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PARTIE IV, — AGRICULTURE, 9y

tres rivières importantes, offriront probablement, à leur sortie des montagnes, des points où il sera facile d'établir de ces barrages.

L'établissement de ces divers travaux ne rencontrera pas en Algérie les mêmes obstacles qu'il rencontrerait en France, dans les droits et priviléges des propriétés en amont et des usines en aval.

La seule circonstance qui devra être prise en considération, du moins dans tous les eas où il n'y aura pas déjà, en amont, de la culture européenne sur les bords du cours d'eau, sera d'empêcher que le bassin de retenue ne devienne une espèce de marais, c’est-à-dire ne s’étende sur une grande superficie avec peu de profondeur d’eau. Il sera presque toujours facile d'éviter cet inconvénient par un bon choix de l'emplacement du barrage et par quelques travaux de terrassement.

(1) C’est en 1842 que j’écrivais ce qu’on vient de lire sur les arrosages et sur les réservoirs artificiels. Depuis, un ouvrage gigantesque de ce genre a été commencé, et se trouve presque terminé a l’heure qu’il est, je veux parler du barrage du Sig, établi par le génie militaire, conformément aux ordres de M. le maréchal, duc d’Isly, et destiné à l’arrosage de la belle plaine du Sig. Quoique ce magnifique travail, qui coûtera une somme considérable, ait été fait exclusivement pour les Arabes, on doit applaudir à cette œuvre du gouverneur général, car il est impossible qu'après avoir employé le travail de nos soldats, le talent de nos officiers et l’argent de la France pour fournir le plus puissant moyen de production à des gens qui jusqu’à présent étaient nos ennemis, il ne fasse pas la même chose pour les Européens, et surtout pour les colons français. On doit donc s'attendre à voir incessamment des barrages semblables établis sur les rivières qui parcourent la Mitidja et les environs de Bône et de Philippeville.

La disposition la plus favorable du terrain, c'est lorsqu'un vallon plus où moins large présente un fond peu ineliné, et se trouve resserré à la partie inférieure, vers le point où il débouche dans la plaine. On peut alors, au moyen d'une chaussée de médiocre dimension, mettre sous l'eau une étendue considérable du vallon, et obtenir ainsi, à peu de frais, un vaste réservoir. Lorsqu'au contraire, la pente de la vallée est forte, on est obligé d'établir plusieurs chaussées transversales les unes au-dessus des autres, de manière à former une suite de bassins qui se commandent, si l'on veut avoir une masse d’eau suffisante sans être obligé d'élever une chaussée de dimensions trop considérables.

De mème que pour les étangs, la chaussée se fait en terre glaise. Pour mieux empècher les infiltrations, dans les terrains à couche végétale lésère, on creuse au milieu de la place que doit occuper la chaussée un fossé d'un mètre environ de largeur, jusqu’à la couche d'argile; on remplit ce fossé de glaise qu'on bat et dame le mieux possible,

Les chaussées qui ont plus de 2 mètres de hauteur doivent avoir au sommet environ 2 mètres de largeur, Quant à la base, elle doit être de 5 pour 1 de hauteur verticale. Il est à peine nécessaire d’ajouter que, sur toute sa longueur, le sommet de la chaussée doit avoir le mème niveau. Le talus intérieur doit être un peu plus fort que le talus extérieur. Ce dernier peut être le talus naturel. On a soin de le gazonner et de le

PARTIE IV, == AGRICULTURE. 101 complanter en osier ou en saule qu'on tient en tétard. Comme il est nécessaire que le niveau de l'eau reste toujours à environ 0%,25 à 0,50, et même plus, audessous du sommet de la digue, on fait ce qu'on appelle un déversoir, par lequel s'écoule tout le surplus de l'eau. Ces déversoirs sont quelquefois en maçonnerie; mais souvent ils sont établis sur le terrain naturel, au point où celui-ci atteint le niveau convenable. Le fond en est pavé ou garni de planches, afin d'éviter l'érosion des eaux.

Quant aux dispositions nécessaires pour la sortie de l’eau destinée à l'irrigation, elles peuvent être Îles mèmes que celles employées en France pour l’évacuation de l'eau des étangs. On sait que c’est un petit canal en bois traversant la chaussée de part en part, un peu au-dessous du fond du réservoir. La tèle qui se trouve

Figure 17. Figure 18.

dans l'étang n'a d'autre issue qu'un trou rond à la partie supérieure, dans lequel trou ou œil, comme on l'appelle, entre un bouchon de bois qu'on nomme bonde. Au moyen de la tige qui surmonte la bonde et passe dans les traverses de deux forts montants, on peut lever ou baisser la bonde, par conséquent ouvrir ou fermer le canal avec la plus grande facilité. Les ligures 17 et 48, feront mieux comprendre encore cette disposition.

Les réservoirs artificiels du Piémont ont des moyens d'écoulement plus parfaits, mais aussi plus compliqués et plus chers. Je n'en dirai rien ieï, car ils ne seront uliles que pour les ouvrages considérables de ce genre, ouvrages que des ingénieurs peuvent seuls exécuter.

J'ai à peine besoin de dire que la première eonditon pour l'établissement de ces réservoirs artificiels, cest un sol imperméable. Cette nature de terre se

rencontre, du reste, dans beaucoup de localités de l’AIsérie. 3 Enfin, je ne dois pas dissimuler que ces réservoirs exercent toujours une influence plus ou moins fâcheuse, au point de vue de-la salubrité. Néanmoins, on peut diminuer cette influence en complantant le pourtour du réservoir en essences qui eroissent vite et donnent beaucoup d'ombrage , telles que l’aune, le frêne, le blane de Hollande, ete., et en creusant et abattant les bords et la queue de manière à empécher que ces parties ne deviennent marécageuses. Les

ligures 49 et 20, représentent en plan et en coupe un réservoir de celle espèce obtenu par le moven de la chaussée 4. La figure 20 offre une coupe suivant la ligne A B du plan.

Figure 19.

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IA) Figure 20.

\ 4. Moyens artificiels d'élever les eaux.

Enfin, pour les cas où 1l serait impossible d’amener les eaux courantes sur le sol, on aura toujours la ressource de les élever par des moyens artificiels, et, je le répète, pourvu que la profondeur ne soit pas trop grande, cette irrigation, quoique chère, sera cependant largement payée.

L'important serait de trouver une machine simple, peu coûteuse, et qui, néanmoins, donnât des résultats satisfaisants, c'est-à-dire proportionnés à la force employée, ou ce qu'on appelle un grand effet utile.

Malheureusement, on ne possède pas encore, jusqu'à ce jour, une machine réunissant ces avantages. Les machines simples et peu coûteuses donnent en général de mauvais résultats, et vice versd.

La sakie mauresque et la noria espagnole, deux choses identiques, ne sont ni très simples, ni très bon marché; mais comme elles sont très grossières, elles . peuvent facilement ètre réparées par le cultivateur lui-même. En revanche, elles sont très inférieures à la plupart des autres machines, pour leffet utile qu'on en obtient. D'un autre côté, les norias bien construites sont fort chères. Il en est de même, jusqu'à un certain point, des différentes pompes.

Une machine fort simple et qui donne un effet utile

Figure 21.

PARTIE 1V, == AGRICULTURE, 105 passable, c’est le manège des maraîchers de Paris, avec une légère, mais très importante modification, consistant dans l'addition de deux crochets fixés au fond d’un récipient où se vident les seaux, et qui forcent ceux-ci à se renverser d'eux-mêmes à leur sortie du puits.

La figure 24 représente cette machine qui se compose de deux seaux E, contenant de 60 à 75 litres chaeun, suspendus par une corde qui passe sur la poulie Let vient s'enrouler sur le tambour B, lequel est mû par le bras C, auquel est attelé un cheval. Ces seaux descendent et remontent alternativement dans le puits.

L'inconvénient de ces machines et ce qui en diminue l'effet utile, c’est que le cheval, au lieu de tourner constamment dans le mème sens, doit s'arrêter et revenir sur ses pas chaque fois qu’un seau s’est vidé. Il y aurait moyen d'éviter cet inconvénient par certaines combinaisons d’engrenages ou de poulies : mais cela compliquerait la machine et la rendrait plus chère, D'ailleurs, l'addition des deux crochets a et à’, en dispensant le conducteur, qui peut dès lors n'être qu'un enfant, de vider les seaux lui-même, lui permet de se tenir constamment auprès de l'animal et de le faire tourner rapidement sur lui-même.

Ce manége, construit économiquement, ne revient pas à plus de 4 à 500 fr. Il ne convient, du reste, qu'aux puits ayant plus de 8 mètres de profondeur.

La noria mauresque, sans être radicalement trans-

formée, pourrait recevoir plusieurs perfectionnements qui, à la vérité, en augmenteraient le prix, mais permeltraient, en revanche, d'en obtenir des résultats bien supérieurs. Ainsi, au lieu d’une simple tresse de paille, il faudrait au moins des cordes d’agave ou de chanvre goudronnées. Au lieu de ces mauvais pots en terre, percés d’un trou au fond, d’où s'échappe une partie de l'eau pendant le trajet, on aurait des godets en tôle, ouverts dans le haut et munis d’un petitelapet dans le fond, qui, s’ouvrant lorsque le pgodet entre dans l’eau ou se vide, facilitent ainsi la sortie de l'air et de l’eau. Ces godets sont portés sur des barres de bois articulées qui forment la chaine sans fin et viennent s'adapter sur les bras de la roue.

Figure 22. Figure 23.

THIEBAULT

Les ligures 22 et 23 représentent un godet semblable vu en coupe et en élévation; 4, clapet; bb et

PARTIE IV. — AGRICULTURE. 107 dd, axes du godetet des articulations ; ce, ouverture par laquelle se vide le godet. L'ensemble des dispositions serait du reste le mème que dans la noria mauresque.

La vis d'Archiméde, disposée à la manière hollandaise, pourrait également être employée dans tous les cas où il ne s'agirait d'élever l’eau qu'à une hauteur de 5 à 6 mètres au plus. Cette vis hollandaise se dislingue des nôtres en ce que l'hélice seule est mobile et lourne dans un demi-manchon cylindrique fixe. Cette disposition, qui dininue beaucoup la résistance, augmente, par cette même raison, l'effet utile de Ja machine, et permet de lui donner, sans inconvénient, des dimensions considérables.

Une autre machine très avantageuse, sous le point de vue de l'effet utile qu'elle produit, c’est la roue à tympan. Malheureusement cette roue ne peut convenir que pour élever l'eau à une faible hauteur, et lorsqu'elle est bien faite, elle est d’un prix assez élevé.

Il existe encore un système ingénieux dont plusieurs applications semblent remplir la plupart des conditions exigées dans une machine agricolé propre à élever les eaux : bon marché, effet utile passable, solidité ; je veux parler des pompes rotatives. Ces pompes présentent en outre l'avantage d’être d’un très petit volume et de pouvoir être placées partout avec la plus grande facilité.

Les meilleures d’entre elles sont disposées de façon que l'usure est faible, ou du moins ne s'exerce que sur certaines parties qu'il est facile de remplacer, elles

108 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE, sont, par exemple, la pompe parisienne de Hussenet, la nouvelle pompe portative de Dietz, ete.

Dans la plupart de ces pompes, l'effet utile parait être moindre que dans plusieurs autres machines, et notamment dans les pompes ordinaires à clapet; mais, dans la pratique, et surtout dans la pratique agricole, l'infériorité, sous ce rapport, pourvu qu’elle n’aille pas au delà d’une certaine limite, est largement compensée lorsqu'elle est rachetée par le bon marché, la simplicité de l'instrument, sa solidité, la facilité de le réparer, de le placer partout, de lui appliquer un moteur quelconque, ete. Or, tous ces avantages semblent se rencontrer dans les pompes rolalives que je viens de citer.

Ces pompes, qui sont en mème temps aspirantes et foulantes, coûtent de 450 à 600 fr. sans les tuyaux, et leur effet utile parait varier entre 60 et 70 p. 400 de la force employée.

Enfin, il est une machine qui, à côté d’un effet utile assez considérable, présente l'avantage fort grand, en agriculture, d'élever les eaux troubles, chargées de terre, aussi bien que les eaux limpides : c’est la pompe Letestu. Cette pompe a été, dans la marine et dans les travaux du génie, l'objet d'expériences nombreuses et prolongées, et parait avoir donné constamment de très bons résultats. Je ne parle ici que de la pompe élévatoire. En raison de l'avantage qu'elle a sur toutes les autres pour les eaux limoneuses, je n’hésiterais pas à lui donner la préférence, comme machine agricole.

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