PARTIE LV, — AGRICULTURE
Ÿ 5. Moteurs, — Vent,
Dans plusieurs localités élevées, et surtout sur la côte où l'air est constamment agité, 11 y aura certainement un jour avantage à employer le vent comme moteur, soit dans les établissements agricoles militaires, soit dans certains villages, pour les pompes communales, ou encore dans les grandes propriétés. On pourraitconstruire alors de petits moulins d’aprèsle système hollandais, c’est-à-dire à toit mobile. Les ailes, à squelette en bois, auraient une garniture de toile,
Une machine beaucoup mieux appropriée encore aux circonstances de l'Algérie, c'est le moulin de M. Amédée Durand, que je ne saurais mieux faire connaitre qu'en reproduisant ici une partie du rapport fait par M. Séguier à l'Académie des Sciences, le 21 mars 4842.
« Frappé de l'abandon qu'on semblait faire généralement de la plus économique des forces motrices, de la puissance du vent, M. Amédée Durand en a recherché les causes ; il pense les avoir trouvées dans l'inégalité de ce moyen d'action, dans l’extrème difficulté d’en régler l'application. Le vent souffle trop ou trop peu, par fois même il ne souffle pas du tout ; énoncé le plus bref des inconvénients inhérents à cette force motrice, c'est d'exposer celui qui s’en sert à ces trois alternatives : trop de force, pas assez de force, pas de force du tout. Trouver le moyen de se débarrasser de l'excès de la force, tirer fout le parti possible de
cette force lorsqu'elle s’affaiblit, c'est presque faire disparaitre deux des trois inconvénients que nous venons de signaler. Une étude pratique a bientôt prouvé que le dernier même de ces inconvénients , Pabsence du vent, la durée du calme plat, dont il semblait impossible de triompher (car comment d’une puissance nulle faire une force motrice utile), était beaucoup plus restreint qu'on ne l'avait jusqu'ici supposé,
« Les solutions que M. Amédée Durand s’est efforcé d'atteindre sont les suivantes :
«4° Construire un appareil capable de recueillir, aux moindres frais possibles, la force motrice du vent;
« 2° Approcher le plus possible de la régularité de marche, en affranchissant la machine de toute surveillance, soit pour son entoilure, soit pour son orientation ;
«9° Obienir la plus grande somme de travail , dans un temps donné, en maintenant constamment le moulin dans le vent, sous son maximum d’entoilure ;
« 4° Réaliser les effets utiles avec une machine d’une construction simple, économique, de réparation facile, portant en elle-même des conditions de durée , n'exigeant aucune surveillance spéciale. En somme, M. Amédée Durand s'est proposé la construction d’un moulin qui utilisät la force-du vent dans tous les degrés où elle se développe, qui püt se mouvoir sous l'impression du vent le plus faible, tout en restant capable de résister au vent le plus fort, sans s’écarter d'un maximum de vitesse susceptible d’être réglé
PARTIE IV. — AGRICULTURE, 111 d'avance ; enfin, il s'est eflorcé de doter l'agriculture et l'industrie d'une machine qui prit constamment au vent la totalité de sa force utile, en se suffisant à elle-même dans toutes les circonstances atmosphériques, »
Comme il faudrait une description très détaillée et un grand nombre de planches pour faire connaitre exactement cet ingénieux mécanisme qui d’ailleurs est l'objet d’un brevet, nous nous bornerons à ajouter, à ee qu'on vient de lire, que le moulin de M. Amédée Durand est du genre de ceux qui recoivent le vent par derrière, disposition la meilleure pour une bonne et constante orientation; que les ailes, au nombre de six, sont formées par un léger bâtis sur lequel la toile est fortement tendue; que ces six ailes sont implantées dans un moyeu commun, lequel peut glisser sur l’arbre horizontal qui le porte lorsque la pression qui s'exerce sur les ailes est considérable; que tandis que par ce glissement l'antenne de chaque aile recule avec le moyeu, la portion de l'aile opposée à l'antenne est empêchée de suivre ee mouvement par une pièce de bois fixée d'un côté à l'extrémité de la vergue et de l'autre à l'arbre horizontal qui porte l'appareil récepteur, si bien que lorsque la puissance du vent dépasse une certaine limite qu on peut déterminer d'avance, les ailes s'effacent de plus en plus et finissent même par se trouver à peu près parallèles à la direction du vent quand celui-ci dégénère en ouragan. On voit que ce moulin, non-seulement s'oriente de Jui- même,
mais encore peut marcher d'une manière à peu près uniforme par tous les vents, les ailes ayant leur maximum d’entoilure qui leur permet de se mouvoir à la moindre agitation de Pair, et pouvant, d’un autre côté, réduire la surface qu'elles présentent au vent, à mesure qu'il devient plus fort. Ajoutons que tout est combiné de facon à rendre l'usure des diverses parties le plus faible possible. En un mot, une longue expérience a prouvé que le moulin de M. Amédée Durand salisfait à toutes les conditions qu'énumère le rapport de M. Séguier.
Appliqué à l'élévation de l’eau, son produit, avec une pompe ordinaire et par un bon vent moyen, est d'environ 4,500 litres d'eau élevés à 4 mètre par minule, ou 25 litres par seconde. |
En admettant qu’en Algérie il faille deux tiers de litre par seconde pour l’arrosage d’un hectare, un seul de ces moulins suffirait à l’arrosage de 57 hectares, l’eau étant à À mètre, et de près de 5 hectares s'il fallait chercher l’eau à 8 mètres de profondeur.
\ 6. Machines à vapeur.
On s'étonnera peut-être que pour un pays tel que l'Algérie, où tout engage à réduire les dépenses d’exploitation, à faire de la culture essentiellement économique, je propose l'emploi d’une force aussi coùteuse que la vapeur. Sous le climat de l'Algérie, les avantages de lirrigation sont néanmoins tels, qu’à défaut d'autre moyen, l'emploi de celui-ci pourrait