PARTIE IV, == AGRICULTURE
comme pour les petites fermes. Une fois ce point important déterminé, le reste en découle tout naturellement. C'est done par là que je commenceraï.
Une des plus grandes erreurs que l'on ait commises en France, sous le rapport agricole, a été de croire que la bonne agriculture n'avait qu'un type unique, n'affectait qu'un seul caractère : créer le plus grand produit brut possible sur une étendue donnée de terre, se rapprocher par conséquent le plus possible de la culture jardinière,
Cetle opinion, qui a pris naissance dans la comparaison faite entre les jardins maraichers et les champs et qui a été accréditée et répandue par la plupart de nos agronomes, cette opinion à produit les plus déplorables effets. C’est à elle principalement qu'il faut attribuer le peu de succès de tant d'entreprises agricoles faites dans les contrées arriérées de France ; c’est à elle encore qu'on doit faire remonter cette idée fausse, que pour faire de la bonne agriculture il faut nécessairement de grands capitaux, de nombreux ouvriers, de belles routes. J'ai également retrouvé les traces évidentes de son application dans l'historique de la plupart des grands établissements agricoles de l'Algérie, et j'ai pu me convaincre que les Arabes, en détruisant ces élablissements, n'avaient fait que hâter leur chute.
On conçoit difficilement comment cette grosse erreur a pu subsister aussi longtemps, lorsque l’on songe non-seulement aux nombreux revers qu’elle a produits, mais encore aux conditions mêmes qu'on signa-
lait comme nécessaires pour le succès d’une bonne culture : grands capitaux, nombreux ouvriers, belles roules, terres riches. De sorte que toute localité où ces conditions n’exislaient pas était condamnée à n’avoir que de la mauvaise culture. Voilà plus des quatrevingt-dix-neuf centièmes du globe déshérités. Cela seul, je le répète, aurait dù ouvrir les yeux de tous les hommes sensés. Poser comme prototype de la bonne culture un système qui exige des conditions qu'on ne retrouve que dans quelques lieux privilégiés et tout à fait exceptionnels, c'est commettre une erreur évIdente, c’est envisager la bonne culture comme quelque chose d’absolu et d'indépendant des résultats que doit en retirer l'exploitant. Et vraiment c'est là l'idée qu'on s'en fait; car tous les jours on entend mème des gens instruits et sensés dire : « Nous nous ruinerions si nous voulions faire de la bonne agriculture dans notre contrée! »
L'agriculture étant une industrie comme les autres, c'est le résultat final, c’est-à-dire le produit net, durable, qui seul décide de la bonté d’un système, et une bonne agriculture qui ruine est le plus gros non-sens qu'on puisse imaginer
füen n'est arbitraire dans l’organisation d’une culture; tout, au contraire, doit v dépendre de règles, qui elles-mêmes dérivent de certaines lois. Les con naitre et les appliquer à propos, c’est là toute la science de l'agriculteur. Essavons de les indiquer le plus brièvement possible.