IL
Dépenses annuelles.
« 19 Intérêt à 5 p. 100 de ce capital. . . . . . . 1,000fr: 2° Entretien et dépréciation des machines et construc-
As. Ch SE Re 3° Un mécanicien et un aide pendant six mois. . . . 800 4° Houille brûlée, 5 kilog. par heure et par force de
cheval, 600 kilog. par jour, ou 90,000 kilog. en 150
jours, à 2 frs les 400 kilog... . + + < 41%. #0,15800
4,800 fr:
Il en résulte que les 4 ,000 mètres cubes d’eau reviennent à 2 fr. À cent., ce qui fait 20 fr. 40 cent. pour la quantité d’eau nécessaire à un hectare pendant toute la saison. Or, l’arrosage par les srands canaux coûte, à Arles, 22 fr., en Piémont, 57 fr. 50 c., et dans quelques parties de la Crau et des Pyrénées -Orientales, de 50 à 60 fr. par hectare, et à ce prix les propriétaires trouvent encore un avantage très grand à 1rriouer leurs terres.
S'il est quelques-unes des dépenses indiquées cidessus qui seraient plus élevées en Algérie qu’en France , il en est d’autres, et ce sont les principales, qui seraient au même taux; tels sont les frais d’acquisition de la machine et les dépenses de combustible. Sur toute la côte, ces deux objets sont à des prix un peu inférieurs à ceux de France; mais, lors mème qu'il n'en serait pas ainsi, et dût ce moyen être trois où quatre fois plus cher qu'en France, il y aurait encore avantage à l'employer partout où tout autre serait impraticable ou insuffisant, car on ne doit pas oublier qu’en Algérie le résultat de larrosage est
PARTIE I1V.— AGRICULTURE. 115 à ee qu'on en oblient chez nous comme le soleil d'Afrique est au soleil de France.
Ajoutons toutefois que l'application de la vapeur à l'irrigation des terres ne conviendrait que dans de vastes propriétés, situées à proximité des grands centres de population, où lon peut trouver facilement et le nombre de bras nécessaires pour la culture très intensive à établir sur une superficie de plusieurs centaines d'hectares, et les débouchés pour la masse énorme de produits essentiellement maraichers qu'on créerait sur cette superficie. Ce moyen n'est avantageux qu'en grand, parce qu'une machine de la force de cinq chevaux est la plus faible qu'on puisse employer avec profit.
Si nous avions un peu de ce bon sens pratique qui constitue la supériorité de nos voisins d’outre-Manche sur nous, 1l y a longtemps que les grands propriétaires des environs immédiats d'Alger, d'Oran, de Bône auraient fait établir ou des machines à vapeur ou d’autres moyens puissants pour l'élévation des eaux nécessaires à l’arrosage. Je suis intimement convaincu que des dépenses de ce genre auraient donné un intérêt plus élevé encore, et surtout plus sûr que les spéculations sur les maisons, lors même qu'on n’en aurait dù tirer d'autre parti qu'en louant les terres et en vendant l'eau à des jardiniers mahonnais et maltais. On doitsavoir qu'avec une quantité d’eau suffisante, l’hectare de terre se loue de 4,000 à 4,600 fr. dans un rayon assez étendu autour des trois villes que je viens de eiter.
\ 7. Animaux.
Pour les colons habitants des villages qui ne pourraient réussir à former entre eux des associations pour se procurer des moyens puissants d'irrigation, le meilleur moteur sera toujours le cheval, le bœuf, l’âne qu'ils possèdent et dont ils ne sauraient souvent comment utiliser les forces s'ils ne les appliquaient à élever l’eau nécessaire à l’arrosage. D'ailleurs, les animaux sont, après l’homme, les moteurs qui, pour la transmission de mouvement, exigent le moins de dépenses ; et, en Algérie, l'entretien de ces moteurs est encore à très bon marché, et leur emploi à l’élévation de l’eau,pendant la saison chaude, s’accorde parfaitement avec les exigences de la culture de ce pays. On sait, en effet, que l'été est, en Afrique, la saison de chômage pour les travaux agricoles.
\ 8. Réservoirs.
Ces divers moyens pour élever l'eau exigent tous, à l'exception peut-être de la vapeur, la présence d'un réservoir plus ou moins grand, placé à une hauteur suffisante pour que l’eau qui s’en écoule puisse parvenir sur tous les points qu'on veut arroser. L’avantage de ces réservoirs, c'est de ne pas faire dépendre l'arrosage du moteur, et vice versä. On élève l’eau à temps opportun, c'est-à-dire lorsque les moteurs sont
disponibles, et, une fois les réservoirs remplis, on ar-
PARTIE 1V, — AGRICULTURE. 117 rose quand le besoin s’en fait sentir. D'ailleurs, quand c'est de l'eau de puits, il est presque toujours nécessaire de la faire séjourner quelque temps à Pair avant de l'employer, et on peut encore l'améliorer dans le réservoir même, par l'addition de substances fertilisantes. Enfin, on est ordinairementobligé de jeter dans les canaux une plus grande quantité d'eau à Ja fois que n'en fournissent la plupart des machines, sans quoi on risquerait de la voir s'infiltrer dans le sol avant qu'elle soit parvenue sur tous fes points de la surface à arroser.
Dans la petite culture, ces réservoirs peuvent être de vieux tonneaux de srandes dimensions , défoncés d'un côté et placés debout soit sur terre, soit en terre, sur un point élevé. Dans la grande culture, on fera ces réservoirs en pierre, en ciment, ou tout simplement en plaise, à la manière de ceux que j'ai décrits plus haut; mais, bien entendu, d'une moindre
dimension, $ 9. Lieu d'établissement des machines.
Souvent on ne pourra établir des machines hors de l'enceinte des villages ou de l'enceinte des fermes, mais leur utilité n’en sera pas moins srande pour cela, car non-seulement elles serviront à l’arrosage des jardins, mais encore on pourra étendre leur action sur les terres extérieures, situées à un niveau plus bas que le village ou la ferme, et à peu de distance, en faisant passer
l'eau dans de petits aqueducs disposés en travers du fossé de ceinture.
6 10. Puits artésiens.
Outre ces divers moyens d'amener les eaux à la surface du sol, il en est un dernier dont le succès est, à la vérité, moins certain, mais qui parait cependant pouvoir être appliqué avec avantage dans plusieurs localités de l'Algérie, je veux parler des puits artésiens. La constitution géologique de l'Algérie semble indiquer la possibilité d'obtenir des eaux jaillissantes sur une foule de points, mais surtout dans les grandes plaines de la côte, ainsi qu'entre les deux Atlas. Toutefois, c'est là une question d'avenir et qui concerne beaucoup moins l’agriculture que les villes, car on commencera nécessairement par doter celles-ci de puits artésiens, si la chose est faisable, et ce ne sera que plus tard, et dans les localités où il y aura toutes chances d’une réussite prompte et facile, qu’on fera, comme dans les Pyrénées-Orientales, des puits artésiens spécialement destinés à fournir l’eau pour les irrigations.
SECTION Il.— Systèmes d'irrigation.
Quant au mode d'irrigation, c’est-à-dire à la manière d'employer et de distribuer les eaux, et de disposer le terrain à cet effet, tous les systèmes pourront, suivant les circonstances, recevoir une application
fructueuse en Algérie; mais, les plus simples seront toujours les meilleurs, surtout au début.
f 1. Irrigation par submersion.
Je recommanderai done, en premièreligne, l'irrigation par submersion, dont j'ai déjà parlé en traitant de la culture indigène, et que je viens de mentionner une seconde fois. À ce que j'en ai dit, j’ajouterai qu’en Allemagne, où ce mode d'irrigation est fréquemment employé, on l’applique ordinairement à des vallons à fonds peu inclinés et possédant un faible cours d’eau. On établit à la partie inférieure de la prairie une petite chaussée ou digue transversale en terre, munie d’une martellière ou vanne à coulisse, à l'endroit où le cours d'eau passe à travers la digue. En fermant cette martellière, on force l’eau à se déverser sur la prairie et à la couvrir entièrement. Le couronnement (le sommet) de la digue doit être parfaitement horizontal dans toute sa longueur. Si le terrain ne s’élève pas latéralement, comme cela se voit toujours dans les vallons, on est obligé d'y suppléer par deux digues latérales dont le couronnement sera au même niveau que celui de la digue transversale. Ce sont des eaux troubles qu’on emploie de préférence pour ce genre d'irrigation. J'ai à peine besoin de dire que l’eau s'étend sur toutes les parties dont le niveau est inférieur à celui du sommet de la vanne ou de la digue. Ajoutons que, lorsque des inégalités de la surface s'opposent à l’arrivée de l'eau sur certains points, assez bas du reste, on remédie à
cet inconvénient au moyen de rigoles qui servent, d'abord à introduire et ensuite à écouler les eaux ; mais qu'en général, ilest désirable que lasurface du terrain à irriguer soit le plus unie possible.
Le séjour de l’eau sur le sol, soit prairie, soit terre arable ensemencée, ne devra être que de courte durée, du moment où la chaleur aura commencé à se faire sentir, sans quoi il en résulterait une décomposition de l’eau qui nuirait essentiellement aux plantes. Ainsi, l’eau ne devra rester que trente-six ou quarante-huit heures en février, vingt-quatre en mars, et une nuit en avril, mai, juin.
Les prairies pourront étre arrosées de cette manière sans inconvénient {ous les huit ou quinze jours, jusqu'en avril inclusivement, et, si l’eau ne manque pas, on pourra recommencer après la coupe. Ne düût-on donner que deux arrosages dans celte dernière saison (ils pourraient être alors de trente-six à quarante-huit heures), il en résulterait toujours un excellent effet sur Ja pousse du regain.
L'arrosage des terres arables dépend entièrement des plantes qu'on y cultive. Plus loin, en parlant de ces plantes, j’indiquerai ce qui leur convient sous ce rapport.
Disons seulement ici que l’arrosage par submersion convient particulièrement aux terres arables, qu’il est inème le seul applicable à certaines cultures, comme le riz, et ajoutons que les terres absorbent plus d’eau que les prairies.