‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 5 sur 141 · PARTIE IV. — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — AGRICULTURE

deux grandes fermes auprès de chacun des villages fondés par le gouvernement. La présence de ces grandes exploitations contribuerait singulièrement à facilier létablissement des colons.

J'irai plus loin : le manque de moyens pécuniaires des colons et l'absence d’une direction intelligente pour leurs premiers essais de culture sont des obstacles tellement graves au succès de leur établissement, qu'il me semblerait désirable que le gouvernement adoptàt la combinaison dont il a été question dans le premier volume ( page 555 ), toutes les fois qu'il trouvera, dans les grands propriétaires qui s’y préteraient, les conditions nécessaires de capacité et d'argent. On comprend que je veux parler de cet arrangement par lequel le propriétaire s'engage à établir, soit entièrement à ses frais, soit au moyen d’une subvention du gouvernement, un certain nombre de familles auxquelles il fournirait terres, maisons et attirail de culture, et dont il pourrait exiger, après un temps déterminé, certaines redevances en nalure, en travail ou en argent, pour l'intérêt et l'amortissement des avances qu'il leur aurait faites.

Intéressé au succès des colons qu'il aura installés chez lui, le grand propriétaire s’efforcera nécessairement de les pousser dans la bonne voie, et il y réussira d'autant plus facilement, s'il possède une instruction agricole suffisante, qu'il sera obligé, comme on sait, d'exploiter lui-même, sous leurs yeux, une partie de ses ferres, et de joindre ainsi l'exemple aux préceptes ;

qu'ensuite il s adressera presque toujours à des esprits bien disposés ; car 1l est impossible que les colons se dissimulent longtemps la différence radicale qui existe entre l'Algérie et la France, et qu'ils ne perdent pas promptement cette foi robuste dans l'infaillibilité de leurs notions routinières, foi qui est le plus grand obstacle au progrès, tant qu'ils restent dans leur village. D'ailleurs ces hommes, ayant concouru à l'exéeution des travaux qu'aura fait faire chez lui le propriétaire, auront pu se mettre au fait des procédés nouveaux qu'il leur enseignera et en apprécier l'utilité.

Je me résume : la petite culture est nécessaire en Algérie, parce que seule elle peuplera convenablement le pays, seule elle fournira les bras pour exploiter le sol et le défendre. La grande culture n’est pas moins nécessaire à notre colonie, parce qu'elle est indispensable au succès de la petite, parce qu'elle seule possède les deux autres conditions de succès pour la colonisation, capitaux et intelligence.

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