PARTIE IV. — AGRICULTURE
Des barrages analogues, mais de plus grandes dimensions, établis non plus seulement dans les cours d'eau, mais en travers des vallons, sur les points favorables, c'est-à-dire là où les vallons sont resserrés , créeront des réservoirs arlificiels plus ou moins considérables qui pourront alimenter les irrigations d'été d'une grande étendue de terres.
Des barrages de ce genre ont été établis en grand nombre par les Maures et par le gouvernement espagnol dans diverses provinces de la Péninsule, où ils sont connus sous le nom de pantano. De ce nombre est entre autres le magnifique pantano d’Alieante, construit par Philippe IE.
On en voit également de très beaux, et probablement les plus grands qui existent au monde, dans l'Inde *.
Nous avons pareillement en France an très grand nombre de bassins artificiels, car nos étangs de pêche ne sont pas autre chose, et nous possédons en outre quelques grands et beaux bassins de retenue, dans le genre de ceux dont je viens de parler. Tels sont, en première ligne, les magnifiques bassins de Saint-Féréol et de Lampy. Ajouter que ces bassins n'ont pas été faits dans un but d'irrigation, mais uniquement pour alimenter un canal de navigation, est chose superilue,
(1) Le plus grand réservoir artificiel connu, pour l'irrigation, est celui de Saragambra, dans le Bas-Carnatic (Inde anglaise). Ce réservoir a environ 13 kilomètres de long sur 5 de largeur, et fournit pendant dix-huit mois l’eau nécessaire aux cultures de trente-deux
villiges qui tous concourent à entretien de la digne. (LE
car on sait qu'en France, ce pays essentiellement agricole, pour lequel l'agriculture est de beaucoup la première, la plus importante source de richesse et de puissance, celte industrie est la chose dont on s'est de tout temps le moins occupé. Il est vrai que les eaux de ces bassins créeraient, appliquées à arrosage , quatre à cinq fois autant de valeur que celle qu’elles produisent par leur emploi actuel ; mais, avee la disposition d'esprit qu’a toujours montrée la portion influente de la société française, avec nos tendances exelusivement artistiques, littéraires, militaires, industrielles, il était bien naturel qu'on ignorät ce fait. On ne s’est même pas demandé s’il pouvait être.
C'est un malheur pour l’agriculture qu'elle soit le fondement, la base de la prospérité, disons mieux, de l'existence de notre nation. Cela lui vaut d’être la plus délaissée, la plus dédaignée de toutes les branches de la fortune publique; car, semblable aux fondations d'un édifice, elle est hors de vue, et malheureusement les habitants de l'édifice ne sont pas de caractère à s'occuper de ce qui ne frappe pas leurs regards.
Mais revenons à notre sujet.
Un grand nombre de gorges, de ravins, de vallons étroits, dans le petit Atlas, aux environs de Bône, de Philippeville, d'Oran, et méme dans le sahel d'Alger, pourront successivement être barrés de la sorte et devenir autant de réservoirs qui assureront la fertilité à une étendue plus ou moins considérable de pays. L'Oued-Ger, la Chiffa, l'Arrach, le Khamise et d’au-