offre aussi, toutes choses égales d’ailleurs, moins de résistance. En revanche, elle exige plus d’attention de la part du conducteur et une construction plus soignée, parce que le moindre défaut, sous ce rapport, se fait sentir dans la marche de l'instrument.
J'ai à peine besoin de dire qu'il n’est question ici que desaraires avec age court; car ceux avecage roide, entrant dans le joug des bœufs ou des chevaux, comme cela se voit dans la charrue arabe et dans la plupart des charrues du midi de l'Europe, sont des instruments essentiellement défectueux auxquels les cultivateurs intelligents ne tardent pas à renoncer, dès qu'ils ont vu marcher les araires à age court. :
Lorsque cet age est trop court, la charrue a une marche très irrégulière; lorsqu'il est trop long, on est obligé de lui donner beaucoup de force, et, malgré cela, 1l se déforme facilement. Toutefois, la plupart des araires que nous avons mentionnés plus haut ne pourraient que gagner à ce qu'on en prolongeät l'age d'environ 0,10 à 0",42.
Quelles que soient, du reste, la forme et la longueur
PARTIE IV, — AGRICULTURE, vf de l'age, il est indispensable que son extrémité antérieure soit assez élevée pour que, même quand la charrue prend la plus grande profondeur de raie à laquelle elle puisse arriver, la ligne normale de tirage passe encore à quelques centimètres au-dessous de l'age. On appelle ligne normale de tirage, une ligne droite tirée de l’épaule des chevaux au point central de résistance. La position de ce point varie suivant la profondeur à laquelle marche la charrue et la compacité relative des diverses parties. Il est néanmoins toujours situé entre la gorge et le tranchant du soc, sur la partie antérieure du versoir où sur la portion postérieure du soc.
Ajoutons qu'il convient de donner aux mancherons une longueur suffisante pour que le conducteur puisse diriger la charrue sans effort. La plupart des araires français pèchent par le peu de longueur des mancherons,.
Disons enfin, en terminant, qu'un support, soit sabot belge, soit petite roue, ajouté à l'araire, est avantageux lorsqu'on a des laboureurs peu habiles ou un sol difficile.
SECTION IL, — Hersages. — Ierses.
Le hersage est le complément nécessaire du labour qui, seul, ne peut préparer la terre d’une manière complète.
La machine destinée à exéeuter cette façon, la kerse,
est peut-être encore plus défectueuse en France que la charrue.
Une bonne herse doit avoir une forme de châssis et une distribution des dents telles que chaque dent trace un sillon à part, que ces sillons soient équidistants, que l'instrument pénètre bien en terre et conserve une marche régulière et stable. Enfin, lorsque la herse est destinée à l’ameublissement du sol, il est nécessaire qu'elle ait un certain poids et que les dents soient en fer.
Une herse qui, sans être exempte de défauts, présente néanmoins beaucoup d'avantages, et me semblerait devoir convenir en Algérie, est la Lerse-V'alcourt, ou herse en losange, confectionnée chez M. de Meix- moron-Dombasle et dans la plupart des fabriques mentionnées. Cette herse, du prix de 45 fr., est appropriée à presque foules les natures de terre et aux diverses circonstances dans lesquelles le hersage est utile; car, suivant qu'on attelle en avant ou en arrière, on augmente ou on diminue l'énergie du hersage. On peut encore accroître l’action de la herse en chargeant la partie postérieure de grosses pierres.
Cette herse exige en général deux bêtes.
Le hersage n’est pas seulement nécessaire pour ameublir le sol et émietter les mottes et bandes de terre retournées par la charrue, 1l sert en outre à détruire et arracher les mauvaises herbes, à égaliser
la surface et surtout à recouvrir la semence confiée à la terre.