‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 53 sur 141 · PARTIE IV, — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

PARTIE IV, — AGRICULTURE

duit. Cette racine sera la vitesse superficielle dans une seconde.

2° La moyenne profondeur hydraulique d'un canal dont on connait la pente et la vitesse superticielle s’oblient en divisant le carré de eette vitesse superlicielle par la chute sur 5,000 mètres. Le quotient sera la moyenne profondeur hydraulique.

Connaissant celte dernière et la portée d’eau, il sera facile de déterminer la section.

L'exemple suivant fera mieux comprendre encore celte méthode.

On veut établir un canal de 2,000 mètres de longueur avec 4,20 de chute et une portée d’eau maximum de À dixième de mètre cube, autrement dit de 100 décimètres cubes ou 400 litres.

Il s'agit de déterminer quelle sera la section qu'on lui donnera. |

Comme beaucoup de personnes prennentun dixième de mètre carré pour un décimètre carré, un centième de mètre cube pour un centimètre cube, ete., je me servirai ici de décimètres au lieu de mètres, en rappelant, toutefois, que le mètre cube a 4,000 décimètres cubes ou litres, et le mètre carré 100 décimètres carrés.

La chute, que nous supposons iei uniformément répare sur toute la distance, étant de 42 décimètres sur 2,000 mètres, sera de 48 décimètres sur la distance normale (5,000 mètres). Pour déterminer ap-

proximalivement la section, nous cherchons quelle in. 12

est la vitesse moyenne dans quelques autres canaux placés dans des conditions analogues. Je suppose que celle vitesse soit de 5 décimètres par seconde. La section de notre canal doit done être suffisante pour que, sur une longueur de 5 décimètres, elle contienne 400 décimètres cubes; par conséquent elle sera de =20. Celte section de 20 décimètres carrés sera rectangulaire, de 5 décimètres de largeur sur 4 de hauteur, ce qui donne 5+44+4+%4—15 décimètres pour le contour mouillé. L'aire dela section, 20 décimètres, divisée par ce dernier chiffre 45, laisse comme quotient 4°,55 qui est la moyenne profondeur hydraulique. |

Nous avons dit que la chute est de 48 décimètres: Ce chiffre, multiplié par 4*,55, donne 27,54, dont la racine carrée est de 5,25. C'est la vitesse superficielle ; pour avoir la vitesse moyenne, il faut, avonsnous dit, ne prendre que les neuf dixièmes de ce dernier chiffre. Nous obtenons ainsi, en dernier résul- {at, 4%,72 qui sera la vitesse moyenne cherchée.

Cette vitesse étant inférieure à celle que nous avons supposée, nous serons obligés d’accroitre la section dans la même proportion et de la porter à un peu plus de 21 décimètres carrés. On comprend, du reste, que des différences aussi faibles disparaissent entièrement dans l'application.

Dans les canaux à fond et à bords unis, comme les aqueducs creusés dans le roc ou construits en maçonnerie ou en bois, la vitesse moyenne sera un peu supérieure à celle obtenue par le calcul précédent, Elle

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 179 sera plus faible dans les canaux à fond raboteux, ct surtout dans ceux où croit de l'herbe.

Il est à peine nécessaire d'ajouter que, méme dans les canaux à portée régulière, les bords doivent dépasser de 010 à 0,45 le niveau le plus élevé de l'eau.

J'ai supposé précédemment que la pente était uniforme sur toute la longueur du canal, Rarement il en est ainsi. Non-seulement le relief du terrain oblige parfois à varier la pente, et par conséquent la section, mais 1l est même souvent utile de le faire, suivant les différentes natures du sol à travers lequel passe le canal, ou suivant les matériaux dont il est construit. Ainsi, on donnera le maximum de pente, et partant le minimum de section dans les aqueducs creusés à travers le roc ou construits en maçonnerie ou en bois. On réservera, au contraire, le minimum de pente et le maximum de section pour les terrains friables, facilement attaqués par le courant.

On voit, dans les Vosges et dans les Pyrénées, de ‘petits canaux qui ont jusqu'à 6 mètres de pente par kilomètre. Cette pente est trop forte. Outre qu’elle à presque toujours l'inconvénient d’allonger considérablement le canal, elle a pour résultat d'amener la

(1) Les personnes qui entreprennent des travaux d'irrigation de quelque importance ne sauraient mieux faire que de recourir à l’excellent ouvrage de M. Nadault de Buffon, intitulé : Des canaux d'arrosage. Elles y trouveront des détails intéressants et précieux,

non-seulement sur le sujet qui vient d’être traité, mais encore sur tout ce qui concerne Part des irrigations.

prompte dégradation du fond et des berges partout où les matériaux ne sont pas assez résistants. On ne devrait jamais dépasser 5 mètres par kilomètre, et si des circonstances particulières, comme la nécessité d'établir la prise d’eau sur un certain point, forçaient à donner une pente plus forte, il faudrait racheter l’excédant par une ou plusieurs chutes qu'on pourrait même utiliser comme force motrice, si le canal était assez considérable.

D'un autre côté, il importe, surtout dans les petites dérivations à portée plus ou moins irrégulière et dont les eaux sont fréquemment troubles, que la pente soit suffisante. Elle ne devra pas être, en Algérie, moindre de 0",50 par kilomètre ou de un deux-millièmes, sans quoi les pertes, par évaporation etinfiltration, seraient trop fortes, principalement en été, lorsque la portée d’eau est à son minimum, c’est-à-dire à l’époque où il est le plus essentiel de les éviter.

Les mèmes considérations influent sur la forme à donner à la section. En Algérie, plus qu'ailleurs, il sera nécessaire d'éviter que l’eau ne présente une trop grande surface à l'air. Il faudra donc donner au canal une profondeur suffisante, sans toutefois dépasser certaines limites sous ce rapport, dans les terrains friables surtout, attendu qu'une grande profondeur unie à de la vitesse donne lieu à la dégradation du fond. Lorsque la nature du sol ou du revêtement intérieur du canal le permettra, et que la portéé ne sera pas trop irrégulière, on devra rechercher, pour le profil

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 181 transversal, la forme qui donne la plus grande profondeur moyenne hydraulique, par conséquent celle qui se rapproche le plus du demi-cerele.

Je viens de mentionner les pertes d’eau. Elles devront être prises en considération dans l’établissement des canaux d'arrosage, en Algérie.

Sur les grands canaux du nord de l'Italie, on estime que ces pertes sont en moyenne d'environ 45 p. 400. Il est impossible de dire ce qu'elles seront en Algérie; si d’un côté les canaux y seront bien moins longs, d'un autre le soleil y est autrement puissant qu'en Lombardie, et d’ailleurs les petits canaux perdent plus, proportion gardée, que les grands. L'eau a une telle valeur en Afrique qu'on ne devra rien négliger pour diminuer ces pertes, en rendant aussi imperméable que possible la surface mouillée du canal, et en complantant les bords de celui-ci sur tout son parcours.

Quant aux plantes aquatiques qui poussent dans les canaux, elles réduisent la portée d’eau non-seulement par la place qu'elles occupent, mais encore et surtout parce qu'elles gènent le mouvement de l’eau. Il est malheureusement probable qu’elles envahiront promptement les canaux de l'Algérie partout où le fond ou les bords leur permettront de croitre.

La destruction de ces hôtes nuisibles sera une des opérations importantes que nécessitera l’entretien des ouvrages d'irrigation. La fauchaison est un moyen facile, mais incomplet et qui n’agit que pour un temps fort court. Il faut des curages à la houe pour enlever

les plantes avec leurs racines. Dans les petits canaux, ces curages pourront se faire sans interrompre l’irrigalion. Mais, en outre, avant et après la saison des arrosages, un chômage plus ou moins long sera nécessaire pour exécuter tous les travaux de réparation et autres exigés par l’état des choses.

$ 3. Canaux secondaires.—Canaux de dessèchement et autres.”

Lorsqu'un canal de dérivation sert à plusieurs intéressés à la fois, chacun d'eux établit un canal secondaire qui amène dans sa propriété la quantité d’eau à laquelle il a droit. Ces canaux secondaires sont donc au canal principal ce qu'est celui-ci à la rivière à laquelle il emprunte l'eau.

Suivant les conventions arrêtées d'avance, les canaux secondaires débouchent directement dans le canal principal; alors un simple empellement sert à leur donner ou à leur retirer l’eau dont le volume n’est réglé que par la largeur de la prise et le niveau du seuil, relativement au niveau du fond du canal; ou bien c'est au moven d'une bouche ou æil, c’est-à-dire d’uneouverture de grandeur et de forme déterminées, taillée dans une dalle ou dans une planche formant le bord du canal et placée à un certain niveau.

I y a, ou il n’y a pas de vanne sur le canal principal, en aval de la prise, suivant que l’on veut donner tout ou une portion seulement de l’eau.

Le propriétaire qui reçoit directement l’eau du canal principal n'est pas dispensé pour cela d’avoir des

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